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Les dents plutôt longues!

04/04/2016 10:11 EDT | Actualisé 05/04/2017 05:12 EDT

Rien de pire qu'un mal de dents! Nous avons tous connu des heures d'angoisse et des expériences plus ou moins heureuses chez le dentiste. Qui d'entre nous n'a pas vécu de ces heures douloureuses? Vous passez une trentaine de minutes allongé sur une chaise et voilà votre porte-monnaie dépouillé de quelques centaines de dollars. Plombages, traitements de canal, couronnes... Tous ces traitements sont coûteux, voire exorbitants. C'est vrai, il suffit de peu chose pour qu'une facture de soins dentaires atteigne des sommes faramineuses. Il coûte de plus en plus cher le sourire des Québécois. En fait, c'est de moins en moins drôle pour des milliers de citoyens.

Selon l'article de Pierre Couture du Journal de Montréal de samedi dernier: «Les Québécois ont beau payer les tarifs les plus élevés, et bien supérieurs à ceux recommandés par l'Ordre de dentistes, ils ont la pire dentition au pays.» Pour l'Ordre des hygiénistes dentaires, ils ont carrément la pire santé bucco-dentaire au pays et la province afficherait le taux le plus élevé de caries chez les enfants: «Ainsi, 42% d'entre eux commencent la maternelle avec une carie.» Et qui plus est, les tarifs des dentistes québécois ne cessent de grimper, ils auraient bondi de 13% au cours des cinq dernières années. Il y a de quoi avoir une rage de dents ou perdre son dentier. Que se passe-t-il réellement?

Devant les coûts de plus en plus élevés, bien des consommateurs négligent malheureusement de faire soigner leurs dents. Selon l'Ordre des hygiénistes dentaires, les Québécois rendent de moins en moins visite au dentiste (53%) que dans le reste du Canada (71%). Il y a quelques années, un rapport du ministère de la Santé et des Services sociaux indiquait que 40% des adolescents et des adultes québécois n'avaient pas consulté de dentiste depuis plus d'un an. Il semble évident que les frais dentaires sont un frein, une barrière certes à l'accessibilité des soins. C'est sans nul doute l'une des raisons qui expliqueraient en partie que la santé dentaire des Québécois ne s'améliore guère. Nous comprenons tous l'importance de bons soins pour garder nos dents en santé. Mais comment s'assurer de payer le juste prix pour les services que nous recevons. Il est plutôt rare que les cabinets affichent leurs différents tarifs et plusieurs ignorent totalement la grille tarifaire suggérée par leur association. Mais qui soignera les moins fortunés?

La profession en dentisterie fait partie des dix emplois les mieux rémunérés au pays. Selon Statistique Canada, un dentiste gagne en moyenne annuellement 142 000$. L'Association des chirurgiens-dentistes du Québec (ACDQ) comptait en 2015 quelque 5 065 dentistes (femmes: 46,14% ; hommes: 53,86%). Le monde de la dentisterie a effectué d'immenses progrès au cours des dernières décennies. Il n'y pas si longtemps le dentiste pouvait se munir d'une paire de pinces pour arracher les dents et de quelques fraises pour effectuer des plombages. D'une médecine curative, la dentisterie est devenue davantage préventive et esthétique. Une évolution importante qui a fait apparaître de nouveaux soins dentaires et de nouvelles technologies: blanchissage des dents, fluorisation des dents, couronnes esthétiques, implants dentaires, etc. Toutes ces transformations ont un prix!

Pour les tarifs, l'Association des dentistes expédie annuellement une suggestion de grille tarifaire. Cette liste de prix est évidemment indicative laissant à chaque dentiste le soin de fixer ses propres tarifs. Les travaux dentaires sont liés évidemment à la complexité des problèmes à résoudre chez le patient. Selon l'Association, il en coûterait en moyenne entre 77 $ et 126 $ pour un examen et environ 72 $ de plus avec radiographie, nettoyage et fluor. L'extraction d'une dent s'élèverait aux environs de 111 $ et un plombage entre 74 $ et 128 $. En regardant les récentes factures de mes travaux dentaires, je suis bien loin des tarifs proposés par l'Association. Il faut donc marchander!

Environ le tiers des Québécois détiendrait une assurance collective qui couvre partiellement les soins dentaires. Mais les assurés aussi ont intérêt à surveiller les frais: les assureurs remboursent les services reçus en se basant sur le guide de l'ACDQ. Si leur dentiste réclame un tarif plus élevé, les consommateurs assurés doivent payer la différence. En fait, les dentistes ont le champ libre pour exiger les frais qu'ils veulent en raison de leur monopole sur les soins dentaires. Il ne faut pas l'oublier, un clinique dentaire, c'est une business!

Que diriez-vous d'aller vous faire nettoyer les dents dans le cabinet d'une hygiéniste dentaire, sans la présence d'un dentiste, à un coût plus abordable? C'est possible presque partout au Canada, mais pas au Québec. Selon Diane Duval, présidente de l'Ordre des hygiénistes: «Il y a plusieurs services qui peuvent être offerts par les hygiénistes, sans que la présence du dentiste soit nécessaire. Les dentistes vont devoir lâcher du lest sur leur monopole.»

Chaque dentiste effectue en moyenne 63 consultations par semaine, pour un total de 1 000 patients différents par année. Selon Statistique Canada, chaque Québécois dépense en moyenne 368 $ annuellement chez son dentiste. La pression sociale et l'offre quelque peu enrubannée du chirurgien-dentiste sont souvent très fortes, voire irrésistibles. Nous sommes parfois muselés, bouche bée devant toutes les possibilités qu'offre l'esthétique dentaire. C'est pourquoi, il faut là aussi magasiner et négocier. Les soins dentaires de base ne sont pas un luxe; mais selon les tarifs de certains dentistes, c'est tout comme. En passant, à quand le prochain rendez-vous chez votre dentiste? Avez-vous réussi à en avoir un? Oui, dans un mois. Ne soyez pas trop sur les dents quand même.

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