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Du crédit à profusion!

09/05/2016 10:13 EDT | Actualisé 10/05/2017 05:12 EDT

Vous êtes en train de souper et voilà que le téléphone sonne. Une voix au léger accent dont vous ne connaissez la provenance se met à vous raconter des balivernes et à vous en mettre plein les oreilles d'une offre exceptionnelle. Irrité et impatient, vous dites sans retenue: «Non, merci!» Qui d'entre nous n'a pas reçu un de ces appels téléphoniques proposant un nouveau produit, une nouvelle carte de crédit, une offre exceptionnelle et j'en passe?

La vente sous pression, cela fait partie de notre quotidien. Nous vivons dans un monde où la consommation est reine. Consommer est devenu un mode de vie! Les compagnies publicitaires en sont les émules et font de rutilants profits. Tout nous pousse à acheter maintenant et à payer plus tard. Mais voilà que le plus tard devient énorme! En fait, l'endettement des ménages canadiens atteint de nouveaux records. Serait-ce une bombe à retardement?

Malgré les turbulences économiques, le huard en chute libre, les nombreuses pertes d'emploi, les Canadiens ont continué à consommer largement, mais surtout à crédit. L'accès facile au crédit, vous comprendrez facilement, favorise sans contredit l'endettement des foyers canadiens. Les récentes données signalent que la dette des ménages canadiens vient de dépasser les 171%, cela signifie que pour chaque 100$, les ménages ont une dette qui s'élève à 171$, soit le niveau le plus élevé depuis 1990. Assez inquiétant!

Le document, intitulé Endettement et vulnérabilité financière des ménages, nous révèle que parmi les pays du G7, «le Canada a connu la plus forte hausse de la dette des ménages par rapport à leurs revenus depuis 2000. Les ménages du Canada sont donc plus endettés que ceux de tout autre pays du G7 dans l'histoire récente». En bref, la dette des particuliers croit davantage que le revenu disponible, selon les dernières données de Statistique Canada. Pourtant, n'est-ce pas le Canada qui est le «plusss» beau pays au monde?

Il y a de quoi avoir le vertige! Selon Jean-Denis Fréchette, directeur parlementaire du budget, «la dette des ménages continuera de croître pour atteindre 174 % du revenu disponible à la fin de 2016, avant de revenir à peu près au niveau actuel à la fin de 2020». Au Québec, l'Institut de la statistique du Québec révélait dans son Enquête sur la sécurité financière datant de 2015 que 15 % des familles détenaient des dettes à la consommation représentant plus de 80 % de leurs revenus disponibles. Il semblerait, d'après le rapport de ces savants spécialistes financiers, que les Canadiens sont des boulimiques de la consommation. «Ici et maintenant», semblent devenus les nouveaux mots d'ordre du consommateur moyen.

Dire que dans le temps de mes parents, on achetait seulement lorsque nous avions recueilli le montant qu'il fallait. La mentalité du «bas de laine» de jadis ne favorisait certes pas le risque, mais évitait certainement l'endettement et la course effrénée aux gadgets de l'heure. Je me souviens que mes parents nous apprenaient dès le jeune âge à économiser pour plus tard. Aujourd'hui, l'accès facile au crédit a changé radicalement notre rapport aux biens de consommation.

Les consommateurs paient cher leur dépendance à l'argent de plastique: des 72 millions de cartes de crédit Visa et MasterCard en circulation au Canada, la moitié s'alourdissent d'une dette impayée, pour une somme moyenne de 3 716$. Chez les jeunes, l'accès au crédit s'avère de plus en plus facile. Dès qu'ils atteignent 18 ans, la grande fenêtre du crédit s'ouvre. Pas moins de 71% des Canadiens âgés de 18 à 30 ans possèdent une carte de crédit, selon la Coalition des associations de consommateurs du Québec (CACQ). Et qui plus est, parmi «les jeunes qui utilisent une carte de crédit, 64% possèdent une seule carte, 26% détiennent deux cartes alors que les autres, 10% en ont trois ou plus.» Ils sont bien équipés quoi!

Plus de 50% des jeunes Québécois connaissent très peu les conditions et règlements relatifs à leur carte de crédit. Une ignorance qui, malheureusement, joue trop souvent de mauvais tours aux jeunes usagers quelque peu candides ou insouciants. Selon un sondage de l'Association coopérative d'économie familiale, 40% des jeunes de 16 à 20 ans ont une dette variant entre 1000$ et 5000$. Les principales sources d'endettement sont: l'acquisition d'une voiture (477,5%), les loisirs (38%), l'achat de vêtements (27,8%). Les jeunes sont des proies faciles à tous ces arnaqueurs et fraudeurs de tout acabit qui, entre autres, naviguent allègrement sur la grande toile du Web. Le cyberespace est fascinant à bien des égards, mais parfois troublant!

Plus de la moitié des Canadiens empruntent pour payer les intérêts de la dette, oui les intérêts seulement. Un bon nombre de Canadiens n'arrivent plus à faire face aux dépenses quotidiennes et creusent de plus en plus le fossé de l'endettement. Ici, ne faut-il pas dénoncer la pression de certaines institutions forçant l'usage de l'emprunt pour payer la dette, reportant ainsi à plus tard l'obligation de payer le capital de l'emprunt? Nous avons souvent l'impression que les banques en profitent plus que jamais. Les frais bancaires deviennent de plus en plus onéreux, exagérés même. On déroule le tapis rouge pour les plus riches en leur présentant des taux et avantages alléchants pendant qu'on égorge les plus petits qui ont peine à joindre les deux bouts avec des taux et frais exorbitants.

En cette période de morosité économique, ce n'est pas le temps d'augmenter son fardeau financier, voire sa dette récurrente. L'horizon financier n'est pas de tout repos; en voyant ce qui se passe ces temps-ci avec la vacillante valeur de notre huard et l'incertitude du milieu de l'emploi, mieux vaut veiller au grain et réfléchir à deux reprises avant de s'engouffrer dans des dépenses excessives. «Il faut vivre selon ses moyens, il ne faut pas dépenser plus que ce que l'on a dans le portefeuille», disait fréquemment mon grand-père Georges. L'endettement massif des Canadiens et de nos gouvernements n'augure rien de lumineux.

Il est du ressort des autorités gouvernementales de sensibiliser la population aux effets nocifs, aux dangers de l'endettement. Il me semble que les institutions financières qui carburent sans cesse aux surplus mirobolants devraient avoir une plus grande conscience sociale et un code d'éthique à toute épreuve. L'ère de la surconsommation à outrance n'incite guère à l'épargne.

Les générations montantes sont nées, malgré elles, avec et pour la consommation. Le chemin de l'épargne n'est pas valorisé à sa juste importance; il semble même à contre-courant de l'air ambiant. Dans ce monde éphémère des discours à l'emporte-pièce et des promesses délirantes, n'oublions jamais que les mots aussi puissants soient-ils de ces beaux parleurs endimanchés de la consommation ne paieront jamais les dettes encourues par l'humble citoyen et par nos flamboyants politiciens. Sagesse et prudence sont de rigueur!

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