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Les châteaux de sable

12/06/2014 10:46 EDT | Actualisé 12/08/2014 05:12 EDT

Bien assis dans mon fauteuil, j'écoute le ministre des Finances nous lire son budget quand soudain, étourdi par le tourbillon de chiffres, je replonge dans un de mes souvenirs préférés. Je me rappelle le plaisir simple que j'ai eu avec mes filles lors de vacances familiales à la plage.

Armés de seaux et de pelles en plastique d'une qualité douteuse, nous nous préparions à réaliser notre projet du jour : l'édification du plus beau château de sable de notre tout petit monde entier!

« Il va y avoir des tours là, là et là », me lance ma plus grande en retournant son contenant pour former de petits monticules.

« Moi, je vais faire une porte secrète... et elle va être cachée! », ajoute fièrement ma plus petite en disposant des coquillages autour d'un petit creux.

Nous étions en mission! Pendant des heures, nous avons usé de toutes nos ressources et de tout notre savoir pour que notre œuvre collective soit la plus belle, la plus haute, la plus originale. Une fois notre œuvre terminée, nous étions fiers et nous l'avons prise en photo avant de l'abandonner là pour regagner notre hôtel.

Soudain, ma grande fille s'immobilise. « Papa, est-ce qu'il va être encore là demain?» Inquiet de sa réaction, je lui ai alors répondu que la marée montante allait certainement l'emporter.

« Ah... Pas grave, on a pris une photo! », m'a-t-elle répliqué avec légèreté. « J'ai une idée; demain, on pourrait faire une grosse sirène! On mettrait des algues pour faire ses cheveux », a renchéri ma petite avec tout l'enthousiasme de ses 8 ans.

Faire des programmes sociaux comme on fait des châteaux de sable

Bien calé dans mon fauteuil du Parlement, je me rappelle cet instant d'insouciance et je me dis que ce souvenir ne m'est pas remonté en mémoire par hasard. Il y a de troublantes similitudes entre le sentiment qui habitait mes enfants quand elles ont érigé leur château de sable et l'attitude avec laquelle le Québec a mis en place plusieurs de ses politiques.

Au fil des décennies, le gouvernement du Québec a bâti des programmes, donné des subventions et accordé des crédits d'impôt avec une grande générosité. Chaque fois, ça répondait à des demandes, ça semblait bon... De plus en plus souvent, il a fallu emprunter pour se payer tout ça, alors on l'a fait sans véritable remise en question. Sans se préoccuper des conséquences de l'accroissement de notre endettement collectif, sans tenir compte du fait que le vieillissement accéléré de notre population allait diminuer considérablement notre productivité et notre capacité de payer, les électeurs ont élu encore et encore ceux qui leur promettaient encore plus de services, encore plus de programmes.

Le budget déposé par le gouvernement libéral a bien des défauts et des incongruences, mais il a le mérite de tenir compte de la précarité de nos finances publiques. Aussi inéluctable que le va-et-vient des marées, cette précarité constitue une menace sérieuse pour la pérennité de nos services publics.

Le sentiment d'insouciance qui nous a habités trop longtemps n'est plus une option. Il en va de l'équité intergénérationnelle.

Nous ne pouvons plus mettre en place des programmes sociaux comme on construit des châteaux de sable, c'est-à-dire pour son seul plaisir et sachant que le temps les emportera inexorablement avec la prochaine marée.

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