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Abolir les CLD: une fausse bonne idée

02/11/2014 11:42 EST | Actualisé 02/01/2015 05:12 EST

Madame Françoise Bertrand, PDG de la Fédération des Chambres de commerce du Québec est intervenue publiquement pour qualifier le réseau québécois d'aide à l'entrepreneuriat de « capharnaüm ». Elle fait largement usage de mots péjoratifs pour qualifier ce réseau : « prolifération d'organismes », « mosaïque complexe », « bureaucratie parallèle » qui gaspille, selon elle, de l'argent qui, autrement, serait directement investi dans les entreprises.

Parlons des Corporations de développement économique communautaire (CDEC) et des Centres locaux d'emplois (CLD) qui sont menacés de coupures sévères, voire de disparition. Les CDEC, qui agissent comme CLD à Montréal, jouent le rôle de pôles de développement économique dans leur territoire respectif. Leur mandat premier est de susciter la prise en charge du développement économique local par les communautés. Elles interviennent à différents niveaux: études et planifications stratégiques, concertation, développement de projets structurants, soutien à l'entrepreneuriat et à l'économie sociale, gestion de fonds d'investissement, développement de la main-d'œuvre. Elles exercent leur mandat de guichet universel de soutien à l'entrepreneuriat à l'intérieur de leur mission générale, car la plupart des CDEC existaient avant la création des CLD.

Les CDEC regroupent la société civile et pratiquent un développement local intégré. La planification et la réalisation de leurs actions sont déterminées en tenant compte de plusieurs facteurs, notamment des retombées économiques et sociales et de l'arrimage des projets avec les réalités des quartiers.

Quand Mme Bertrand dit souhaiter que les CLD cessent d'être financés pour élaborer des plans stratégiques, que veut-elle au juste? Elle veut que la planification stratégique soit élaborée par des fonctionnaires à Québec? Par des firmes de consultants? Par quoi ou qui au juste veut-elle remplacer la participation de l'ensemble des acteurs du développement de nos communautés?

Si la CDEC Rosemont-Petite-Patrie ne s'était mêlée que de financer le démarrage d'entreprises sans se préoccuper de planification, qu'en serait-il des efforts pour attirer une nouvelle économie dans Rosemont-La Petite-Patrie (ex : création du Campus des technologies de la santé)? Que seraient devenus les terrains Angus? Autre exemple : lorsque le milieu des affaires et le milieu culturel se sont mobilisés au sein de la CDEC pour éviter la fermeture du Cinéma Beaubien, une autorité municipale en place avait jugé cet effort superflu parce qu'une pharmacie était prête à acheter le bâtiment. La CDEC aurait-elle dû se contenter de verser un financement au pharmacien? On ne peut demander à un fonctionnariat centralisé de percevoir et de comprendre les enjeux pointus du développement local.

Le développement économique local doit se composer d'un savant mélange de vision globale (qui inclut les dimensions économiques, sociales et politiques, environnementales, culturelles), de connaissance et d'enracinement local. C'est, en tout cas, la vision que partagent les CDEC, qui ne sont pas des structures inutiles et gaspilleuses, mais de véritables carrefours de synergies économiques et sociales, où tous les champs d'intérêt sont représentés.

À Montréal seulement, les CDEC comptent 1 019 citoyens et 1 332 organisations, dont 725 entreprises et institutions financières, 462 entreprises d'économie sociale et organismes communautaires, 75 institutions publiques, 51 organisations culturelles et 19 syndicats. Elles sont donc à même d'effectuer une planification stratégique consensuelle, mobilisatrice et créatrice de cohésion sociale.

Elles - et l'ensemble de leurs membres - ne sont pas les seules à penser que leur rôle est important pour le développement de Montréal et du Québec. Le conseil municipal de Montréal a, à de nombreuses reprises, voté des motions d'appui au réseau de développement local montréalais des CDEC et CLD et l'expertise des CDEC est reconnue à l'échelle internationale par Métropolis, le réseau des 136 grandes métropoles de la planète, dont la Ville de Montréal est membre.

Au plan strict du soutien à l'entrepreneuriat, nos organisations ne sont pas « une structure inutile et gaspilleuse », mais des équipes de professionnels aguerris qui misent sur la souplesse, la capacité d'adaptation, l'innovation et l'efficacité pour répondre aux besoins des entrepreneurs.

Le développement de l'entrepreneuriat au Québec est trop crucial pour le limiter au simple financement d'entreprises. L'important n'est pas d'émettre des chèques, mais de développer des entreprises créatrices d'emplois, durables et, dans l'idéal, ayant un effet structurant dans les différents territoires du Québec. La connaissance des réalités territoriales et l'accompagnement des entreprises jouent un rôle important : alors qu'en moyenne au Québec, 34 % des entreprises dépassent le cap des 5 ans, 84% des entreprises financées par les CDEC le franchissent avec succès.

De plus, nos organisations sont très peu coûteuses si l'on considère le ratio investissements/retombées. Les investissements réalisés par les CDEC, en plus de soutenir la création et le développement d'entreprises privées et d'entreprises d'économie sociale (3 388 entreprises accompagnées, 498 entreprises financées, près de 10 000 emplois maintenus ou créés et plus de 29 M$ en retombées au cours de la seule année 2013-2014 à Montréal), permettent de relancer des artères commerciales, de redynamiser des zones d'emploi, de participer à une desserte culturelle dynamique, de développer des entreprises d'innovation technologique et d'insertion socioéconomique et bien plus encore.

Nos organisations sont aussi triplement imputables. Elles rendent des comptes au gouvernement du Québec, à la Ville de Montréal et à leurs communautés. Il est donc fort peu plausible que l'argent qu'on y investit puisse être mal géré.

Le réseau des CDEC et des CLD a, au fil des ans, fait preuve de souplesse et démontre, par des résultats concrets, que les investissements qui y sont consentis sont bien investis et qu'ils rapportent gros sur le plan de l'économie du Québec. Cessons de dire n'importe quoi et travaillons ensemble au développement économique et social de nos territoires.

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