LES BLOGUES

La campagne au plus près d'Hillary Clinton, vue par ma fille de 6 ans

01/03/2016 11:01 EST | Actualisé 02/03/2017 05:12 EST

election_clinton

Photo : Jean-Eric Branaa, février 2016.

Columbia, Caroline du Sud.

Cinq mamans dont les enfants ont été tués par des policiers sont venues raconter leur histoire à Columbia, en Caroline du Sud. Bien sûr, organiser une réunion dans la grande église baptiste de la ville n'a pas été fait par hasard. Les Noirs américains sont très nombreux en Caroline du Sud, environ 30 % de la population, et ils seront la moitié des votants lors de la primaire. Leur choix était donc important samedi.

J'ai accompagné mon père dans son voyage et j'étais au premier rang, à quelques mètres d'Hillary Clinton. La maman de Trayvon Martin a expliqué pourquoi elle voulait venir ce soir : «Lorsque personne ne nous écoutait, Hillary Clinton nous a tendu la main pour nous soutenir.»

Elle a rappelé que son fils a été tué alors qu'il traversait le quartier où son père vivait. Elle a répété plusieurs fois qu'il n'avait rien fait de mal. C'était important pour elle de le dire.

2016-02-25-1456369765-4197465-IMG_9024.JPG

Photo : Jean-Eric Branaa, février 2016.

Ces mamans ont dit des choses très tristes, très émouvantes. Elles ont parlé de leur enfant et de la brutalité de leur disparition. C'est de la politique, mais pas seulement. Aux États-Unis, et encore plus dans un État du sud, c'est de la vie quotidienne. Pourquoi les enfants noirs sont-ils davantage victimes que les autres ? Pourquoi sont-ils plus souvent dans des gangs quand ils sont adolescents ? Pourquoi vont-ils plus en prison que les autres enfants ?

Les questions ont été posées, face à une audience composée de gens qui fréquentent régulièrement cette église. Pas des militants donc, juste des gens qui vivent là. Et ces gens étaient touchés par ce qu'ils entendaient. Les cinq mamans ont expliqué qu'Hillary Clinton est peut-être venue vers chacune d'entre elles en tant que femme politique. Mais ce qui est certain, c'est qu'elle est ressortie des ces rencontres transformée, une femme pleine de compassion, une mère et une grand-mère. Hillary Clinton a expliqué que «ces cinq mamans ont souffert plus qu'aucune mère ne devrait souffrir.»

«C'est pour cela que je la soutiens», a ajouté la maman d'Eric Garner, «parce qu'elle nous a soutenues d'abord.»

Hillary Clinton pense qu'il y a trop d'enfants qui meurent trop tôt. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond si autant d'enfants meurent ou si beaucoup d'enfants vont en prison. Elle a demandé qu'on se rappelle aussi de ces neuf personnes qui ont été tuées dans l'église Emanuel, à Charleston, à quelques kilomètres d'ici à peine.

Les armes sont un problème aux États-Unis et Hillary Clinton voudrait bien contrôler tout ça. Mais les hommes politiques du pays ne sont pas d'accord, et beaucoup d'autres personnes ne sont pas d'accord non plus. L'ancienne députée Gabby Giffords, qui a été sévèrement touchée au cerveau lors d'une fusillade en 2011, a également fait le déplacement. Elle ne peut plus beaucoup parler et elle l'a expliqué très bien : «C'est difficile pour moi de parler mais j'ai voulu venir pour dire ces trois mots : Madame la présidente.»

2016-02-25-1456369213-6190422-IMG_9012.JPG

Photo : Jean-Eric Branaa, février 2016.

Papa m'avait dit qu'on allait voir une réunion politique. En réalité, j'ai trouvé que ça ressemblait beaucoup à une messe. Bien sûr, beaucoup de femmes étaient présentes dans cette petite église, réunies autour du slogan «les femmes pour Hillary». Mais elles ont été touchées, elles ont été d'accord sur beaucoup de points et elles l'ont fait savoir, comme elles le font le dimanche dans leur église, par des cris «yeah !», en se levant et en applaudissant, par des acclamations. Avec beaucoup d'enthousiasme et de bruit parfois. On était dans une église, le pasteur de cette église a introduit la soirée avec une prière, à laquelle tout le monde s'est joint. De la religion, de la compassion, des malheurs pour certains et du soutien de la part des autres : c'est une étape très différente dans la campagne d'Hillary Clinton qui s'est déroulée ce soir. Au plus près des gens, donc.

election_clinton

Photo : Jean-Eric Branaa, février 2016.

Je pense qu'il y avait aussi un peu de girl power. D'ailleurs, moi je n'ai que 6 ans et j'étais ravie de me trouver face à Hillary Clinton. À la fin de cette réunion, elle est venue parler à mon papa, puis elle m'a prise dans ses bras et elle a fait un selfie avec moi. Oui, oui, c'est elle qui l'a fait, en personne. Girl power, je vous dis ! Et super cool. Maintenant je sais ce que je ferai plus tard : quand je serai grande, je serai présidente des États-Unis, ou chanteuse*.

- Apolline (avec papa).

* Papa précise que je ne peux pas être présidente des États-Unis parce que je suis née en France et que mes parents sont Français. Il me précise que même quand on a des parents américains, ça peut-être compliqué, comme par exemple si on est né à l'étranger. Bizarre.

Ce billet a initialement été publié sur le Huffingon Post France.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Tristesse à Charleston

Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter