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La marche pour la fermeture des abattoirs: un mouvement antispéciste et abolitionniste

22/06/2016 10:39 EDT | Actualisé 23/06/2016 11:58 EDT

Le 18 juin dernier à Montréal l'association Kara Kebek Animal Rights Association a organisé la 3e édition (montréalaise) de la Marche pour la fermeture des abattoirs. Cette marche a principalement pour objectif de sensibiliser la population à toutes les formes d'exploitation animale : alimentation, vêtements, divertissement, recherches scientifiques, vivisections, etc.

Étant moi-même antispéciste, végane et militant dans ce mouvement de libération, j'ai pu pour la première fois participer à cette marche en rouge (la couleur thématique) très énergique. Selon l'estimation de Kara, la marche regroupait environ 400 activistes de différentes tranches d'âge et de milieux culturels divers.

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L'événement a débuté à 13h au carré Saint-Louis et s'est terminé vers 15h au parc La Fontaine. Sur notre chemin nous avons scandé, martelé un ensemble de slogans tels que : [Orateur] L'abolition, on la veut pour quand? [La foule] Maintenant! [Orateur] Assez, assez, assez de sang versé! [La foule] Assez, Assez, assez de sang versé! [Orateur] Assez, Assez, assez de gorges coupées! [La foule] Assez, assez, assez de gorges coupées!

À certains moments, nous nous sommes arrêtés pour déclarer que non seulement nous désirons l'abolition de toute exploitation animale, mais aussi que nous marchions en solidarité avec les exclus, les marginalisés, les réfugiés et les victimes de la tuerie d'Orlando. La marche ne visait pas à faire la promotion d'un certain mode de vie, mais bien de défendre un discours politique qui dénonce la discrimination et la violence systémique. Discriminations et violences qui, nous le rappelons, ne sont pas exclusives à l'espèce humaine. On peut donc caractériser le contenu politique de la marche de «discours de convergence des luttes» comme l'a nommée Christiane Bailey , étudiante au doctorat en philosophie à l'Université de Montréal, lors de son discours, le 4 juin dernier, pour la Journée nationale des droits des animaux (de l'organisation Our Planet Theirs Too ). Christiane Bailey affirme, entre autres, que les droits humains et ceux des animaux ont les mêmes fondements moraux et souligne la pertinence de parler de convergence des luttes :

« [...] Les diverses formes d'oppression et d'exploitation sont liées entre elles. Elles se renforcent ou se nourrissent les unes les autres. On doit comprendre que le spécisme alimente le racisme, et inversement. Que l'ethnocentrisme renforce l'anthropocentrisme. Que la suprématie blanche et la suprématie humaine se nourrissent mutuellement. »

Le discours de Christiane Bailey et la thématique de la marche corroborent aussi avec les propos que tient le sociologue David Naguib Pellow dans son livre Total Liberation, The power and Promise of Animal Rights and the Radical Earth Mouvement. En effet, Pellow souligne l'importance de la convergence des luttes pour contrer toutes les formes d'inégalités, et par le fait même, pour contrer toutes les formes d'oppressions. Plus précisément, il montre que les inégalités humaines sont nourries par les inégalités que nous générons à l'endroit des non humains (animaux) et des écosystèmes : « Thus, social or human inequalities derive their existence through inequalities that also divide, rank, and exert control over nonhumans and ecosystems [1] .»

Malgré nos bonnes intentions et ce discours engagé que nous avons clamé dans les rues de Montréal cette fin de semaine, nous avons pu remarquer que l'unanimité n'était pas de mise chez les passants et les automobilistes. Sur notre route, nous avons croisé toutes sortes de visages : des souriants, des indifférents, des enjoués, des grimaçants, des étonnés et des visages du type «Bandes d'extrémistes sacrez-nous patience» etc.

Ces réactions négatives, je crois que chacun de nous les avait bien anticipées: après tout, nous n'aurions pas eu besoin de descendre dans la rue si nos propos faisaient déjà l'unanimité. Cela va de soi! Nous représentons une minorité qui remet en question les normes qui régissent notre relation avec tous les animaux non humains. Ce genre de remise en question n'est pas anodin, comme mentionné plus haut, nous attaquons la grande majorité des habitudes de vie et de consommation quotidiennes des gens.

Cela dit, cela ne nous a pas empêchés de marcher avec beaucoup d'enthousiasme, de conviction et de passion. Je crois que malgré notre posture marginale et antinomique au statu quo, le mouvement prendra de plus en plus d'ampleur (d'ailleurs, depuis 2012, de plus en plus de villes participent à l'événement) et nos sympathisants vont probablement se transformer en militants et voudront venir manifester à nos côtés. Sur ce, à l'an prochain!

[1] David Naguib Pellow. Total Liberation, The power and Promise of Animal Rights and the Radical Earth Mouvement, University of Minnesota Press (Minneapolis), 2014, 336 pages.

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