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Armé de mon carré rouge

Publication: 23/03/2012 14:11

« L'éducation est l'arme la plus puissante pour changer le monde. » - Nelson Mandela.

Cette citation a été l'objet de plusieurs reprises sur les médias sociaux au courant des derniers jours. Non seulement s'applique-t-elle parfaitement aux conflits auxquels nous sommes confrontés quotidiennement depuis plusieurs semaines, mais elle permet d'offrir une perspective puissante par rapport aux enjeux sur lesquels nous nous penchons présentement.

Ah! Mes parents...

Que vous le vouliez ou non, la situation actuelle ne concerne plus seulement la hausse même des frais de scolarité. Aucun groupe organisé dans le monde n'accepterait une hausse de 75% des frais les concernant sans chigner. Surtout qu'il a été prouvé que le financement aux universités était suffisant si le gouvernement maintenait le support présent au lieu de transférer ces frais dans les mains des étudiants et des contribuables.

Malheureusement, le vrai combat se situe au niveau générationnel. Loin de moi l'idée d'attribuer des résultats de recherches à un ensemble parfaitement homogène. Les enfants des « baby-boomers » sont en voie de prendre les rênes d'une société qui a été contrôlée par le premier groupe de l'histoire du Québec à avoir une masse assez importance pour faire basculer les décisions importantes en sa faveur lorsqu'elle le voulait. Ce facteur leur a permis de réaliser de grands avancements pour la société québécoise.

Toutefois, l'effet tordu de plusieurs de ces changements, c'était le désir d'une sécurité et d'un confort individuel. Confort qui n'existait pas pour la génération de leurs parents pour la majorité d'entre eux. C'est en suivant cette idée que le vieil adage disant que nous voulons faire mieux que nos parents s'appliquera, encore aujourd'hui.

Cet effet de masse disparait avec la nouvelle cuvée qui cogne à la porte. Avec une empreinte beaucoup moins forte que celle de leurs prédécesseurs, ils devront participer plus activement à l'économie et aux débats pour tenter de trouver des réponses aux problématiques auxquelles nous serons confrontés dans un avenir rapproché. Ces jeunes devront trouver des solutions extraordinaires pour combler le manque à gagner laissé dans leurs mains.

La réalité actuelle des jeunes dans la rue démontre une ouverture sur le monde inégalée dans l'histoire. La « génération Internet » désire répliquer les modèles internationaux pour satisfaire le bienêtre collectif, au lieu de gratifications personnelles.

Ne vous méprenez pas, la génération Y veut elle aussi sa part. Elle demande une éducation gratuite et accessible pour tous, ce n'est pas rien.

Le jeu de la comparaison et la juste part...

Je n'ai pas vu une personne qui n'essayait pas de faire ce fameux jeu de la comparaison. Que ce soit du côté étudiant qui compare du côté de la Suède ou du Danemark, ou les prohausses qui cherchent à comparer une université publique aux institutions privées des États-Unis. Nous avons une situation privilégiée au Québec d'avoir des écoles de qualité qui ne coutent pas cher. Pour une fois, pouvons-nous être fiers d'avoir quelque chose qui est meilleur et mieux que ce qui nous entoure? Suffit le complexe d'infériorité dont les Québécois s'infligent.

Ceux-ci ont prouvé qu'ils étaient capables de grandes choses. Ils ont prouvé qu'ils étaient capables de se tenir debout dans une situation qui ne leur convient pas, il suffit de penser aux dernières élections fédérales où le message lancé a été on ne peut plus clair. Toutefois, le message socialiste passé aux conservateurs devient un peu plus réservé sur nos propres terres quand nous voulons prioriser l'économie...

Les jeunes d'aujourd'hui poussent l'idéologie de leurs parents encore plus loin. L'égalité pour toutes et tous, peu importe les conditions sociales dans lesquelles ils sont nés. Pourquoi ne pas devenir les pionniers de l'Amérique au lieu de suivre le troupeau à des fins purement économiques? Un magnifique défi de société!

L'utilisation de la fameuse juste part dans les discussions autour de l'éducation n'est qu'un simple argument qui est d'une facilité comparable aux réponses qu'offrent les sectes, voire même la religion. L'argument serait aussi valable pour instaurer l'utilisateur-payeur dans le système routier où tout automobiliste devrait payer pour l'utilisation qu'il fait des routes. Ne serait-ce pas là, la juste part?

Pourquoi cette idée n'est pas apportée à l'ensemble du réseau? Parce que l'impopularité de la proposition pourrait faire tomber plusieurs têtes. Entre vous et moi, j'aimerais mieux me priver de ma voiture que de me priver de mon médecin, de nos professeurs ou du talent grandiose des artistes de la belle province.

Pour ce qui est de « l'investissement » qu'un étudiant doit faire dans ses propres études, voyez donc la situation suivante : si vous augmentez les frais de scolarité de 75%, le risque de perdre le savoir des étudiants qui ne pourront se procurer leurs apprentissages vous privera d'innombrables services. Que ce soit un médecin, un musicien, un peintre, un historien, un spécialiste en marketing, un économiste voire même un professeur, vous priverez la société d'un apport essentiel de personnel dans toutes les sphères possibles.

Alors, maintenant quoi?

Tout d'abord, le gouvernement doit reculer face à la décision prise. Point final. Ils ne peuvent se permettre l'annulation d'une session universitaire pour des fins logistiques, humaines, économiques et sociales. Suite à ce recul, un bilan devra être effectué pour comprendre les raisons du soulèvement collectif face à la question de l'éducation. La résultante devrait inclure une révision du système actuel, mais aussi de commencer à comprendre ce que cette nouvelle génération voudra à l'avenir, car elle aura compris qu'en se soulevant elle peut obtenir ce qu'elle désire pour son bien.

Le conflit intergénérationnel reviendra très rapidement par contre, pour affronter les problèmes grandissants dans le système de santé avec le vieillissement de la population. La question de l'éducation survient présentement par la simple et unique raison qu'elle est le fondement de notre nation et qu'elle doit le rester pour demeurer l'exception (extraordinaire) que nous sommes.

Je ne sais pas si je vais pouvoir, un jour, participer au Québec de mes rêves. Mais j'aimerais pouvoir vivre le moment où nos propres politiciens arrêteront de nous croire inférieurs aux anglophones et où les Québécois pourront se distinguer dans le monde pour les décisions sociales incroyables qu'ils auront prises, ensemble.

Sur ce, armé de mon carré rouge, je marcherai dans les rues de Montréal.

 

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