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Je me souviens

14/03/2014 12:29 EDT | Actualisé 13/05/2014 05:12 EDT

Philippe Couillard suggère de former 2 000 infirmières praticiennes d'ici 10 ans. Je me demande bien comment il va s'y prendre. Les libéraux ont été neuf ans au pouvoir et n'ont réussi à créer qu'une centaine de postes de ces super infirmières. Monsieur Couillard promet aussi de réduire de 10% la bureaucratie dans le réseau de la santé. Que signifie pour lui la bureaucratie? Est-ce le trop grand nombre de postes de cadres? Si tel est le cas je suis tout à fait d'accord avec lui, car les cadres sont beaucoup trop nombreux et ce sont les patients qui en souffrent, car on coupe dans les services directs, mais jamais, ou rarement, chez les patrons et chefs de service.

Je me souviens de Philippe Couillard le ministre de la Santé sous le gouvernement Charest. Les élus du PLQ ont adopté, sous bâillon, trois lois controversées. La loi 25 a fait en sorte de fusionner les établissements de santé par région administrative, créant du même coup les CSSS. Il y a donc, à travers tout le Québec, des mégas structures regroupant un ou plusieurs hôpitaux, CLSC et CHSLD sous l'appellation CSSS. Certains de ces regroupements font en sorte qu'il peut y avoir plus de 10 000 employés gérés par la même direction générale. Difficiles à administrer, ces mégas-hôpitaux ont éloigné les décideurs de leurs employés, mais aussi, et surtout, des patients.

Je me souviens aussi de la loi 30 qui a réduit le nombre d'accréditations syndicales à un maximum de quatre par établissement. Cette mesure a été décriée par les syndicats de l'époque. Non pas parce que les représentants des travailleurs n'étaient pas d'accord, mais plutôt par l'inexistence de pourparlers entre eux et monsieur Couillard avant que ne soit adoptée cette loi.

Ensuite, le PLQ a adopté, encore et toujours sous bâillon, la loi 31. Cette loi a fait en sorte de modifier le Code du travail afin de faciliter la sous-traitance. Cette loi permet à tout employeur du réseau de la santé de remettre un service entièrement au secteur privé. Le CSSS pourrait donc, par exemple, donner le service alimentaire en sous-traitance. La seule obligation de celui-ci est d'offrir les emplois aux personnes qui les détiennent déjà, mais il n'est pas tenu de respecter les salaires et les conditions de travail qui existaient avant sa venue dans l'établissement.

Tout cela a été fait en catimini malgré le fait que Jean Charest, dans son programme électoral de 2003, promettait de travailler en collaboration avec les employés du réseau de la santé. Il promettait aussi d'abolir les Régies régionales de la santé. Une autre promesse non tenue. Les Régies ont simplement changé de nom pour devenir des Agences de la santé et des services sociaux tout en gardant le même personnel, les mêmes cadres et les mêmes structures. Fait à souligner, Philippe Couillard était partie prenante de cette restructuration. Il en a même été le chef d'orchestre durant ses cinq années à titre de ministre de la Santé. Aujourd'hui, l'aspirant au poste de premier ministre nous parle de reconstruire le réseau de la santé. Lorsqu'on reconstruit, c'est que ce qui existait a été démoli ou a été sérieusement endommagé. Si tel est le cas, Philippe Couillard peut aussi en porter l'odieux, car il y a contribué durant cinq ans.

Je travaille dans ce réseau depuis bientôt 31 ans. Je ne sais plus combien de fois il a été réorganisé, réaménagé et restructuré tant au niveau provincial, régional que local. Chaque nouveau ministre de la Santé nous apporte une nouvelle façon de faire qui, en fin de compte, n'améliore en rien les soins que nous offrons à nos patients. D'autant plus que toutes ces réorganisations sont planifiées dans des bureaux loin de la réalité que nous vivons en tant que travailleurs. De toute façon, nous ne sommes jamais consultés. On nous impose simplement ce que des cadres et hauts fonctionnaires ont décidé dans leur tour d'ivoire. Un gouvernement responsable et soucieux du bien-être de ses employés et des patients devrait écouter son personnel qui sait ce qui se passe véritablement sur le terrain.

Alors qu'il se nomme Couillard, Marois ou Legault, j'ose espérer que le prochain premier ministre mandatera son ministre de la Santé afin qu'il centre le réseau autour du patient et non l'inverse.

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