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Les ex-conseillers de Donald Trump expliquent comment ils l'ont empêché d'exploser sur Twitter

25/02/2017 11:08 EST | Actualisé 25/02/2017 11:08 EST

Inutile de me répéter là-dessus: si vous n'êtes pas sûr d'être capable d'utiliser Twitter sans provoquer une catastrophe, ne tweetez pas et supprimez votre compte. C'est un bon conseil, si tant est qu'on ait besoin de conseils sur l'utilisation de Twitter. Ce réseau vous inquiète un tant soit peu? La bonne nouvelle, c'est qu'il n'est absolument pas indispensable. Alors, passez à autre chose et profitez de la vie.

J'oubliais: c'est impossible! Eh oui, car nous notre président actuel est un homme profondément tourmenté, rongé par la rancune, qui utilise Twitter pour déverser régulièrement son trop-plein d'émotions. Au vu de sa fonction, ses messages pourraient avoir de graves conséquences. La Bourse pourrait s'écrouler, les relations diplomatiques s'effondrer, les Suédois se demander s'ils ont bien été victimes d'un attentat et si leurs proches sont en sécurité. C'est exactement ce que nous vivons aujourd'hui.

Alors, que faire? Pour moi, Donald Trump devrait cesser de tweeter et supprimer son compte. C'est ce que j'ai toujours conseillé aux présidents qui possédaient un compte sur le réseau. Mais les responsables de sa campagne (qui, apparemment, sont aussi inquiets que le reste de la population) ont adopté une approche différente pour gérer la tendance du président à péter les plombs sur les réseaux sociaux. Ils ont partagé leur démarche avec Tara Palmieri, de Politico.

L'ex-équipe de campagne de Donald Trump affirme avoir trouvé la solution pour pondérer ses tweets les plus incendiaires. Le personnel de la Maison-Blanche ferait bien de s'en inspirer. Le truc, selon ces six anciens responsables, c'était de s'assurer que sa consommation de médias comprenait une bonne part de flatteries. Et, lorsqu'il était impossible de trouver des louanges, ils demandaient aux organes de presse qui étaient de connivence avec eux d'en dénicher... et veillaient à ce qu'elles arrivent jusqu'aux oreilles du président.

Selon Tara Palmieri, les membres de l'équipe, dirigés par les Sam Nunberg et Jason Miller, devaient faire en sorte que leur patron ne passe pas son temps à se jeter sur Twitter pour «faire empirer ses conflits personnels ou politiques». Voici la méthode qu'ils ont utilisée. Tout d'abord, ils ont largement profité du fait que Trump ne lit jamais ce qui est publié en ligne, sauf ce qu'on lui imprime. Ils ont donc créé de toutes pièces des «bonnes nouvelles», avec l'aide de médias complices.

Par exemple, lorsque le candidat dénigrait Khizr Khan, le père d'un soldat américain tombé lors de la guerre d'Irak, qui avait fait sensation à la convention nationale démocrate, ses assistants ont organisé une réunion avec d'autres familles de soldats morts pour la patrie. Les médias partenaires préparaient des articles sur leurs histoires, qu'ils montraient au magnat pour qu'il se sente moins triste ou furieux. Ils demandaient à des «amplificateurs» de rédiger des tweets sur ces récits, qu'ils pouvaient ensuite imprimer et brandir devant lui.

Il s'agissait d'une tâche sans fin. Selon Tara Palmieri:

Une autre fois, pour limiter la casse quand l'ancienne Miss Univers, Alicia Machado, a reproché à Donald Trump de l'avoir appelée «Miss Piggy» et «Miss femme de ménage», l'équipe de communicants s'est hâtée de diffuser un reportage dans les médias proches du candidat, comme Fox News, le Washington Examiner, le Daily Caller et Breitbart. [...] Il n'arrivait pas à se calmer face à cette ancienne reine de beauté pro-Hillary Clinton, et en était même venu à évoquer dans ses tweets une mystérieuse sex-tape, mais ses conseillers confient qu'ils ont censuré bien des messages.

Ce sont donc ces techniques d'experts qui ont permis d'empêcher le candidat républicain d'envoyer tweet après tweet sur Alicia Machado... à l'exception de celui où il encourage tout un chacun à «aller regarder» cette fameuse «sex-tape». On ne peut qu'imaginer la teneur des tweets jugés dommageables...

Comme je l'ai dit, la meilleure chose à faire eut été de supprimer le compte de Donald Trump. Au lieu de cela, ils ont voulu instaurer un système absurde de rédaction de messages inventés de toutes pièces ou complaisamment diffusés par leurs alliés dans les médias, et s'arranger pour les faire retweeter. Espérons que tous ceux qui ont participé à sauvegarder l'ersatz d'ego du président ont été rémunérés pour leurs efforts, l'engagement demandé étant digne du film Ocean's 11.

Ce n'est pas la première fois que l'on apprend que les conseillers du nouveau président ont utilisé des méthodes extrêmes pour contenir ses crises. Au mois d'octobre, Gabriel Sherman avait rapporté que l'ex-directrice de sa campagne devenue conseillère à la Maison-Blanche, Kellyanne Conway, abordait le problème comme elle s'occuperait d'un enfant de huit ans indiscipliné.

Quand Kellyanne Conway évoque la façon dont elle s'occupe de son patron, on pense à une mère de quatre enfants qui a l'habitude des bambins turbulents. Par exemple, plutôt que de critiquer ses tweets furibonds, elle lui suggère de rédiger quelques messages positifs. «Les gens me disaient de supprimer l'application et de l'empêcher de tweeter!», se souvient-elle. «Moi, je lui disais: ''Et si on tweetait plutôt sur ça, aujourd'hui?'' comme on propose à quelqu'un de ne manger que deux brownies au lieu de six.»

La plupart des gens comprennent, avant d'atteindre l'âge de 70 ans, que nos actions entraînent des réactions. C'est pourquoi il n'est généralement pas nécessaire d'être entouré d'une équipe qui travaillera d'arrache-pied à vous empêcher de faire exploser le monde à coup de tweets. Mais, visiblement, nous traversons aujourd'hui une période où la personne la plus puissante au monde a besoin d'être constamment flattée pour contrôler un minimum ses crises.

Mais peut-être que tous les politiciens ont besoin d'être complimentés en permanence pour avancer? Ces ex-responsables de campagne, par exemple, auraient pu contacter leurs homologues à la Maison-Blanche pour leur dispenser des conseils utiles. Mais non, ils ont préféré faire publier cette histoire dans Politico, raconter comment ils ont conçu et fait publier des articles dans certains médias, pour que tout le monde sache comment ils avaient «trouvé la solution pour pondérer ses tweets les plus incendiaires».

Tant que Donald Trump ne découvre pas le pot aux roses, tout ira bien. Mais, s'il ouvre les yeux, il faudra bien trouver une nouvelle méthode pour le calmer.

Quelqu'un a-t-il jamais pensé à utiliser un vaporisateur pour lui envoyer un jet d'eau au visage quand il fait des bêtises? En tout cas, ça marche assez bien sur mon chat. Parfois, il suffit que j'agite mon trousseau de clés.

Cet article, publié à l'origine sur le Huffington Post américain, a été traduit par Maëlle Gouret pour Fast for Word.

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