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Loto-Censure, un nouveau service du gouvernement du Québec

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Dans le cadre du projet de loi 74, le gouvernement veut bloquer tous les sites Internet de jeu d'argent qui ne sont pas «autorisés» par le gouvernement provincial. Le seul site autorisé est bien sûr Espace Jeux, le site de Loto-Québec, entreprise qui, comme vous le savez, appartient au gouvernement. Donc pour se conformer à cette éventuelle mesure, plus de 2 200 sites devront être bloqués.

Le gouvernement veut policer l'Internet mais ne veut pas défrayer les coûts de ses ambitions. Peut-être parce qu'il sait que ce sera un casse-tête informatique et juridique, en plus d'un gouffre financier sans fond. Pas grave, se dit-il, ce sont les entreprises qui se chargeront de la facture. Qui, pensez-vous, finira par payer ?

Qui sera mandaté par le gouvernement du Québec pour faire la police de l'internet ? La Sûreté du Québec ? Une nouvelle brigade anticensure ? Eh bien non, le gouvernement du Québec souhaite obliger les fournisseurs Internet à bloquer l'accès à ces sites.

Le gouvernement veut-il bloquer vos sites de jeu préférés pour des raisons de santé, de jeu pathologique, ou pour des raisons liés à la criminalité ? La réponse est non.

En réalité, le gouvernement veut censurer Internet dans le but d'en tirer un gain commercial.

Le gouvernement veut que son entreprise de jeu de hasard fasse encore plus d'argent. Et pour ce faire, rien de plus efficace, croit-il, que d'empêcher la concurrence. C'est la bonne vieille méthode SAQ !

Les profits de Loto-Québec ont chuté ces dernières années, et comme les sites privés de jeux en ligne génèrent quelque 200 millions de dollars de revenus chaque année au Québec, et que la société d'État ne réussit qu'à aller chercher 20 % de ce marché avec Espace Jeux, le gouvernement va tout faire pour mettre la main sur le jackpot !

Il veut aller de l'avant, même si cela veut dire que des petites entreprises bien de chez nous vont se retrouver devant un marché inaccessible en raison d'une réglementation gouvernementale dépassée et inadaptée à la réalité d'aujourd'hui. Encore une fois, c'est la bonne vieille méthode SAQ !

Parce qu'elle n'est pas capable d'offrir un aussi bon service que les sites privés, Loto-Québec demande au gouvernement de déclarer ces autres sites «illégaux» et va les forcer à faire des «partenariats» avec elle. En fait, je pense que l'expression pertinente à utiliser ici serait plutôt de dire que Loto-Québec, appuyée par le pouvoir coercitif de l'État, va faire à ces compagnies des «offres qu'elles ne pourront refuser», si vous voyez ce que je veux dire.

C'est en réalité le statut de monopole de Loto-Québec qui entraîne cette situation, en empêchant la société d'État de s'adapter rapidement aux changements de l'industrie. Cet anachronisme ne tient plus la route devant les avancées de l'industrie du jeu en ligne, beaucoup plus à l'écoute des consommateurs, et qui se développe en ce moment dans une zone grise. Si Loto-Québec était plus efficace et innovante, elle gagnerait des parts de marché sans devoir utiliser la censure.

Quelle serait alors la solution pour que les gens puissent continuer d'utiliser leur site préféré et pour que le gouvernement puisse tirer des revenus du jeu de hasard ? Comme le disait mon collègue blogueur Michel-Kelly Gagnon sur ce même site : «Au lieu de développer, opérer et gérer les jeux en ligne, Loto-Québec pourrait octroyer des permis à plusieurs compagnies qui pourraient elles-mêmes être responsables du bon fonctionnement de ces services. Ces entreprises spécialisées seraient certainement plus dynamiques que le monopole gouvernemental, avec son approche bureaucratique. De plus, elles seraient plus à même d'offrir des jeux et des services qui satisfont les demandes des consommateurs. Ces entreprises pourraient ensuite payer des dividendes au gouvernement, comme le fait Loto-Québec, tout en étant soumises à des standards éthiques élevés, et ainsi faire profiter la société dans son entier.»

Enfin, gardons aussi en tête qu'avec ce projet de loi, le gouvernement et Loto-Québec s'apprêtent à poser un geste qui non seulement nous placerait en compagnie de pays comme la Chine, qui viole la liberté d'expression et de choix et qui force les entreprises comme Google à jouer à la police, mais ouvrirait la porte à toutes sortes d'autres mesures de censure d'Internet dont on ne mesure pas encore la gravité.

Aujourd'hui Poker Star, demain Uber, Netflix, Airbnb, Google Play ou d'autres sites qui ne seront pas jugés assez gentils, assez bilingues ou encore pas assez payants au goût de l'État.

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