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Priorités 2017: négociations, réinvestissement dans les services, emploi

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L'année qui commence sera particulièrement chargée pour la Confédération des syndicats nationaux (CSN) et ses quelque 2000 syndicats affiliés. À l'ordre du jour des prochains mois, il y a notre 65e Congrès et la négociation des conventions collectives d'environ 600 unités d'accréditation syndicale. Ce sera un moment privilégié pour appuyer nos membres pour l'amélioration de leurs conditions de travail et de vie, avec tous les moyens dont dispose une centrale syndicale comme la CSN.

Bien sûr, l'amélioration des conditions de vie des travailleuses et des travailleurs dépasse le cadre de la négociation collective. L'accessibilité aux services publics et aux programmes sociaux, au même titre que les politiques économiques et environnementales, par exemple, concourent à la qualité de vie des travailleuses et des travailleurs comme de l'ensemble de la population. C'est pourquoi la CSN investit ce deuxième front de lutte et y consacre tous les moyens nécessaires en vue de participer activement à la transformation de la société dans l'intérêt du plus grand nombre.

À cet égard, nos priorités pour la prochaine année ciblent plus particulièrement le gouvernement Couillard qui, à coups répétés de mesures d'austérité depuis deux ans et demi, a ratatiné le rôle de l'État et procédé au démantèlement du modèle québécois. Ce n'est donc pas sans raison que nous qualifions son bilan de lamentable. La récente diminution de la contribution des employeurs à la Loi sur les normes du travail, qui s'ajoute à la réduction constante de leur fardeau fiscal, confirme son allégeance patronale.

À la CSN, nous estimons que le gouvernement libéral doit profiter du prochain budget pour réinvestir massivement dans les programmes de l'État. Il doit réformer les normes du travail et relever substantiellement le salaire minimum. Enfin, il doit permettre un développement économique créateur d'emplois de qualité et respectueux de l'environnement.

Contrer le déficit social

En décembre, le ministre Leitão a fièrement annoncé un surplus budgétaire de 1,7 milliard de dollars pour les six premiers mois de l'année. Ce faisant, il atteint presque son objectif de deux milliards de surplus, montant qui serait transféré au Fonds des générations l'an prochain, selon ce qu'il a annoncé. Considérant les besoins de la population québécoise, agir ainsi ne serait pas seulement une grave erreur. Ce serait faire preuve d'absence de responsabilité à son égard, car au déficit budgétaire, tant décrié, il faut opposer le déficit social qui se creusera davantage si les services publics et les programmes sociaux ne sont pas suffisamment financés. Le sous-financement et les coupes dans les services à la petite enfance, dans l'éducation et dans les centres jeunesse causent dès maintenant des problèmes sociaux. Mais ils se répercuteront aussi à l'avenir. Ce déficit social deviendra un legs empoisonné des libéraux. D'autant que ce surplus résulte effectivement des coupes budgétaires draconiennes opérées depuis qu'ils ont été portés au pouvoir.

Le gouvernement Couillard a donc accumulé plus de 5,4 milliards de dollars, en comptant le précédent de 3,7 milliards atteint l'an dernier. Il ne manque donc pas de moyens. Il doit impérativement réinvestir dans les services publics et les programmes sociaux, quitte à suspendre les versements au Fonds des générations. Les compressions et le sous-financement dans la santé et les services sociaux, qui ont engendré la réforme Barrette, ont durement frappé les CHSLD, les centres jeunesse et les CLSC. Le projet Optilab connaît déjà des ratés majeurs. Les autres missions de l'État, comme l'éducation, la protection de l'environnement, l'application de la Charte de la langue française, le soutien des groupes populaires et l'aide sociale, ont aussi été passées à la moulinette et doivent maintenant bénéficier d'un financement suffisant et adéquat.

La nécessité de relever le salaire minimum

L'idée d'un salaire minimum à 15 $ l'heure est de plus en plus vue comme une nécessité dans la population. Même du côté des employeurs, il s'en trouve plusieurs pour reconnaître qu'il n'est pas acceptable de travailler à temps plein et de vivre dans la pauvreté. Ce n'est évidemment pas l'avis des associations patronales qui multiplient les études pour justifier les scénarios les plus apocalyptiques qui résulteraient, selon eux, d'une hausse du salaire minimum à 15 $ l'heure.

Leur réaction ne surprend guère puisqu'elles invoquent le pire même lors d'augmentations modestes. Elles avaient aussi crié au loup lors de l'adoption de la Loi sur l'équité salariale. Au fond, elles cherchent à déresponsabiliser les patrons de verser des salaires décents à leurs employé-es en réclamant de l'État des mesures fiscales comme politique de lutte à la pauvreté. Dans un contexte où les charges fiscales des employeurs ne cessent de diminuer, cela équivaut à subventionner, avec les impôts des contribuables, les emplois à bas salaire.

Au sein de la Coalition 5-10-15, nous continuerons la mobilisation pour relever le salaire minimum à 15 $ l'heure et bonifier les normes du travail.

Emplois : absence de vision

Au regard du développement économique, le bilan du gouvernement Couillard n'est guère élogieux. Il aurait dû suivre l'exemple de son homologue au fédéral en investissant pour soutenir la création d'emplois. Au rythme où vont les choses, il n'atteindra jamais son engagement de créer 250 000 emplois. Et encore faudrait-il que ceux qui sont créés soient de qualité et non atypiques, comme le démontre la tendance des dernières années.

La formation du Conseil consultatif sur l'économie et l'innovation, composé essentiellement de figures patronales, et le ton qu'il donne aux Rendez-vous de la main-d'œuvre en voulant orienter l'enseignement postsecondaire vers les seuls intérêts des entreprises sont d'autres exemples du parti pris patronal de ce gouvernement.

Vote dans la santé et les services sociaux

La réforme Barrette a aussi provoqué une période de changement d'allégeance syndicale sans précédent au Québec durant laquelle, à compter du 30 janvier, plus de 225 000 travailleuses et travailleurs devront choisir leur organisation syndicale du fait des fusions d'établissements dans la santé et les services sociaux. Nous avons dénoncé cette opération qui constitue une attaque pure et simple au droit d'association.

Dans le contexte de la transformation radicale du réseau, imposée par les politiques d'austérité, le type de syndicalisme pratiqué est fondamental. À la CSN, l'autonomie du syndicat, la participation des membres, la solidarité, sont des valeurs essentielles qui guident notre action. Ainsi, le combat mené par des travailleuses et des travailleurs pour se faire respecter devient celui de tous les syndicats de la CSN. Cette solidarité concrète prend forme dans les moyens déployés pour soutenir leur action : dans leur établissement, devant leur employeur ; avec les autres syndicats d'une même région, au sein des conseils centraux ; avec les syndicats du même secteur professionnel ou sectoriel dans les fédérations ; et avec l'ensemble des syndicats réunis dans la confédération elle-même. Cette solidarité entre tous les membres affiliés à une centrale syndicale active dans toutes les sphères d'activité dans toutes les régions a permis des avancées extraordinaires dans les milieux de travail et dans la société québécoise. À la CSN, un syndicat n'est jamais seul.

La CSN représente déjà près de la moitié des syndiqué-es du réseau et nous continuerons de faire valoir que le syndicalisme combatif au sein d'une centrale syndicale qui met la solidarité à l'avant-plan est incontournable dans l'intérêt des emplois, des conditions de travail et des services à la population.

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