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Un rapport déficient sur la radicalisation des jeunes

28/10/2016 03:08 EDT | Actualisé 28/10/2016 03:08 EDT

Le Rapport de recherche sur la radicalisation des collégiens, publié par SHERPA, le centre de recherche du CSSS de la Montagne et l'Institut Universitaire en regard aux communautés culturelles du CIUSSS Centre-Ouest-de-l'Île-de-Montréal est déficient.

La large majorité des radicalisés violents sont des hommes, et l'échantillon du Rapport est de 32 % d'hommes et de 68 % de femmes... La violence n'a pas été définie dans le questionnaire comme l'«atteinte à l'intégrité physique» (définition des juristes internationaux). 1894 étudiants questionnés, mais «tous les étudiants n'ont pu compléter le questionnaire, ce qui semble attribuable à des stratégies d'évitement associées à la sensibilité du sujet». Bref, mauvaise cible statistique dont la bonne aurait été les radicalisés violents encore vivants.

Les djihadistes ne se pointent pas aux questionnaires scolaires, mais armés au Parlement.

Ce rapport, intitulé Le défi du vivre ensemble : Les déterminants individuels et sociaux du soutien à la radicalisation violente des collégiens et collégiennes au Québec abonde en généralités fort connues de la criminologie.

Dans la même question figurent les mots «ethnique, national ou religieux». Confusion qui vicie l'interprétation. Comment distinguer l'importance précise et respective de ces trois mots?

67 % des répondants disent «vivre mal leur foi religieuse au collège». Un collège n'est pourtant pas un lieu de culte...

Nous lisons : «De plus, les personnes ne se réclamant pas d'une religion, les étudiants originaires du Québec et les migrants de 2e génération rapportent plus de soutien à la radicalisation violente que les personnes ayant une religion et les immigrants de première génération». Confusion, car soutenir n'est pas violenter.

Des jeunes crient «Allah Akbar » en assassinant. Ils ne crient pas «Vive l'Inquisition» ou «Vive les droits de l'homme». Ils s'identifient à une religion où ils peuvent puiser sur le Net des morceaux de textes sacrés justificateurs des meurtres.

Aucune question du questionnaire n'a ciblé le Coran, les conflits au Proche-Orient et la possibilité d'interpréter son texte sacré par-delà les lois de notre pays.

Le Rapport trouve d'autres responsables : « les jeunes, les gens ne se réclamant pas d'une religion, les étudiants originaires du Québec». Mais, naguère, le FLQ et les Brigades rouges européennes tuaient. Lénine était fils d'instituteur et Hitler fils de fonctionnaire. L'origine sociale de l'assassin ne nous informe donc en rien sur sa criminogénèse. L'islamiste revendique ses meurtres. Pour la Syrienne Wafa Sultan il n'y a qu'un seul islam.

La propagande islamiste hurle que les musulmans sont agressés par les Occidentaux-Croisés. C'est un facteur propice à la radicalisation, mais pas exclusif, ni mécaniquement déterminant. Sa part dans la kyrielle des causes (existentielles, sociales et politiques) du meurtre djihadiste est réelle, mais évacuée par le questionnaire. Pourquoi?

Aucune enquête criminologique sérieuse n'a été faite sur Marc Lépine qui mitrailla 14 jeunes femmes. Il avait (peut-être) toutes les carences existentielles («dépression») et sociales («discrimination» et «violences familiales») que ce Rapport myope rend exclusives. Son père était musulman. Marc Lépine a fait entendre à ses 14 jeunes femmes victimes leurs tout derniers mots : «Je hais les féministes». Phrase au sens bien coranique.

La «religiosité» dissuaderait de la radicalisation violente. Mais aussi son contraire : les radicalisés violents se sont bel et bien convertis. La religion est trop sainte pour tuer, et quand on tue pour elle, elle n'y serait pour rien...

Comment la lecture des sourates de Médine va retenir un jeune Québécois en «détresse psychologique» de ne pas se radicaliser? «La détresse psychologique» (seule) des jeunes engendre, plus souvent que la tuerie, l'abandon scolaire, la délinquance, l'appauvrissement et le suicide.

Un jeune élevé en religion sectaire perd souvent sa croyance. Dans ses mœurs et sa morale de base, il en conserve son dogmatisme, son sectarisme et sa brutalité.

Les auteurs causent d'«identité», qui ne se résume pourtant qu'à notre nom et prénom. Sur notre passeport, notre appartenance religieuse ou idéologique n'est jamais mentionnée, donc n'est pas identitaire. Cette sémantique correcte aidera l'éducation à faire comprendre au jeune que sa personne n'est pas sa religion, qu'il peut rester honnête et respectueux de la vie même si la religion de ses parents est historiquement et textuellement homicide.

Ce rapport est aussi mensonger sur ses intentions finales que le cours ECR : protéger la religion. Il y est écrit : «L'expression religieuse et la spiritualité devraient être soutenues par des programmes de prévention». Voilà! Le chat sort du sac. Protégeons la religion, même si elle tue à gauche ou à droite. Même si le cours ECR est aux dépens de la liberté de conscience en formation chez les enfants.

Un jeune élevé en religion sectaire perd souvent sa croyance. Dans ses mœurs et sa morale de base, il en conserve son dogmatisme, son sectarisme et sa brutalité.

«L'inclusion» est la panacée du rapport sans qu'il n'y ait le moindre lien méthodologique avec le questionnaire. «Inclure» les prescriptions les plus honteuses ou clownesques de sa religion médiévale, c'est accentuer son isolement.

Le rapport préconise «les programmes favorisant les rapprochements culturels». Les religions ne se rapprochent pas; elles sont nées dans leur haine réciproque, et depuis 4000 ans. On rapproche plutôt les jeunes par les mêmes salles de classe, le sport et les sorties, non par des crédos solipsistes. Il convie aussi les médias à s'autocensurer sur les chocs culturels et causes religieuses des futurs actes radicaux. Un gros retour au cardinal Léger qui ne voulait pas voir la face d'Elvis à Montréal.

Joie de vivre et amour de la vie

Les services sociaux devraient «garantir une confidentialité». Bref, cacher la cause idéologique et politique vraisemblable de la radicalisation. La cantonner dans le crime privé, aux causes existentielles, aux causes sociales. Pourtant, le père intégriste des jeunes Shafia n'était pas pauvre; ni son fils, complice de leur meurtre, n'était en crise existentielle. Ces belles jeunes femmes ont goûté à cette médecine de l'omerta en avalant l'eau du canal de Kingston.

Le rapport préconise les «identités plurielles». En clair, trois villages musulman, juif, chrétien intégriste. Pour le reste de la culture citoyenne commune : à la poubelle Babylone! Ce rapport multiculturaliste aboutit à une régression. Sa méthodologie bâclée et lénifiante caresse son virus au lieu de l'éradiquer.

La radicalisation religieuse criminelle touche peu d'étudiants (dispersés, imprévisibles et quasi introuvables). La solution est l'affermissement quasi festif des valeurs occidentales. Notamment par une laïcité impeccable.

Un souffle éducatif moderniste, exclusivement axé sur la non-violence, sur l'égalité homme-femme et sur la démocratie, pourra empêcher un jeune fragilisé de renier les valeurs humanistes dans lesquelles il aura été exclusivement élevé.

Joie de vivre et amour de la vie. Là est la véritable voie de la déradicalisation des jeunes.

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