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«La joie de l'amour» du pape François

15/04/2016 05:36 EDT | Actualisé 16/04/2017 05:12 EDT

Cet article est paru d'abord sur le blogue de Jacques Gauthier.

L'exhortation apostolique Amoris laetitia («La joie de l'amour») fera couler beaucoup d'encre. François a choisi le bon ton ; il dépasse la polémique pour s'intéresser aux cas et aux exemples concrets. Son propos est traversé par un souffle pastoral. Il veut une Église soucieuse de la fragilité humaine qui dépasse le code du permis et du défendu. J'ai parcouru rapidement en ligne les 325 numéros, mais il faudra les approfondir, selon le souhait du pape, «morceau par morceau» (no 7).

Priorité à la conscience

On reconnaît tout de suite le style François : concret, libre, ouvert, nuancé, personnel. Il s'investit lui-même en parlant souvent au «je». Dans une sorte de «programme» de vie pour les familles d'aujourd'hui, le pape fait confiance. Il invite les personnes à l'exercice d'une liberté responsable, à l'accueil et au respect de l'autre, à l'éducation des enfants dans la liberté, à la miséricorde en tout temps, loin de toute forme de rigidité.

Cette invitation à l'amour interpelle l'Église à «s'inculturer» quand elle doit interpréter certains aspects de la doctrine : «Tous les débats doctrinaux, moraux ou pastoraux ne doivent pas être tranchés par des interventions magistérielles» (no 3). Bref, ce n'est pas nécessaire que tout vienne de Rome, ce qui laisse place aux interprétations diverses.

Trois verbes clés servent de phares ou de balises pour nous guider dans la lecture de ce document très dense et exigeant, qui ressemble à un itinéraire spirituel : accompagner, discerner, intégrer. Le pape embrasse large, mais son étreinte n'est pas étouffante. «Le discernement doit aider à trouver les chemins possibles de réponse à Dieu et de croissance au milieu des limitations» (no 305).

Il montre que les normes générales ne s'appliquent pas nécessairement à tous de la même manière. «En croyant que tout est blanc ou noir, nous fermons parfois le chemin de la grâce et de la croissance, et nous décourageons des cheminements de sanctifications qui rendent gloire à Dieu» (no 305).

Ce discernement au cas par cas est palpable dans les neuf chapitres. En bon pédagogue, il résume lui-même les grandes lignes de l'Exhortation qui paraît en cette année sainte de la miséricorde :

«Dans le développement du texte, je commencerai par une ouverture inspirée par les Saintes Écritures, qui donne un ton approprié. De là, je prendrai en considération la situation actuelle des familles en vue de garder les pieds sur terre. Ensuite, je rappellerai certains éléments fondamentaux de l'enseignement de l'Église sur le mariage et la famille, pour élaborer ainsi les deux chapitres centraux, consacrés à l'amour. Pour continuer, je mettrai en exergue certains parcours pastoraux qui nous orientent pour la construction de foyers solides et féconds selon le plan de Dieu, et je consacrerai un chapitre à l'éducation des enfants. Après, je m'arrêterai sur une invitation à la miséricorde et au discernement pastoral face à des situations qui ne répondent pas pleinement à ce que le Seigneur nous propose, et enfin je tracerai de brèves lignes de spiritualité familiale» (no 6).

Hymne à l'amour

Le chapitre 4 sur l'amour conjugal, à partir de l'hymne à l'amour de saint Paul (1 Co 13, 4-7) est une pièce d'anthologie. Les diocèses devraient en faire un document à part et l'offrir aux couples qui se préparent au mariage. Le chapitre 5 est également d'une grande beauté et poésie quand le pape aborde la maternité et la paternité, la vie dans la famille élargie.

Tout au long de l'Exhortation, François puise dans les Écritures, bien sûr, mais aussi chez Thomas d'Aquin, Benoît XVI, et surtout Jean-Paul II, qui a développé une «théologie du corps» (no 151). Ces textes indiquent combien on est loin du dualisme corps et esprit, chair et péché, qui a tant marqué des générations de chrétiens. En dialogue avec le monde, François cite également au passage les écrivains Jorge Luis Borges et Octavio Paz, les mystiques Jean de la Croix et Thérèse de Lisieux.

J'aurais le goût de citer plusieurs passages où le pape propose des pistes concrètes pour vivre en couple et en famille. Il n'élude aucune question qu'il aborde avec beaucoup de miséricorde : union libre, divorce, accession à la communion sacramentelle aux divorces remariés, homosexualité, familles monoparentales, etc. Il mise sur la conversion des personnes, la compréhension des prêtres face aux multiples réalités familiales, l'importance de ne condamner personne.

Telle est la méthode François. Il avance à petits pas sans rien bousculer, respectant le rythme de l'Église et ses structures. Pour certains, il va trop loin, pour d'autres pas assez. Il fait le pari d'intégrer ceux et celles qui sont sur le bord du chemin, tout en accompagnant les autres dans la joie de l'amour. Il termine sur cette note d'espérance :

«Cheminons, familles, continuons à marcher! Ce qui nous est promis est toujours plus. Ne désespérons pas à cause de nos limites, mais ne renonçons pas non plus à chercher la plénitude d'amour et de communion qui nous a été promise.» (n°325).

Il lançait la même invitation à la fin de son encyclique prophétique Loué sois-tu sur l'écologie intégrale : «Marchons en chantant! Que nos luttes et notre préoccupation pour cette planète ne nous enlèvent pas la joie de l'espérance» (no 244).

Deux textes majeurs qui marquent un tournant dans l'histoire de l'Église.

Pour lire le texte intégral en français sur le site du Vatican, cliquez ici.

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