Jacques Bensimon

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Des distributeurs de films à la mitaine

Publication: 26/02/2012 00:39

Vous êtes-vous déjà posé la question : pourquoi doit-on attendre si longtemps entre la sortie d'un film étranger et sa distribution souvent tardive dans les salles du Québec? Je ne parle pas ici du cinéma américain pour qui le Canada et le Québec sont considérés comme une extension de leur marché local. Ainsi, même un film français comme « L'artiste» se trouve sur nos écrans en ce moment simplement parce qu'il a été acheté par des Américains, les frères Weinstein.

Citons plutôt des films comme « Les Intouchables » dont on nous annonce la sortie sous peu chez nous.
Pourtant ce film est sorti en France l'automne dernier pour battre tous les records d'entrée avec 19 millions de spectateurs dans ce pays.

Alors que nos journalistes nous parlent de ces films dès leur sortie dans les grands festivals du monde, pourquoi -- à notre époque où la rapidité d'accès grâce à l'informatique -- doit-on attendre si longtemps avant de les voir sur nos écrans?

Vous remarquerez que cette lenteur s'applique au cinéma alors que ce n'est pas le cas pour un livre sorti en France, ou un CD qui nous vient du Royaume Uni !

Les films étrangers sont achetés ou pré-achetés par des distributeurs de chez nous lors des grands festivals et marchés à travers le monde. Ces compagnies - qui au Québec se limitent à une poignée de moins de dix - mettent ainsi la main sur ces films en les achetant pour le territoire québécois, ou pour tout le Canada.

Ce faisant, il est vrai que ces quelques distributeurs prennent des risques. Misant sur le succès d'un film dans son pays d'origine n'est certes pas une garantie que celui-ci répondra à nos sensibilités québécoises.
Par contre, pour s'assurer de minimiser les risques et amortir leurs investissements, ces compagnies tentent d'acquérir le maximum de droits d'exploitation : les droits de salles de cinéma, mais aussi les autres droits : ceux de vente à nos réseaux de télévision, de la sortie DVD sur notre marché national.

Si cela a pour but de les rassurer en bons hommes d'affaires, cela a aussi le défaut majeur que toutes ces tractations prennent énormément de temps entre la négociation et l'aboutissement de ces films sur nos écrans de cinéma. Ce système - archaïque, il faut le dire - qui fonctionnait il y a encore quelques années, s'avère aujourd'hui une approche désuète, par rapport à l'informatique.

Pourquoi?

Parce que, par le biais de la Toile, une nouvelle génération de pirates ont, par l'entremise de sites illégaux, accès à tous les films du monde gratuitement, presqu'aussitôt qu'ils sortent dans leur pays respectif.
Pendant qu'un distributeur de chez nous est encore en train de négocier l'achat de droits, le film, lui, est déjà diffusé illégalement sur l'Internet.

Ainsi donc, des films spécifiques comme « Les Intouchables » ou « Une Séparation » sont déjà sur l'Internet alors qu'ils sont tout juste annoncés au grand public québécois. Je peux étendre cette liste de longs métrages qui sortiront sous peu chez nous en vous parlant de « Case départ » de Fabrice Éboué ou encore les deux remakes de « La Guerre des Boutons » qui ont soulevé, lors de leur sortie, une vaste polémique en France.

Où va-t-on ainsi?

Alors que nos distributeurs locaux fonctionnent encore « à la mitaine », de nouveaux joueurs, ceux-ci légaux, pointent déjà leur nez dans ce dossier. Netflix ou Hulu sont des compagnies sur l'Internet, qui, à moindres coûts mensuels, vous donnent accès à une vidéothèque immense et diverse. Dans un autre genre, Apple avec son magasin iTunes et bientôt son ITV, s'attaquera aussi à ce marché.

Il est vrai que pour le moment ces pseudo-diffuseurs, qui ont pignon sur rue un peu partout dans le monde, se limitent à des films moins récents. Par contre, leur puissance économique qui augmente sans cesse, les inciteront bientôt à bloquer les droits internationaux pour des films nouveaux et originaux, voir à investir dans ces productions.

Si nos distributeurs locaux ne font pas attention, ils seront bientôt mis hors jeu par ces géants qui auront la légalisation de la distribution mondiale.
On peut choisir d'être nationaliste dans notre approche envers la consommation culturelle, il n'en reste pas moins que les gens veulent voir les films à leur sortie dans leur pays respectif, quand ils font la manchette de nos journaux, sans devoir attendre la décision de nos distributeurs pour dicter le moment où nous devrions les voir.

« Les Intouchables » sortira au Québec dans quelques semaines, « Une séparation » vient de sortir chez nous avec un an de retard par rapport au Festival de Berlin où il a gagné l'Ours d'Or en 2011.
La prochaine fois, auriez-vous la patience d'attendre ?!

 

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