La semaine dernière, le gouvernement fédéral annonçait dans son budget une réduction des dépenses de 5,2 milliards de dollars, la suppression de 19.200 emplois, et l'âge d'admissibilité à la retraite à 67 ans. La table est ainsi mise par les conservateurs de Stephen Harper pour les trois prochaines années.
Face à de telles coupures, il est vrai que la somme de 191 millions de dollars à Patrimoine -- dont 132,3 millions de dollars coupés aux trois agences fédérales œuvrant dans l'audiovisuel -- semble disparaître devant l'énormité des enjeux. Ce gouvernement a fait le choix arbitraire de couper équitablement 10 % du budget de Radio-Canada, de Téléfilm et de l'ONF. Voyons donc ces chiffres de plus près pour mieux comprendre leurs conséquences sur ces trois agences.
Sur un budget de 1,1 milliard dollars, SRC-CBC sera amputé de 115 millions de dollars. Il est évident que devant cette somme imposante, même en étant le plus créatif au monde, la direction de Radio-Canada a sabré dans son personnel en coupant 650 postes, il devra couper sans doute dans son secteur des nouvelles et sa programmation aux heures de grande écoute.
Téléfilm se trouve devant un défi plus complexe, opérer une ponction de 10,6 millions de dollars sur un budget de 110 millions de dollars. Malgré la somme annoncée, les conséquences sur cette agence seront aussi profondes que pour la SRC. Ceci arrive au moment même où notre cinéma national, particulièrement au Québec, est en train de nous prouver qu'il arrive à une maturité sans égal dans son histoire.
Quant à l'ONF, qui avait déjà un budget amoindri par des coupes successives, il devra trouver 6,7 millions de dollars dans un budget de 67 millions. Il va ponctionner ces sommes, entre autres dans des coupures de 73 postes et la fermeture de son centre sur la rue Saint-Denis, incluant sa Robothèque. Cela aura comme conséquence de s'attaquer aux fibres mêmes de cet organisme qui venait justement de prendre un tournant majeur vers les nouvelles technologies de pointe.
Le plus grave, c'est de voir comment ce gouvernement fait fausse route en s'attaquant directement aux valeurs qu'il défend lui-même. Pourquoi ? Contrairement à une notion répandue dans certains milieux, nos trois agences ne vivent pas dans des tours d'ivoire loin de la réalité du monde. Depuis au moins trois décennies, elles sont devenues des partenaires incontournables de l'industrie privée de la production audiovisuelle au pays.
Bien avant que le concept de partenariat « public-privé » ne soit devenu la panacée de nos gouvernements, la coproduction entre nos maisons de production et nos trois agences fédérales étaient devenues monnaie courante.
Aujourd'hui, l'industrie de l'image au Canada est évaluée à 5,5 milliards de dollars, créant plus de 128 000 emplois allant de scénaristes à éclairagistes, de producteurs à réalisateurs.
Hors ce régime minceur de plus de 123 millions de dollars, que le gouvernement fédéral impose sur les trois prochaines années, va avoir des conséquences majeures dans le milieu de la production privée.
Certes, nos trois agences vont intégrer leurs coupures en réduisant et en éliminant certaines de leurs activités clés. Par contre, l'industrie privée de la production, son partenaire primordial et essentiel, lui n'aura pas l'alternative de se tourner ailleurs pour le manque à gagner qu'il subira de ce fait.
Qui va alors coproduire vos séries dramatiques préférées avec Radio-Canada ?
Qui va financer les prochains films de nos cinéastes de plus en plus reconnus internationalement ?
Qui va investir dans ces programmes précurseurs, utilisant les nouvelles technologies de pointe ?
De plus, ces trois agences publiques, contrairement aux diffuseurs privés, ont des mandats très stricts d'investisseurs et de découvreurs de talent qui font la richesse créatrice de notre pays. En sabrant leurs fonds, le gouvernement Harper s'attaque de fait à la racine historique de leur mandat de base, celui d'être un service public patrimonial au service de tous les Canadiens. Les grands groupes privés, eux, ne sont nullement tenus par ce type de mandat. Si les lois du marché ou les cotes d'écoute ne créent pas de profit, ils seront les derniers à investir dans le développement du talent artistique émergeant de notre pays.
En conclusion sur des coupes budgétaires de 5,2 milliards de dollars pourquoi s'en prend-on à ces trois agences fédérales de l'audiovisuel ? La seule réponse logique c'est que ces coupures sont purement d'ordre politique et idéologique. Ce sabrage à la tronçonneuse va faire mal à nos agences, mais bien pire, il va scier les jambes d'une industrie de la production en pleine expansion. C'est donc TOUT le secteur de la culture qui va en souffrir.
Le seul côté positif de ce mauvais scénario, c'est que c'est dans son premier budget comme gouvernement majoritaire le gouvernement Harper s'est attaqué à ces trois agences, il ne pourra donc pas récidiver dans les trois prochaines années sans donner l'air de régler de comptes revanchards qui ressemblerait plus à de l'acharnement préprogrammer.
Il serait temps de voir à Ottawa des politiciens, tous partis confondus, arrêter une bonne fois pour toutes de jouer au ballon politique avec les arts pour se rendre à l'évidence que la culture est une industrie rentable comparable à n'importe quelle autre.
La culture porte notre image chez nous et dans le monde, de telles valeurs ne s'achètent pas et n'ont pas de prix.
Suivre Jacques Bensimon sur Twitter: www.twitter.com/@BensimonJacque
La "culture" n'est-t-elle pas une PME comme toute les autres ? NON, elle est une façon de camoufler, une façon de profiter des autres au nom d'un MOT et surtout de SUBVENTIONS.
"La seule réponse logique c'est que ces coupures sont purement d'ordre politique et idéologique"
Ca joue dans les 2 sens!
Les Conservateurs doivent bien représenter une bonne partie de la population canadienne puisqu'ils ont été élus majoritairement..
Alors la question est; Radio-Canada représente -elle bien la culture et les valeurs plus Conservatrices? NON (selon leur perception)
Donc l'argument de "L'image de chez-nous " tombe a plat pour ces gens.(ils ne s'y reconnaisent pas)
L'argument que ces coupures seraient d'ordre politiques et idéologiques est possiblement vrai dans la mesure ou ils ne reconnaissent pas la culture et les valeurs conservatrices mais une autre culture et une autre idéologie
une idéologie en vaut-elle une autre?
Tout votre argument tient a ce que radio-can serait neutre , représentative, dépolitisée, aux service
de toutes les allégences et saine gestionnaire
Je ne crois pas que radio-can-québec n'échappe a cet analyse...
En repoussant dans 25 ans la retraite à 67 ans, Harper a fait preuve de responsabilité !
Il faut dire que nos jeunes commencent plus tard leur vie de travailleurs....au moins 4 ans plus tard que les parents....ils sont encore regagnant...alors cessons de pointer négativement notre Premier Ministre qui Gouverne avec courage et sagesse....la vérité fini toujours par ressortir.
Par exemple, l'ONF aurait put congédier certain de ces cadres et réduire sa bureaucratie... à la place, ils ont fait le choix de fermer Robothèque.
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Les mêmes choix s'applique à nos artistes. Il faut faire des choix. Beaucoup de gens aimerait gagner leur vie comme "artiste"... mais beaucoup de gens ont décider de prendre un travail plus stable (et payant).
Si nos artistes veulent plus de $$, ils pourraient faire de choix de produire du matériel que le publique est intéresser de payer pour.
Avec dè résonement comme sa, jamais le Cirque du Soleil n'aurait pu prendre son envol et la plupart de nos artistes d'envergure internationale n'auraient pas pu répandre la renommée de la culture québécoise à l'étranger, parce qu'au début de leur carrière peu de publique était intéresser de payer pour, comme vous dites.
En passant, le drapeau canadien convient parfaitement au niveau de votre intervention et à votre prose.
Comme avec les chasseurs F-35? La façon de gérer l'environnement? Le non respect des ententes ou du droit international? La négation des données de la science? Le refus de se plier aux lois? Le mensonge et la désinformation érigés en système?
La multiplicité des entreprises Culturelles suçant la tétine des subventions n'est certainement pas un gage de protection et de développement de notre Culture.
La force de notre Culture c'est avant tout à l'école que ça s'enseigne avec un haut niveau de qualité en communication et ensuite à la Maison avec les parents et ça coute rien aux contribuables...juste un peu de responsabilité.