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Le militant Jacques Fournier

09/12/2016 09:38 EST | Actualisé 09/12/2016 10:35 EST

Jacques Fournier est décédé. L'information m'est arrivée par courriel vendredi soir. Je ne l'ai pas prise au sérieux : Jacques, décédé? Ben voyons donc! Impossible!

L'évidence s'est imposée rapidement, à mesure que la nouvelle se répandait sur les médias sociaux, suscitant surprise et consternation. J'en suis encore abasourdi.

Pour ceux qui ne le connaissaient pas, on peut trouver cette brève biographie sur internet:

« Jacques Fournier est licencié en droit. Il a commencé tôt à faire du journalisme. A l'âge de 18 ans, en 1966-67, il a été président de la Presse Étudiante nationale (PEN), qui regroupait alors 110 journaux étudiants, au cœur de la Révolution tranquille. Il a d'abord travaillé dans le domaine de la coopération internationale: enseignement en Afrique, journalisme à la pige en Amérique latine et responsable des communications du Service universitaire canadien outremer (SUCO).

Il a ensuite été agent d'information et organisateur communautaire au CLSC Longueuil-Ouest durant plus de 25 ans. Il a été rédacteur en chef pendant 19 ans de la revue Interaction communautaire, publiée par le Regroupement québécois des intervenantes et des intervenants en action communautaire en CLSC (RQIIAC). Il est l'auteur de « Tendres batailles et durs combats » (Lanctôt éditeur, 1999). Il a été, en 2003, l'un des onze hommes honorés par le Conseil du statut de la femme à titre de « Compagnon de route de la lutte des femmes». Maintenant retraité, il est, entre autres, militant bénévole à l'Association québécoise de défense des droits des retraités (AQDR). Il est père de deux filles et grand-père de quatre petits-enfants. »

Le mot clé ici est «militant», auquel on pourrait y accoler «pour un monde meilleur».

L'image que j'ai de Jacques, d'autant que je me souvienne, est celle d'un militant foncièrement engagé pour changer le monde. Les idéaux d'un monde meilleur qui l'ont animé dans sa jeunesse ne l'ont jamais quitté. Ils sont demeurés une motivation de tous les jours, et même un plaisir quotidien.

Jacques aimait écrire. Même dans ses nombreux écrits, il était un militant. Philosophie, question nationale, questions sociales, Saint-Valentin, santé et services sociaux, simplicité volontaire, solidarité internationale, etc., quels que soient les thèmes abordés, Jacques cherchait toujours à nous amener plus loin, à nous faire questionner, à y placer l'engagement social, le sien, le nôtre, mais toujours dans le respect.

On peut trouver un recensement de ses écrits sur le site « Les chronique de Jacques Fournier » ainsi que sur Vigile Québec.

Jacques était un militant de la défense du droit à la santé et du système public de soins de santé et de services sociaux. Il fut l'un des cofondateurs de la Coalition solidarité santé, et membre du premier comité de coordination.

Organisateur communautaire dans un CLSC, qu'il aimait décrire comme « fonctionnel et participatif, où les gens se connaissaient et s'entraidaient », il prit sa retraite suite aux premières fusions d'établissements en 2004, réalisées par le ministre de la Santé de l'époque, Philippe Couillard. Son CLSC, qui comptait 240 employé.e.s, s'est retrouvé fusionné avec d'autres CLSC, des CHSLD et un hôpital dans un grand CSSS comptant 4 000 employé.e.s.

Sa retraite du réseau public ne l'a pas empêché de transporter sa militance à l'Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR), qu'il a représentée à la Coalition solidarité santé.

À ce poste, son expérience des impacts négatifs des fusions de 2004 en ont fait un solide critique des fusions à plus grande échelle du ministre Barrette.

À la Coalition, il a également animé le comité des services sociaux qui se réunissait cinq fois l'an, se penchant sur l'effritement des services sociaux à travers les nombreux changements et réformes accablant le réseau public de SSS.

La Coalition solidarité santé n'était que l'un des lieux d'implication de Jacques. Là où s'organisait la défense des droits, vous aviez de fortes chances de l'y rencontrer.

Je le revois lors des manifestations étudiantes de 2012, militant avec le collectif « Têtes blanches, carré rouge » groupe de retraités en appui aux luttes étudiantes et plus largement contre les politiques néolibérales du gouvernement.

Sa dernière chronique datée du 15 octobre portait sur les aînés et le salaire minimum à 15$.

Évidemment, Jacques était aussi un militant de longue date pour la souveraineté du Québec, entre autres avec les Intellectuels pour la souveraineté (IPSO).

Son engagement social était à multiples facettes. Il était quotidien, presque génétique, mais toujours fait dans le respect.

Quand je pense à Jacques, un couplet de la chanson Les militants, de Raymond Lévesque me vient en tête :

« Les militants ont de grandes idées

Ils rêvent de justice

Ils veulent changer le monde

Les militants, ils travaillent pour rien

Donnent leur force et leur temps

Pour aider leur prochain »

Jacques, je veux te dire merci de nous avoir accompagnés pendant toutes ces années.

Tes grandes idées pour un monde plus juste ne disparaîtront pas avec toi. Nous continuerons le combat pour changer le monde, nous ne lâcherons pas.

Nous nous souviendrons.

Respect.

(Pour plus d'informations...)

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Ils sont décédés en 2016

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