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SIDA: le virus à un milliard de dollars par an

31/12/2016 09:12 EST | Actualisé 31/12/2016 09:13 EST

L'année 2013 marqua le trentième anniversaire de l'identification formelle du VIH. Triste anniversaire, s'il en est un, il est aussi la preuve incontestable des limites de la science, car, depuis tout ce temps, aucun médicament n'aura pu l'éradiquer, et ce malgré des budgets de recherche dépassant le milliard de dollars annuellement. C'est du moins l'opinion du Dr Bruce Walker de la faculté de médecine de l'université Harvard. Il en explique ainsi la complexité : « C'est une cible mouvante génétiquement, car le virus mute sans cesse. C'est aussi une cible mouvante biochimiquement, car le virus développe des mécanismes pour échapper au système immunitaire. »

Quelques dates importantes

1981 : Apparition des premiers cas d'une immunodéficience rare chez des homosexuels aux États-Unis.

1983 : Luc Montagnier identifie l'élément responsable : le VIH.

1987 : Le premier médicament, l'AZT, est mis en marché.

1992 : La bithérapie (deux médicaments du même type) est amorcée.

1995 : Découverte des antiprotéases

1996 : Arrivée de la trithérapie.

2003 : Mise en marché du T-20 (FuzéonMD), inhibiteur de la fusion du virus avec la cellule

2004 : Début de l'essai d'un vaccin créé par Merck, le projet STEP.

2007 : En septembre, les résultats de cet essai sont insuffisants, arrêt du projet STEP.

2008 : Arrivée des trithérapies en un seul cachet.

Une histoire de connaissance

Plus de 30 ans plus tard, où en sommes-nous ? Le virus n'a pas été vaincu, mais d'une maladie mortelle qu'il était au début des années 1980, il provoque maintenant une condition chronique. En 2008, le professeur Luc Montagnier disait en introduction d'un colloque : « J'aurais souhaité fêter avec vous la fin du sida, plutôt que le 25e anniversaire de la découverte du virus. » Il faut avouer que celui-ci ne laisse que lentement transparaître ses faiblesses. Et ce n'est qu'au prix de longues recherches fondamentales que les pistes apparaissent lentement.

Un premier puis un deuxième pas

Après les balbutiements initiaux où on s'interrogeait sur la nature de la maladie, il y eut bien quelques essais infructueux parfois médiatisés à outrance. Ainsi, trois sommités de l'Hôpital Laennec en France annoncent en 1985, accompagnées de notables français, à toute la presse réunie pour l'occasion avoir guéri trois personnes atteintes du sida. Leur médicament miracle était la ciclosporine, un immunosuppresseur... Même le célèbre Joël de Rosnay écrivait alors dans un de ses livres que ce médicament serait désormais un incontournable pour traiter le sida (Joël de Rosnay, Le Macroscope, première édition). Quelques semaines plus tard, les trois patients moururent et on tenta tant bien que mal d'oublier cette énorme bourde scientifique.

AZT

Puis il y eut le premier véritable médicament : l'AZT, tel que nous en avons parlé dans un billet de blogue précédent. Après quelques hésitations quant aux origines de la maladie, on avait compris que le VIH était un rétrovirus et qu'en bloquant la transcription inverse du génome viral, on réalisait un pas de géant dans la lutte contre l'épidémie. Évidemment, la transcription du code génétique du virus intervient très tôt dans la multiplication de celui-ci.

Pour intervenir plus adéquatement et surtout plus efficacement dans la lutte contre le VIH, il fallait trouver d'autres cibles. C'est ce à quoi s'attelèrent de multiples équipes de chercheurs à travers le monde dont celle du Dr Ho.

Une «success story» à l'américaine

Da-I Ho naquit le 3 novembre 1952 à Tai Chung, sur l'île de Taïwan. Son père, Paul Ho, un ingénieur qui avait travaillé comme traducteur auprès de la Chine pour l'armée américaine durant la Deuxième Guerre mondiale, émigra aux États-Unis alors que Da-I Ho n'avait que trois ans pour poursuivre ses études en ingénierie et préparer la venue de sa famille en sol américain. Neuf ans plus tard, toute sa famille le rejoint et le père change les prénoms de ses fils pour qu'ils soient plus familiers dans leur pays d'adoption. Ainsi Da-I Ho devient David Ho. À cet effet, Paul Ho avait deux soucis, il voulait que ses enfants s'intègrent le plus rapidement à leur nouvelle résidence en banlieue de Los Angeles et qu'ils s'instruisent. Il avait d'ailleurs refusé que ses enfants apprennent l'anglais lorsqu'ils résidaient encore à Taïwan pour éviter qu'ils adoptent un accent qui les aurait distingués des Américains.

Habitant un quartier pauvre de Los Angeles, les premiers mois de David à l'école furent pénibles étant la risée des autres enfants parce qu'il ne parlait ni ne comprenait la langue. Mais après quelques mois, il maîtrisait déjà très bien l'anglais et put graduer avec honneur de son école. Il fréquenta ensuite le MIT (Massachusetts Institute of Technology) et termina ses études en ingénierie à la California Institute of Technology. David décida alors de poursuivre des études médicales à la célèbre Harvard Medical School. Il compléta sa résidence et son internat au UCLA School of Medicine et à la New York School of Medicine où il occupa aussi le poste de directeur du centre de recherche sur le SIDA. Il aura consacré toute sa carrière à cette cause, fut le quatrième chercheur dans le monde à pouvoir isoler le virus, et le premier à présenter ses recherches sur les antiprotéases au congrès international de Vancouver en 1996, alors qu'il fut consacré Homme de l'année par le prestigieux Time magazine. Il a publié plus de 400 articles sur le SIDA.

Une autre cible

Alors que les antirétroviraux agissent au tout début de la réplication virale, les antiprotéases agissent à la toute fin du cycle de production virale alors que celui-ci doit scinder des protéines pour les agencer de manière à en faire leur enveloppe. Pour cette scission, le virus a besoin d'un ciseau moléculaire qu'on appelle protéase. En développant des antiprotéases, on intervient donc en empêchant la reconstruction du virus. En combinant cette médication aux antirétroviraux existants, de grands progrès furent réalisés dans le traitement du SIDA. Mais la maladie demeure mortelle et aucun médicament n'est encore capable de l'éliminer.

De fausses lueurs d'espoir

En 2004, trois géants unissent leurs efforts pour produire et tester à grande échelle un vaccin. En effet, Merck and Co. Inc, le National Institute of Allergy and Infectious Disease (NIAID) et le réseau HIV Vaccine Trials Network (HVTN) lance l'essai STEP. Le vaccin utilisait comme vecteur un adénovirus et contenait trois gènes du VIH. Les tests sur des animaux avaient montré un accroissement significatif de la réponse immunitaire sans aucun danger. Le vaccin fut alors testé sur 3000 personnes en trois doses sur une période de six mois. La moitié des participants recevaient le vaccin, l'autre moitié, un placébo. Malheureusement, l'étude dut être arrêtée en septembre 2007, le vaccin ne prévenait pas l'infection et augmentait même le risque d'infection chez les personnes qui avaient une immunité élevée contre l'adénovirus servant de vecteur.

Et de meilleures

En somme la piste de la vaccination demeure tout de même des plus prometteuses et plusieurs équipes de recherche dans le monde y travaille, dont celle de notre fameux docteur Ho. Aux États-Unis, plus de 600 millions de dollars y sont consacrés année après année. Mais le virus, tel ce petit village gaulois, résiste encore et toujours et il faudra certainement, de l'avis des experts, consacrer encore plus d'efforts du côté de la recherche fondamentale afin de trouver la faille qui signera l'arrêt de mort de cette terrible et mortelle maladie qu'est le SIDA.

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