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Servier: passion et innovation

24/06/2017 08:12 EDT | Actualisé 24/06/2017 08:12 EDT

Dans le cadre de ma rubrique : Connaissez-vous les compagnies pharmaceutiques? permettez-moi de vous présenter Servier Canada.

Partie 1 : La tête et le cœur

On aurait presque le goût de commencer par : Il était une fois... Mais bien qu'elle soit extraordinaire dans le sens propre du terme, l'histoire n'a rien d'un conte de fées. Extraordinaire, certes, car elle sort continuellement de l'ordinaire. Celle dont nous parlerons d'entrée de jeu est née à moins d'une centaine de kilomètres au nord-ouest de Montréal, dans la petite municipalité de Lachute. Elle s'appelle Madeleine Tremblay. Et hors de l'ordinaire, Madeleine Tremblay l'a toujours été. Durant son enfance à Lachute, elle parlait de soins de santé avec son frère aîné Bernard, diplômé en médecine de l'Université de Montréal. Femme de tête, elle décide d'aller en pharmacie. Il n'y avait à cette époque que trois femmes inscrites dans cette faculté. Après ses études en pharmacie, en 1954, elle décide de faire un doctorat en toxicologie industrielle à l'Université Paris Descartes.

Ses études doctorales terminées, elle débute sa carrière aux Laboratoires Servier. Il s'agit d'une toute jeune compagnie pharmaceutique française qui n'en est qu'à sa troisième année d'existence. Ses aptitudes, ses origines américaines et sa facilité dans la langue de Shakespeare lui feront rapidement gravir les échelons. Instigatrice d'une vision internationale de Servier, elle revient à Montréal au début de l'année 1978 et y fonde Servier Canada dans le but avoué d'en faire un joueur clé pour l'ensemble de la compagnie. Objectif atteint, cinq décennies plus tard, Servier Canada occupe le troisième rang en matière de vente, emploie plus de 325 personnes au Canada dont 161 au Québec où il est maintenant installé dans la technopole de Laval. Durant sa carrière elle ouvrit plusieurs autres succursales : en Australie, en Afrique du Sud, en Turquie, en Iran, au Japon et en Inde. Alors qu'elle était responsable du développement de Servier sur la scène internationale, une quarantaine de succursales ont été ouvertes dans divers pays anglo-saxons et aux États-Unis.

Pendant toutes ces années, elle travaille au côté de M. Jacques Servier, celui-là même qui avait fondé la compagnie en 1954. Des 9 employés de départ, le groupe Servier compte aujourd'hui plus de 21 000 personnes réparties dans 140 pays.

Le 10 octobre 2014, elle et le groupe Servier ont fait un don de 750 000 dollars à la Faculté de pharmacie de l'Université de Montréal.

Aujourd'hui âgée de 88 ans, Madeleine Tremblay alterne sa vie entre la France et le Québec où elle continue de mener des activités scientifiques au côté de grands noms américains de la recherche biomédicale.

Partie 2 : De la passion à l'innovation

Jacques Servier fut l'homme d'une seule passion : son entreprise. Il est né en France en 1922 d'une mère institutrice et d'un père pharmacien. C'est d'ailleurs en aidant son père dans l'officine de sa pharmacie que nait sa passion et, comme il le dit, qu'il est séduit par la magie des médicaments. Il fait des études à la faculté de Médecine et de Pharmacie de Paris. En 1954, le Dr Jacques Servier achète la modeste entreprise de son père qui fabrique alors des sirops et compte 9 employés. En quelques années, il en fera une des plus grandes entreprises pharmaceutiques en France. Sa ténacité et son opiniâtreté, des qualités qui lui furent essentielles pour créer sa compagnie, lui joueront cependant de bien mauvais tours à la fin de sa carrière le laissant avec une image ternie dans une affaire largement médiatisée en France. Il s'agit d'un médicament, le Mediator, qui fait l'objet d'un recours judiciaire en France. Jacques Servier est mort le 16 avril 2014.

Partie 3 : Du présent au futur

Dans l'esprit que le groupe Servier demeure un groupe d'hommes et non un groupe de capitaux et pour assurer la pérennité de son entreprise, le docteur Servier transféra dans les années 80 la gouvernance de son groupe à une fondation (Fondation FIRS) alors que les capitaux sont détenus par des associations sans but lucratif et par le groupe lui-même. Il s'agit d'une nouvelle voie, d'un nouveau modèle d'affaires, qui donne entière indépendance au groupe et lui permet de réinvestir tout son bénéfice dans son développement, et notamment en recherche et développement jusqu'à 25% du chiffre d'affaires hors génériques, ce qui est largement supérieur à la moyenne. Cette source, dont bénéficie aussi Servier Canada, assure un financement autonome de la recherche de médicaments novateurs.

L'écosystème pharmaceutique a changé énormément depuis les années 1950 par rapport à ce qu'il est devenu de nos jours. D'une époque où chaque compagnie pharmaceutique procédait à ses propres recherches en vase clos en espérant découvrir le médicament qui pourrait aider le plus grand nombre de patients possibles, nous en sommes arrivés à de tout nouveaux modèles d'affaires impliquant des collaborations avec de nombreux partenaires. Servier a su emboîter cette transition en combinant les forces de son passé avec le futur de la compagnie. Au Canada, ces forces se situent dans le traitement du diabète et des maladies cardiovasculaires.

Au Canada, ces forces se situent dans le traitement du diabète et des maladies cardiovasculaires.

Ainsi, on retrouve au Canada, le Diamicron utilisé pour diminuer la glycémie chez des patients diabétiques de type II. En cardiologie, Servier Canada fournit le Lancora pour traiter l'insuffisance cardiaque chronique stable. On retrouve aussi dans la liste Servier : Coversyl (Coversyl Plus, Coversyl Plus LD et Coversyl Plus HD), le Viacoram et le Lozide, pour traiter l'hypertension artérielle légère à modérée. Il y a aussi le Lixiana, un médicament utilisé pour réduire le risque de formation de caillots sanguins particulièrement efficace pour éviter les accidents vasculaires cérébraux (AVC), pour ceux qui souffrent de fibrillation auriculaire et pour prévenir une thrombose veineuse profonde ou une embolie pulmonaire.

La nouvelle direction du groupe Servier s'est résolument tournée vers le futur, provoquant des associations avec d'autres partenaires tant sur le plan global qu'au Canada. Trois exemples parmi bien d'autres illustreront particulièrement ce changement de philosophie de l'entreprise. L'une porte le nom de code de ITCA 650. Pour ce produit, Servier s'est associé à une firme américaine : Intarcia Therapeutic pour développer un traitement qui aidera grandement les diabétiques. ITCA 650 consiste en un dispositif d'environ un centimètre de long et de quelques millimètres de diamètre qui est introduit sous la peau et qui, pendant six mois, délivrera les doses appropriées d'un médicament diminuant la glycémie. Le dosage est effectué grâce à une pompe osmotique qui n'éjecte que la quantité nécessaire de médication.

Un autre exemple pour Servier Canada est celui du Zevalin. Ce produit associe un anticorps monoclonal à un isotope radioactif, l'yttrium-90 ce qui permet d'appliquer une radiothérapie ciblée à l'endroit même du lymphome. Il est utilisé dans le traitement du lymphome non-hodgkinien lorsque celui-ci ne répond plus aux thérapies de première ligne.

Finalement, dans ce renouveau chez Servier Canada, il convient de mentionner ILKOS Thérapeutique. Cette nouvelle compagnie pharmaceutique est née suite à l'alliance de trois grands noms : Servier Canada, le Fonds CTI Sciences de la vie et le Fonds de Solidarité FTQ. À partir d'une molécule originale issue des équipes de recherche Servier, qui en a confié la licence à Ilkos Thérapeutique, cette dernière aura à élaborer un traitement par voie orale des ulcères veineux chroniques aux membres inférieurs. Cette maladie, prévalente chez les personnes âgées, touche de 1% à 1,5% de la population.

Avec une vingtaine de produits innovants dans son pipeline de recherche, Servier a rempli son mandat de réinventer son modèle d'affaire dans la continuité de la recherche et du développement. Une chose n'a pas changé : la passion et l'innovation sont encore au cœur même de Servier Canada. Et comme il l'exprime si bien sur son site internet : «La dignité de notre profession tient à sa mission. Elle tient aussi à ce que nous offrons, car ce que nous offrons, ce sont des découvertes, de la créativité, des activités pharmacodynamiques.

Le chirurgien n'offre pas son bistouri, mais son opération.

Nous ne vendons pas nos médicaments, devenus de véritables bistouris chimiques - presque impalpables -, mais la vie et le soulagement qu'ils apportent.

Aussi, nos objectifs sont-ils, par essence, des objectifs motivants : allongement de la durée de la vie, lutte contre la souffrance, amélioration de la condition humaine, création de bien-être et d'espérance.»

(http://www.servier.ca/fr/content/une-recherche-au-moins-autant-qu%E2%80%99une-industrie )

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