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Malade notre système de santé: Hydro Québec et Santé Québec

14/06/2016 08:57 EDT | Actualisé 15/06/2017 05:12 EDT

En 2012, j'ai eu le privilège d'écrire un livre: Révolutionner les soins de santé, c'est possible! Un de mes collaborateurs pour cet ouvrage fut le Dr Alban Perrier. Entre autres choses, le docteur Perrier a fondé la Polyclinique Concorde à Laval, il a été directeur des services professionnels à l'hôpital La Cité de la santé et œuvre toujours comme médecin de famille.

C'est en effectuant ma recherche avant de rencontrer le docteur Perrier que je suis tombé sur un article qu'il avait écrit et qui avait été publié dans l'Actualité médicale le 16 juin 2010. Pour la première fois, je découvrais une véritable solution capable de nous sortir du marasme actuel en santé. Alban Perrier ne proposait rien de moins que de remplacer l'actuel ministère de la Santé par une société d'État. En voici le texte légèrement condensé:

***

Mise en place d'un office paragouvernemental des soins de santé

Il y a plus de 15 ans avait été soumis au ministère et à certains dirigeants du système de santé la mise en place d'un organisme parapublic ou paragouvernemental conçu sur un modèle similaire à Hydro-Québec.

Nous avions alors surnommé cet organisme: Hydro-Santé. Certains ont repris l'idée récemment, dont des dirigeants du Collège des Médecins. Le gouvernement n'en a fait cas. Il l'a même rejeté du revers de la main sans en faire la moindre analyse, de peur de perdre l'hégémonie et le contrôle sur le système.

Pourtant cette proposition mérite qu'on s'y attarde, car elle permettrait, à notre avis, une refonte nécessaire du système, une contribution collective de mise en place de mesures plus démocratiques de gestion, une autonomie de gestion relevant de l'analyse de besoins ciblés et circonscrits, une participation au développement et la mise en place des innovations thérapeutiques et technologiques par le biais d'une intégration financière et participative. Est-ce que l'Hydro-Québec n'est pas une réussite en la matière?

Voici certains paramètres de composantes d'un tel organisme:

• Office gouvernemental dont les balises et les orientations sont fixées par le gouvernement et assujetties à un contrôle permanent des dictats émis;

• Conseil d'administration regroupant un nombre prescrit d'administrateurs et experts du domaine de la santé, de corporations professionnelles médicales paramédicales et autres, d'organismes sociaux, de représentants de citoyens et autres personnes représentatives des domaines financiers, technologiques, de la communication... En fait, il faudrait un conseil comparable à celui existant actuellement dans les organismes semblables. Il revient au gouvernement de le définir et d'assurer un mécanisme de représentation efficace.

• Direction générale et ses composantes assurant la gestion globale du réseau de la santé.

Son mandat:

• Dans un premier temps, revoir et faire l'analyse de l'organisation actuelle des soins de santé, identifier les besoins et les composantes du réseau, établir un mode de consultations des intervenants et de la population.

• Dans un deuxième temps, identifier la portée financière nécessaire, l'application des mesures permettant un mode de gestion intérimaire ou de transition. Il ne s'agit pas de tout bouleverser, car le mode actuel de gestion comprend une majorité d'éléments efficaces.

• Dans un troisième temps, amorcer des modifications susceptibles de répondre aux orientations et exigences qui seront exposées et retenues, et définir une vision axée sur les besoins des populations futures.

Sa gestion doit être axée sur des principes inhérents au système de santé, assurant l'universalité, l'accessibilité et la gratuité des soins requis. La notion de gratuité reste à être repensée en fonction d'une gestion adaptée et cohérente que pourrait développer l'organisme gouvernemental non assujetti aux obligations politiques.

• La marge de manœuvre est donc élargie, mais aussi restrictive en fonction des cibles qui seront définies et de la participation des intervenants et citoyens. En contrepartie l'office pourra développer des politiques permettant un financement plus ciblé et issu d'une gestion de participation.

• L'organisme pourra négocier plus librement en regard de la loi canadienne des soins de santé et même y apporter sa contribution.

• L'organisme aura une marge de manœuvre accrue quant aux résultats de gestion, les intervenants devenant partenaires du réseau.

• L'organisme n'aura pas les mains liées lors de la mise en place de modalités concernant le recours aux organismes privés, qui deviendront participants à part entière de certains secteurs requis pour l'administration des soins.

• L'organisme pourra investir financièrement dans divers secteurs relatifs à la dispensation des soins (pharmaceutiques, technologies, information...) et même être à l'origine de développements financièrement rentables. Le service des soins de santé doit devenir un apport positif au peuple québécois.

• L'organisme pourra établir des normes et promouvoir avec son partenaire, le gouvernement, l'élargissement au secteur de l'assurance.

• L'organisme pourra établir des normes d'accès aux soins en regard de certaines populations, de certaines régions ou secteurs ciblés. Le mur à mur devient de plus en plus difficile à gérer en regard de la pertinence et des coûts.

En conclusion, la présente proposition ne se veut pas le rejet de notre système de santé qui a été et qui doit demeurer un acquis indispensable pour notre société. Le gouvernement, les intervenants et les citoyens québécois ont investi des efforts considérables et productifs à la mise en place de l'assurance maladie.

Cette proposition se veut un apport à souscrire à un mode de gestion et d'organisation qui permettent l'atteinte des objectifs initiaux qui doivent demeurer les mêmes.

***

Cette solution de la part du Dr Perrier fut la colonne vertébrale sur laquelle j'avais bâti mon livre. Existera-t-il celui (ou celle) qui reprendra le flambeau en ce sens? Dans mon prochain article, je tenterai de dresser un portrait de ce que pourrait être cet organisme paragouvernemental qu'on pourrait nommer: Santé-Québec.

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