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Malade notre système de santé: public vs privé vs privé subventionné

09/05/2016 10:13 EDT | Actualisé 10/05/2017 05:12 EDT

Dans ce vent de renouveau qui touche notre système de santé, si certaines initiatives semblent prometteuses, d'autres sont plus questionnables.

Prenons l'exemple de l'arrivée du secteur privé en santé. Dans le système actuel de santé, il est tout aussi utopique de croire que le privé apportera une solution afin de désengorger le secteur public, d'accroître l'accessibilité et de diminuer les coûts, qu'il est insensé de croire qu'il faille abolir le secteur privé en santé.

La réalité se situe quelque part entre ces deux affirmations. Et de fait, tous et chacun ont, dirait-on, un intérêt certain à mystifier la situation. Ainsi, les termes «public» et «privé» sont utilisés dans la plus grande confusion.

Le privé apportera une diminution des dépenses et des coûts au système public : FAUX

L'arrivée d'un système privé parallèle n'aura, n'en déplaise à certains, que peu ou pas d'influence sur l'administration publique.

Par exemple, la personne qui décide de souscrire à une coopérative de santé entièrement privée pourra payer 1 000 $ d'abonnement annuellement. Mais ce 1 000 $ n'est en aucun cas une économie pour le système public de santé. Les hôpitaux dont pourrait avoir besoin cette personne doivent continuer à fonctionner et à offrir des services, ainsi que les autres cliniques et services.

En réalité, dans l'état actuel des choses, le privé pourra même produire un effet inverse et provoquer une augmentation des coûts de santé.

Le privé apportera une amélioration de l'accessibilité au système public :

FAUX

On évoque une amélioration de l'accessibilité, soulignant qu'une personne qui consulte au privé libère ainsi une place qui deviendra libre dans le système public.

Un calcul simple nous démontre que si 10 % de la population faisait affaire avec le privé - ce qui serait énorme, présentement, on parle d'à peine 1 % - lorsque l'attente en salle d'urgence s'établit à 18 heures, il y aurait une diminution de 1,8 heure, donc l'attente serait encore de plus de 16 heures.

Ce n'est pas là un grand gain en accessibilité.

En réalité, le privé ouvre une porte d'accès plus rapide pour des services de base. Mais dès qu'il s'agit de problèmes plus sérieux, une chirurgie cardiaque, des traitements pour un cancer, etc., alors inévitablement, on devra se retrancher vers le public.

Il y a privé et privé

En somme, ce que plusieurs ignorent est la différence entre le tout privé (la clinique où l'on doit sortir son chéquier ou sa carte de crédit pour payer) et le privé subventionné en partie ou en totalité. Illustrons la différence par 3 exemples :

1) Le CLSC

Dans un CLSC, tout est payé par l'État : le personnel (médical et autre), le loyer, l'entretien de l'édifice et tous les frais inhérents. Il en est aussi ainsi dans les hôpitaux.

2) La clinique médicale privée subventionnée en partie

Dans une telle clinique, ce sont les propriétaires de la clinique (souvent des groupes de médecins) qui assument les frais du personnel de la clinique et les frais locatifs. Ces propriétaires reçoivent un supplément lors de leur facturation à la RAMQ pour couvrir une partie de ces frais.

3) La clinique privée

Ici, le médecin ne reçoit rien de l'État et facture tous ses frais, y compris sa rémunération, directement à ses patients.

En Angleterre, on a créé une dénomination différente pour désigner ces deux types de cliniques dites privées. On parle là-bas de centres de traitements indépendants pour désigner une clinique où le patient n'a pas à défrayer les frais de sa consultation, par rapport à une clinique privée où le patient doit payer sa visite. Parce qu'en fait, pour le patient, ce qui importe de savoir surtout est s'il doit ou non sortir son porte-monnaie lorsqu'il se rend à une clinique médicale.

Nos trois modèles

En réalité, l'exemple 1 (le CLSC) est celui qui est le plus coûteux pour le gouvernement. Tous ses employés sont syndiqués, tous ses fournisseurs savent pertinemment que leurs biens et services seront payés à haut prix et rubis sur l'ongle, et tout l'entretien des locaux et annexes sont aux frais de l'État. De plus, tout changement à l'intérieur de ce système est dispendieux et laborieux.

L'exemple 2, le privé en partie subventionné, (ce que l'Angleterre appelle les cliniques indépendantes) peut s'avérer une solution intéressante. Ces cliniques et mégacliniques privées ont avantage à proposer des offres de services qui leur amèneront plus de patients, donc plus de clientèle et plus de bénéfices (augmenter l'accessibilité). De plus, quand vient le temps de facturer des services à l'État, elles doivent rester compétitives avec ce que le public offre (restreindre les coûts). Disposant d'une structure infiniment moins lourde que les services publics, le privé partiellement subventionné est mieux à même de s'adapter aux exigences tant de leur clientèle que de l'État payeur.

L'exemple 3, le 100 % privé, ne peut offrir, dans le contexte canadien, que des services de base.

En somme, dans les conditions actuelles, favoriser le privé partiellement subventionné semble un choix des plus sains pour offrir plus de services tout en maintenant des coûts moindres.

Les vertus du flou

Mais, jouant sur l'ambiguïté existante auprès de la population, les syndicats et gestionnaires du réseau public dressent l'épouvantail du privé dès qu'une mesure favorise le privé, même si celui-ci est partiellement subventionné.

Lorsque le système public est accusé d'encourager le privé, celui-ci se défend en affirmant qu'il parle des cliniques privées où les services sont payés par l'État. Lorsque les syndicats craignent de perdre certains gains, ils accusent le gouvernement de favoriser le privé, pointant du doigt les cliniques entièrement privées.

Le patient, qui a bien de la difficulté à s'y retrouver dans ce flou institutionnalisé, craint d'en arriver à un système entièrement privé dans lequel il n'aurait plus les moyens de se faire soigner. C'est un peu comme si on voulait lui laisser croire que d'ici peu, la carte de crédit devrait remplacer la carte soleil.

Dès que la menace prend forme dans la population, le ministère y gagne, parce que les gens acceptent les attentes et les diminutions de service de peur de tout perdre. Et les syndicats y gagnent aussi en s'autoproclamant les défenseurs des employés de l'État, des malades et des affligés.

Les seuls vrais perdants sont les patients, les usagers ou les bénéficiaires, selon le nom qu'on veut bien leur donner. À quand un bureau des usagers qui aura un lien direct avec le bureau du ministre et qui placera le patient non plus au centre du système (où il étouffe littéralement sous les structures), mais à la tête du système?

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