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Malade notre système de santé? La santé et le pont Champlain

25/04/2016 10:58 EDT | Actualisé 26/04/2017 05:12 EDT

Notre système de santé a été élaboré à partir de 3 principes fondamentaux : la gratuité, l'accessibilité et l'universalité. Jetons donc ici un regard de ce que sont devenus ces fondements après près d'un demi-siècle d'histoire.

Souvenons-nous que l'assurance-hospitalisation a vu le jour en 1961 et le régime d'assurance maladie tel que nous le connaissons, en 1971. À titre de comparaison, notre célèbre pont Champlain à Montréal a été ouvert à la circulation le 28 juin 1962 à 16 heures. Lézardé de toutes parts, il sera remplacé par un nouveau pont d'ici quelques années. Il ne faudrait surtout pas y voir une analogie avec ce qui se passe actuellement avec notre vieux système de santé.

La gratuité

Un bon côté de la médaille est qu'au Québec, personne ne peut se faire refuser des soins parce qu'il n'a pas les moyens financiers. Et ça, c'est une réussite éclatante par rapport à ce qui prévalait avant la naissance du régime d'assurance maladie.

Un autre succès du système actuel est que nul n'est acculé à la faillite si, par malheur, lui-même ou un membre de sa famille est victime d'une maladie grave. Anciennement, comme nous l'avons démontré, plusieurs se ruinaient littéralement en frais médicaux et d'hospitalisation. Mon père gagnait un salaire supérieur à la moyenne à l'époque, pourtant nous n'avons jamais vécu richement. Ma mère avait une santé fragile, et le nombre de fois qu'elle a dû faire des stages de plusieurs semaines à l'hôpital ne se comptait plus. C'était connu et admis par toute la famille : «Pauvre Stan [diminutif de Stanislas], disait-on, sa femme était toujours malade. Il pouvait bien tirer le diable par la queue.»

Donc, en ce qui concerne la gratuité, nous demeurons tous d'accord : il serait impensable de revenir à l'époque d'avant la RAMQ.

Pourtant, il faut noter que de plus en plus, cette gratuité s'effrite. Le système privé dicte ses propres règles et, une fois admises, celles-ci déteignent sur le système public qui y voit, ou y verra, des occasions de plus en plus multiples de «désassurer» certains services, sous le prétexte qu'ils sont disponibles au privé. Nous y reviendrons.

L'accessibilité

L'autre grand principe est l'accessibilité. Tout citoyen devrait avoir accès à des soins de santé reconnus adéquats. Avant l'assurance maladie, cette accessibilité était fortement influencée par la capacité de payer mais, depuis plusieurs années maintenant, l'accessibilité est lourdement minée par la disponibilité des services.

Peut-on encore parler d'accessibilité quand plus du tiers des citoyens n'ont pas de médecin de famille? Ou encore quand il faut attendre de 8 à 24 mois pour une chirurgie? Ou même lorsqu'il faut se résoudre à passer plus de 12-24 heures dans une salle d'urgence avant d'être vu par un médecin?

L'universalité

Finalement, le troisième principe est l'universalité. Le système doit garantir à tous, tous les soins de santé, et ce, de la naissance au décès.

Cette générosité du système est à l'origine de bien des excès et aussi de beaucoup de gaspillage.

Selon le dictionnaire, la générosité est une disposition à donner largement, sans compter. Malheureusement, dans la réalité quotidienne, il faudrait des ressources infinies pour pouvoir donner sans compter. Alors, puisqu'il faut compter, arrive un jour où on doive faire des choix.

J'eus l'occasion de rencontrer un très grand médecin québécois âgé de plus de 90 ans, dont je tairai volontairement le nom par respect. À l'âge de 88 ans, ce spécialiste fut amené à l'urgence d'un hôpital. Il venait de subir un grave AVC (accident vasculaire cérébral). Compte tenu de son âge avancé, l'attitude des médecins présents était de laisser le malade s'éteindre paisiblement. Mais une des plus vieilles infirmières le reconnut et dit aux médecins en place que ce patient était en fait le Dr Untel qui avait dirigé, pendant des années, divers services à l'hôpital, et qui était mondialement reconnu pour sa compétence.

Immédiatement, ce patient eut droit aux grandes attentions. Il fut amené tout de go en salle de chirurgie et fut opéré au cerveau. L'AVC fut maîtrisé et le bon docteur survécut. Il dut se résigner à plusieurs mois de réhabilitation et, lorsque je l'ai interviewé cinq ou six ans après cet événement, il m'a avoué: «Si cette infirmière ne m'avait pas reconnu, je serais très certainement mort. J'ai eu droit à ce que la majorité des autres patients de mon âge, ou même plus jeunes, n'auraient pas eu droit.»

J'ai senti beaucoup de tristesse dans cet homme lorsqu'il me racontait cette histoire. Le brave docteur eut droit à l'universalité des services en raison de son passé et de sa réputation. Mais qu'en est-il lorsqu'un individu n'a pas droit à cette universalité parce que l'État ne dispose plus des budgets suffisants? Lorsque des chirurgies sont retardées parce que l'hôpital ne peut ouvrir plus grand ses capacités opératoires parce qu'elle ne peut pas faire de déficit et que ses budgets sont déjà épuisés? Peut-on encore parler d'universalité?

Cependant, est-ce pertinent de prescrire une ou deux tomographies cérébrales chez un patient atteint de la maladie d'Alzheimer? Est-ce pertinent de répéter des examens qui ont été faits quelques jours plus tôt dans un autre milieu? Est-ce pertinent de prescrire des médicaments contre le cholestérol à un patient de quatre-vingt années atteint d'une maladie incurable? Est-ce pertinent de faire de l'hémodialyse à un patient dont la qualité de vie est par ailleurs nulle ou presque?

Rebâtir le pont

Comme nous le constatons, les trois grands principes ayant régi la mise en place de notre système de santé, l'accessibilité aux soins, leur gratuité et leur universalité, sont fortement ébranlés.

Il faut donc un coup de barre majeur, pas un simple remaniement, ni l'ajout de nouvelles structures. Il faut une vision nouvelle et un nouveau départ. Il faut véritablement transformer le système de santé, rebâtir le pont entre la RAMQ et le patient.

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