LES BLOGUES

Médicaments: quand la méfiance devient une menace

Personnellement, je préfère semer l'espoir de la guérison plutôt que la crainte du médicament, c'est probablement moins vendeur, mais surtout beaucoup plus utile.

23/09/2017 08:00 EDT
Design Pics/John Doornkamp via Getty Images
Le bâton illustre le rôle du médecin, du pharmacien ou des autres soignants se promenant partout pour apporter leur savoir et leurs remèdes.

Les personnes qui ne prennent pas régulièrement leurs médicaments ou qui cessent de les utiliser font souvent partie de cette clientèle qui se retrouve régulièrement dans les urgences de nos hôpitaux. Les campagnes anti-pharmaceutiques finissent toujours par causer des problèmes en santé publique. D'où viennent ces méfiances ? Revisitons la grande histoire.

Ce bâton autour duquel s'enroule un serpent se nomme le caducée d'Asképlios. Il tire son origine de la mythologie grecque. Asképlios, fils du dieu Apollon, se promenait un jour quand surgit un serpent qu'il tua avec son bâton. Surgit alors du sol un autre serpent avec, dans sa bouche, une herbe étrange qu'il donna au serpent mort. Ce dernier revint à la vie immédiatement. Asképlios comprit alors le rôle des plantes qui pouvaient guérir des maladies. Il devint ainsi le dieu grec de la médecine et ce symbole sera alors reconnu comme l'emblème des professions médicales. Le bâton illustre le rôle du médecin, du pharmacien ou des autres soignants se promenant partout pour apporter leur savoir et leurs remèdes. Quant au serpent, venant de la terre, il révèle aux humains les secrets des plantes et autres éléments susceptibles de guérir et de plus, par ses mues, il représente l'éternelle jeunesse, refaisant peau neuve autant de fois que nécessaire.

Les filles d'Asképlios

Mais là ne s'arrête pas la légende. Asképlios eut deux filles qu'il nomma Hygie et Panacée. Hygie donna naissance au mot hygiène qui illustre tout l'apport d'un mode de vie sain, à la prévention des maladies et à la protection de la santé. Quant à Panacée, elle représente toutes les formes d'intervention humaine, tels la chirurgie ou les médicaments, qui permettent de rétablir la santé.

Tout au long de l'histoire humaine, ces deux concepts circulent avec, selon les diverses périodes, plus ou moins d'accent sur l'hygiène ou sur la panacée.

L'histoire des médicaments

Bien avant le médicament, il y eut l'utilisation des plantes médicinales, des tisanes, décoctions, emplâtres et autres produits directement issus de ce que la nature pouvait offrir. Le médicament relève d'une étape bien plus récente. Il apparaît le jour où l'homme décide de devenir l'artisan, le créateur de molécules chimiques capables d'apporter soulagement et/ou guérison. Par exemple, on sait que bien des peuplades ont utilisé l'écorce de bouleau ou de saule sous forme de cataplasme ou de tisanes pour soulager diverses douleurs qu'elles soient reliées aux maux de tête ou à l'arthrite. Mais il faudra attendre les années 1820 pour identifier le principe actif naturel responsable de cet effet et un autre 75 ans, jusqu'au 10 août 1897, pour que le chimiste Félix Hoffman réussisse à en modifier la structure pour en faire un vrai médicament efficace et bien toléré, l'acide acétylsalicylique, bien connue encore de nos jours sous le nom d'ASPIRIN. Un autre exemple nous en est fourni par les Arabes qui avaient l'habitude de ranger les selles de leurs chevaux dans des endroits sombres et humides. Il se développait sur celles-ci des moisissures qui protégeaient les cavaliers des terribles plaies de selles, l'équivalent de nos plaies de lit, mais qui affectaient tous ceux dont le principal travail requérait le déplacement à dos de cheval. Ce n'est qu'à la fin des années 1920 qu'Alexander Fleming découvrit l'explication de ce phénomène en trouvant la pénicilline.

Au début de son histoire, chaque nouveau médicament était d'emblée accepté comme ce qu'on pourrait appeler la pilule miracle.

Le médicament a connu diverses réceptions auprès des scientifiques et du public. Au début de son histoire, chaque nouveau médicament était d'emblée accepté comme ce qu'on pourrait appeler la pilule miracle. Il était bien souvent présenté comme la nouvelle panacée universelle, la solution à de multiples, sinon à tous problèmes de santé. Ainsi l'arrivée des antibiotiques allait marquer la victoire finale et totale de l'homme sur les infections, la morphine ou l'aspirine allaient sonner le glas de toutes les douleurs, etc. Un exemple concret d'un tel enthousiasme nous est donné précisément en 1970 quand Richard Nixon lance son programme Conquête du Cancer. Le président américain précédent, John F. Kennedy avait réussi en 1969 son défi historique dans la conquête de l'espace d'envoyer le premier homme marcher sur la lune. Richard Nixon voulant aussi passer à l'histoire en lançant Conquête du Cancer. Un tel déploiement de ressources stimula la recherche sur le cancer et plusieurs médicaments firent leur apparition dans le domaine de la chimiothérapie. Mais il faut admettre, plus de quarante ans plus tard que le cancer n'est toujours pas totalement conquis. Quant à Nixon, il laissa aussi son nom à l'histoire, mais dans un tout autre domaine...

Avec les années et surtout quelques échecs dramatiques de l'industrie pharmaceutique comme la thalidomide qui causèrent de véritables désastres, l'enthousiasme original céda sa place à la tiédeur puis à la méfiance et même dans certains cas à la paranoïa. (Réf. : Jacques Beaulieu, Ces médicaments qui ont changé nos vies, Les Éditions MultiMondes, 2014) On n'a qu'à se souvenir de ce frauduleux Dr Wakefield qui créa de toute pièce une étude identifiant à tort un lien entre l'autisme et la vaccination.

Entre l'espoir et la crainte

La pharmacologie demeure une grande source d'espoir dans l'histoire de la vie humaine, et ce avec raison. Il est facile d'oublier qu'il y a moins d'un siècle, l'espérance de vie à la naissance d'un être humain sur terre se limitait à une cinquantaine d'années. Aujourd'hui, nous approchons les 90 ans comme espérance de vie. Il est aussi simpliste d'affirmer que cette augmentation n'est qu'un prolongement de la vie dans la maladie et dans la souffrance. Bien sûr, il y avait moins de gens qui mourraient d'un cancer en 1950 qu'aujourd'hui parce que les personnes ne vivaient pas assez longtemps pour devenir fragiles aux cancers. Le même constat peut se faire pour l'Alzheimer ou le Parkinson. Mais d'autre part, qui refuserait aujourd'hui une chirurgie cardiaque à l'âge de 55 ans en se disant qu'il risque d'avoir un cancer à 75 ans ou développer un Alzheimer à 85 ans ?

Il est aussi plus facile de militer dans des campagnes anti-vaccination lorsqu'on n'a pas vécu l'horreur de perdre un enfant âgé d'à peine deux ans, mort dans des souffrances atroces en étouffant parce qu'une peau s'était formée dans sa gorge à la suite d'une infection contagieuse de diphtérie à l'époque où la vaccination n'existait pas. Et dans ces mêmes propagandes, il ne doit pas y avoir beaucoup de personnes devenues aveugles à la suite d'une rougeole contractée lorsqu'elles étaient enfants. On a eu vite fait d'oublier ce qu'était la vie humaine d'avant l'arrivée des médicaments. Un exemple parmi d'autres : les hôpitaux psychiatriques étaient, avant l'arrivée des médicaments neuroleptiques, de véritables maisons de torture où les patients hurlaient, enchaînés pratiquement à longueur de journée.

C'est pourquoi j'ai toujours beaucoup de réticences pour ces semeurs de crainte face aux médicaments. On a beau être diplômé et venir du vieux continent, rien ne justifie ces créateurs de fantômes à ameuter la population face aux supposément dangereux médicaments. Rien, sauf bien sûr, le désir de notoriété et celui de vendre leurs livres en passant par des médias toujours avides de sensationnalisme. Personnellement, je préfère semer l'espoir de la guérison plutôt que la crainte du médicament, c'est probablement moins vendeur, mais surtout beaucoup plus utile.

Les billets de blogue les plus lus sur le HuffPost