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Portrait de médecin: Maurice Falardeau, médecin de coeur et d'action

10/06/2016 10:05 EDT | Actualisé 11/06/2017 05:12 EDT

Partage, organisation et compassion, tels sont les premiers mots qui me viennent à l'esprit en commençant cet article sur le docteur Falardeau. Il est né le 24 septembre 1934, sixième enfant d'une famille de huit. Issu d'un milieu modeste, son père était vitrier, le partage et l'organisation furent des vertus qu'il dut acquérir très tôt durant son enfance. Cette belle histoire familiale où le sens du partage, l'équilibre, l'art d'accepter les concessions et le désir de rendre service lui ont procuré une enfance riche et joyeuse.

Son premier travail d'été fut déterminant dans le choix de sa profession. Il est alors en syntaxe, la deuxième année du cours classique à l'époque, l'équivalent aujourd'hui du secondaire deux. Pour aider la famille, Maurice se déniche un emploi comme livreur de médicaments pour une pharmacie. Le contact avec les pharmaciens avait été des plus intéressants et à la fin de l'été, il demanda au pharmacien de lui donner le «vade mecum» des produits pharmaceutiques. Son idée est faite: il voudra dorénavant étudier pour guérir les gens et la médecine s'impose. Toujours parmi les premiers de sa classe, à la fin de son cours classique, il est admis en médecine à l'Université de Montréal puis reçoit son diplôme de médecin en 1959.

Se préparer pour l'Hôpital Notre-Dame

Il fait quatre années de résidence en chirurgie générale à l'hôpital Notre-Dame. Le jeune docteur Falardeau a de l'ambition; il veut se surspécialiser. Il ira étudier dans les plus grandes universités à Rochester au Minnesota, à Denver, à Houston, à Londres et à Boston. C'était ce qu'on appelait à l'époque un travelling fellowship. Il revient à l'Hôpital Notre-Dame avec un prestigieux Fellow McLaughlin en poche. Il tenait à revenir à l'Hôpital Notre-Dame de Montréal, car à cet endroit il serait en mesure de combiner une carrière médicale avec l'enseignement universitaire. La voie du docteur Falardeau était tracée et c'était une autoroute à trois travées: le contact avec le malade, l'enseignement et l'administration.

Menant ces trois objectifs de front, il cumula très rapidement diverses charges: chef de section, chef du service de chirurgie générale, puis chef adjoint du département de chirurgie, membre du comité des archives et du comité de séjour qui étudie la distribution des lits dans l'hôpital. Le docteur Falardeau a la réputation d'un homme reconnu tant pour son honnêteté que pour son jugement.

Puis créer une unité de soins palliatifs

Dès 1977, on parlait à l'hôpital Notre-Dame de créer une zone de 160 lits réservés aux soins prolongés. Un projet pilote d'unité de soins palliatifs était en cours à l'hôpital Royal Victoria. Le docteur Falardeau, comme chirurgien oncologue, serait celui qui ouvrira cette toute nouvelle entité hospitalière en français: l'unité des soins palliatifs de douze lits, la première en langue française en Amérique.

Pour ce médecin praticien, enseignant et chercheur, il ne s'agissait surtout pas d'affecter un nombre de lits suffisants à cette vocation. Le mandat consistait plutôt à définir un concept, une approche globale qui réunirait aussi efficacement que les cinq doigts de la main la médecine, le nursing, la physiothérapie, les aspects sociaux et la spiritualité afin de répondre à tous les besoins d'un patient lorsqu'il n'existe plus de soins curatifs pour le guérir.

Théoriquement, le projet peut sembler simple à première vue. Mais sur le plan organisationnel, la barre était très haute. Réunir en un même lieu une équipe aussi pluridisciplinaire, ce n'était pas gagné d'avance. On avait besoin d'administrateurs, de médecins, d'infirmières, de travailleurs sociaux, de bénévoles, de physiothérapeutes et de psychiatres. Et ce, au même endroit. Pour un hôpital de la taille de Notre-Dame, où tous ces services étaient répartis sur un vaste territoire dispersé dans plusieurs pavillons, cela releva presque du miracle. N'empêche qu'en février 1979, le docteur Falardeau admet le premier patient aux soins palliatifs. Par rapport aux autres services et départements de l'hôpital, les soins palliatifs innovaient à plusieurs égards.

Un concept d'approche globale

Le concept d'une approche globale n'était pas très connu à l'époque. À l'Unité des soins palliatifs, il allait devenir la règle. Autre nouveauté: aux soins palliatifs, la famille n'est pas seulement admise, elle est la bienvenue et ce, vingt-quatre heures par jour, sept jours par semaine. Le personnel qui décide d'y venir travailler doit aussi être assuré d'une bonne stabilité. Au personnel de soins hospitaliers habituel, s'ajoutent aux soins palliatifs les rôles essentiels de la famille et des bénévoles. Afin d'accentuer cette intégration, plusieurs mesures furent adoptées. Par exemple, les bénévoles porteraient aussi le sarrau blanc, comme les autres travailleurs de l'unité. Surtout, une formation spéciale était prévue pour ces bénévoles. L'approche multidisciplinaire n'est pas qu'un choix, elle est une obligation aux soins palliatifs. Finalement, il fallait ajouter un secteur de soins palliatifs en dehors du milieu hospitalier pour assurer des soins de maintien à domicile.

Dès le début des années 1980, on demande au docteur Falardeau de siéger au conseil d'administration de l'Association d'Entraide Ville-Marie, devenue depuis La Société de soins palliatifs à domicile du Grand Montréal. Cet organisme s'implique pour offrir un volet soins palliatifs à domicile pour les personnes en phase terminale de cancer qui veulent vivre leurs derniers moments dans leur résidence, à domicile.

Les colloques de l'Estérel

Mais le docteur Falardeau voit encore plus loin. Afin de réunir ceux qui oeuvrent au sein des diverses unités de soins palliatifs, qui se répandent dans la province et ailleurs, avec son équipe, il propose d'organiser des colloques qui, aux deux ans, permettront à tous ceux-ci d'échanger et de partager leurs expériences. Ce sont les Colloques de l'Estérel qui débutent en 1986.

Dès le deuxième colloque, le docteur Falardeau propose de mettre sur pied l'Association québécoise des soins palliatifs qui a fêté ses vingt ans d'existence en 2009. L'Association, et ce jusque dans la sélection de son conseil d'administration, se devra de refléter la multidisciplinarité requise en soins palliatifs tels la médecine, le nursing, la pharmacie, le travail social, la pastorale, le bénévolat, etc.

Une religion étudiée et mise en pratique

Après plus de quarante années de médecine et de services aux soins des malades, Maurice Falardeau prend sa retraite en 1999. Mais pour lui, pas question de jouer au golf... Il consacrera son temps aux deux activités qu'il a le plus appréciées durant sa vie: apprendre et servir. En ce qui concerne l'apprentissage, il retourne sur les bancs de l'Université de Montréal pour y décrocher en 2005 un Certificat en sciences religieuses. Et pour le service, il décide de se porter à la défense des sans abris et des pauvres qui n'ont pas de voix pour se faire entendre. Depuis plus de 11 ans, il s'est associé comme Président à la Marche Minta à Saint-Bruno qui, chaque année, collecte des fonds pour venir en aide aux plus démunis de la planète. Cet engagement ne l'empêche pas de penser aussi aux pauvres tout à côté de chez lui. Il participe au développement social et communautaire de sa région.

Lorsque j'ai rencontrai le docteur Falardeau, il insista pour me montrer l'une des réalisations dont il est le plus fier. Il s'agit d'un complexe de quatre bâtiments, comprenant vingt-cinq logements de maisons en rangées (maisons de ville) toutes neuves, qui sont autant d'unités de logements sociaux. N'y habite pas qui veut. Il s'agit d'une véritable coopérative de solidarité en habitation où chaque locataire est tenu de participer à la gestion et au développement du projet. Le but est simple. Il s'agit de fournir à des familles à revenus modestes un milieu de vie axé sur la famille et sur la coopération. Dans ce cas, comme dans tous les défis qu'il a affrontés, on peut dire: Bravo docteur, mission accomplie.

Et je ne serais pas le seul à le dire puisque plusieurs honneurs lui ont été témoignés tout au long de sa carrière. Ainsi en 1998, il recevait le Prix «Médecin de cœur et d'action» de l'Association des médecins de langue française du Canada (AMLFC). Il reçut aussi l'Épingle d'or de la ville de Saint-Bruno pour son engagement dans le bénévolat en 2008. Également en 2008, il recevait la médaille du Lieutenant -gouverneur du Québec, (section des ainés).

Maurice Falardeau, ce médecin de cœur et d'action, est décédé le 19 juin 2015.

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