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Histoire de dents

«Jeune fille, 16 ans, cherche jeune homme sérieux. Fait à souligner, je suis édentée et j'ai déjà mes deux dentiers.»

22/07/2017 08:00 EDT | Actualisé 22/07/2017 08:00 EDT
Jose Luis Pelaez Inc
Épouser une fille qui n'avait plus ses dents naturelles et portait déjà ses deux prothèses dentaires représentait une économie appréciable en frais de dentiste pour le futur époux.

«Jeune fille, 16 ans, cherche jeune homme sérieux. Fait à souligner, je suis édentée et j'ai déjà mes deux dentiers.»

Une petite annonce comme celle-ci n'attirerait pas beaucoup de prétendants aujourd'hui. Pourtant, on en retrouvait facilement jusqu'au milieu des années 1940. Épouser une fille qui n'avait plus ses dents naturelles et portait déjà ses deux prothèses dentaires représentait une économie appréciable en frais de dentiste pour le futur époux.

Longtemps au Québec, l'opinion publique ne favorisait pas les soins dentaires. Il n'est donc pas surprenant qu'en 2003, nous possédions encore le triste record du plus grand nombre d'édentés en Amérique du Nord. Heureusement, les choses sont lentement en train de changer. En fait, la vague d'édentation est apparue surtout après la grande crise économique vers les années 1939-1940. La population étant plus riche se mit à consommer plus de sucre et les légumes frais ont été remplacés par des conserves. Les caries se répandirent comme la peste. Comme l'hygiène buccale et le dentiste n'étaient pas encore dans les mœurs, une grande partie des gens n'allait le consulter que pour se faire extraire des dents cariées. Résultats : les fabricants de prothèses dentaires firent des affaires d'or.

Quand en 1970, le régime d'assurance-maladie du Québec décida d'inclure certains soins dentaires pour les enfants dans sa politique, les parents commencèrent à fréquenter plus assidument le dentiste, les habitudes d'hygiène se modifièrent et les édentations complètes diminuèrent. Plus de 30 ans plus tard, où en sommes-nous?

La détection précoce est donc un élément clé dans tout programme de prévention.

La médecine dentaire a bien évolué. Les amalgames (ce qu'on appelle communément : plombages), couronnes et traitements de canal existent bien sûr toujours. Mais de plus en plus, les techniques se font moins invasives et surtout bien moins douloureuses qu'il y a 25 à 30 ans. Par exemple, le traitement d'une carie dépend essentiellement de l'importance de celle-ci et du matériau de remplissage que l'on utilisera. Une carie qui est détectée tôt dans sa progression pourra être traitée de façon plus simple et conservatrice que si la dent était cariée en profondeur. La détection précoce est donc un élément clé dans tout programme de prévention. Pourtant notre bon ministère ne couvre dans son programme d'assurance-maladie qu'une seule visite annuelle pour les enfants de moins de 10 ans alors que tous s'accordent à dire qu'une visite aux six mois serait l'idéal.

Quant aux matériaux de réparation, l'amalgame qui demeure un choix thérapeutique approprié dans certaines conditions cède de plus en plus sa place à des matières plus durables, esthétiques et biocompatibles.

Dans une entrevue que je réalisais avec le Dr Jean-Marc Des Ormeaux, dentiste à Laval, il me résumait ainsi la situation : « L'amalgame n'a aucun lien chimique avec la dent, si bien qu'il reste toujours un espace minime, mais réel entre l'amalgame et le tissu dentaire, espace qui pourra toujours servir le développement de caries. L'avenir réside dans les matériaux adhérents. Ceux-ci font corps avec la dent, ne laissant aucun interstice vide entre la dent et le matériau. De plus, ils exigent beaucoup moins de destruction dentaire pour être appliqués. Avec les amalgames, il fallait forer des cavités suffisamment rétentives pour établir une fixation mécanique durable avec la dent. Les matériaux adhérents présentent moins de contraintes et de coût biologique pour pouvoir établir un lien intime et durable avec la substance dentaire en demeurant moins invasifs que ne l'étaient les techniques restauratives autrefois. On peut donc effectuer des réparations bien moins invasives.

Bien d'autres développements sont apparus comme la radiographie numérique, maintenant généralisée dans presque toutes les pratiques qui permet une réduction importante de l'irradiation des patients (moins du tiers d'exposition par rapport à l'analogique) et l'obtention d'images plus précises pour la détection de caries ou de lésions osseuses. Parmi les autres innovations, soulignons : la numérisation 3D en bureau privé, la généralisation de l'implantologie dans les plans de traitement de restauration, la détection de carie précoces sans radiographie par trans - illumination laser (cari-vu), l'imagerie par caméra intra-orale, la restauration de couronnes et pont en céramique conventionnelle ou zircon par système d'empreintes optiques et la conception de restaurations par logiciel cad-cam et machine - outil (CEREC). On doit aussi parler de l'usage généralisé de laser diode à tissus mous dans un grand nombre de pratiques, la micro - abrasion pour procéder à des restaurations de lésions carieuses débutantes avec un coût biologique négligeable par rapport à une cavité conventionnelle avec appareils rotatifs, l'orthodontie sans bague, boîtiers et fils (coquilles Invisalign). Le monde dentaire est en pleine effervescence, nous vivons des choses et utilisons des technologies que je n'aurais pas cru possibles il y a 20 ans. »

Dans son programme de formation dentaire continue, intitulé : La dentisterie pédiatrique, le Dr Stéphane R. Schwartz écrit : « Pendant des décennies, l'hydroxyde de calcium était le seul agent qui semblait maîtriser les inflammations et les infections dentaires. Ce n'est plus le cas, même si ce matériel rend encore de nombreux services. De la même façon, les composites dont on se sert continuellement sont maintenant épaulés par les verres monomères qui ont le mérite d'être imperméables. Le MTA ( Mineral Trioxide Aggregate) est le nouvel arrivé et semble posséder toutes les qualités du monde. Il est devenu indispensable pour les traitements pulpaires et dans la négociation des canaux. Enfin, son emploi a permis au cours de ces dernières années de « redonner vie » à des dents immatures nécrosées. On s'est enfin rendu compte qu'une dent avait un pouvoir de guérison supérieur à ce que l'on pensait. On a abandonné une certaine agressivité pour devenir plus attentif et plus patient afin de laisser à la dent toutes les chances de prendre le dessus ». (Réf. : http://www.societedentaire.com/sdvr/images/pdf/dentisterie.pdf )

En ce qui concerne le dépistage précoce, est apparu sur le marché, il y a quelques années un appareil laser qui permet de détecter des caries bien avant qu'elles soient visibles à l'œil nu ou encore détectables à la curette, ce fameux petit pic que tout le monde déteste sentir sur chacune de ses dents lors de sa visite chez le dentiste. L'appareil émet sur la dent un rayon laser par une sonde. Le rayon sera reflété et analysé. Il devient ainsi possible de détecter les tout débuts de décalcifications, précurseurs des caries. Souvent, il suffira alors que d'apposer un scellant sur la dent pour stopper le processus. Adieu curettes douloureuses et imprécises !

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