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Entre Frankeinstein et le miracle

Le clonage et les thérapies géniques annoncent-ils des catastrophes pour l'espèce humaine ou représentent-ils les futurs miracles de la médecine?

29/07/2017 08:00 EDT | Actualisé 29/07/2017 08:27 EDT
ferrantraite via Getty Images
En ce début de vingt-et-unième siècle, espoirs et monstres ressurgissent face aux avancés dans le domaine de la génétique.

Les découvertes scientifiques, surtout dans le domaine médical, ont souvent suscité des réactions aussi exagérées qu'opposées. Lorsqu'à la fin des années 1800, on commença à entrevoir la possibilité de greffer des organes sains en remplacement des organes malades, d'aucuns ont crié au miracle. Était-ce le début de l'immortalité pour l'homme ? Chaque fois qu'un organe faiblirait, on pourrait le remplacer par un organe en santé. D'autres ont vu dans cette avancée scientifique une menace à l'intégrité humaine. Allait-on créer des monstres ? C'est dans ce contexte qu'une auteure anglaise écrivit l'histoire de Frankeinstein. En ce qui concerne les greffes, le vingtième siècle allait nous apprendre que l'équation n'est pas aussi simple et que si certains grands succès ont été connus dans les domaines du rein, du cœur, des poumons, du foie et autres, la machine humaine ne se remplace pas à la pièce comme une mécanique automobile. Aujourd'hui, nous avons donc réalisé que la greffe d'organe ne tient ni du miracle amenant la vie éternelle ni d'une technique satanique pour créer des monstres.

Le clonage et les thérapies géniques annoncent-ils des catastrophes pour l'espèce humaine ou représentent-ils les futurs miracles de la médecine?

En ce début de vingt-et-unième siècle, espoirs et monstres ressurgissent face aux avancés dans le domaine de la génétique. Les OGM (Organismes génétiquement modifiés) seront-ils la solution aux problèmes de la faim sur la terre ou un désastre écologique ? Le clonage et les thérapies géniques annoncent-ils des catastrophes pour l'espèce humaine ou représentent-ils les futurs miracles de la médecine?

À la fin des années 1990, Le Dr Fisher et son équipe de l'Hôpital Necker de Paris mirent au point une thérapie génique pour guérir des enfants atteints d'une forme grave d'immunodéficience. Ces enfants qu'on appelle aussi les enfants-bulles parce qu'ils doivent constamment demeurer dans une bulle de plastique entièrement aseptisée ont un système immunitaire si faible qu'un contact avec un microorganisme (microbe) peut leur être fatal. Cette déficience est due à un gène qui ne fonctionne pas normalement. L'équipe médicale trouva le moyen de réintroduire un gène normal en remplacement du gène défectueux. Ce fut la guérison immédiate des neuf enfants ainsi traités. Du jour au lendemain, ces enfants sont devenus absolument normaux et ont pu quitter leur bulle aseptique et jouer dehors comme n'importe quel autre enfant. Deux ans et demi plus tard, deux des neuf enfants contractèrent la leucémie. Cette forme de cancer du sang aurait été provoquée par l'insertion du nouveau gène qui se serait logé à un endroit propice à faire déclarer cette maladie. La recherche pourtant prometteuse dut être arrêtée jusqu'à ce qu'on pût trouver la cause exacte de ces leucémies. Puis les travaux reprirent en 2004 pour être de nouveau arrêtés en 2005 suite à de nouvelles complications.

Les recherches dans ce domaine coûtent très cher et, comme l'exemple des enfants-bulles nous le montre, doivent s'échelonner sur plusieurs années avant que l'on puisse proclamer la victoire. De nos jours, certains endroits possèdent tout l'équipement de recherche en thérapie génique, comme le Centre de préparation cellulaire de l'Hôpital Général Juif de Montréal, qui fut le premier du genre au Canada. Nous pourrons désormais réaliser des essais cliniques auprès de patients atteints de cancer. Les installations sophistiquées ont été construites en association avec une société française de biotechnologie (IDM). Son directeur, le docteur Jacques Galipeau a même créé une collaboration toute particulière avec l'École de médecine vétérinaire dans laquelle des traitements géniques peuvent être testés sur des animaux cancéreux.

Mais toujours aujourd'hui, les dérapages sont à surveiller. Par exemple, ces tests génétiques voulant évaluer des enfants pour pouvoir déceler des talents au soccer! Comme relaté par le Regroupement en soins de santé personnalisés au Québec : « Une compagnie de Miami offre des tests génétiques visant à évaluer les talents de soccer, comme le rapporte Deadspin, un site internet consacré aux sports. La compagnie, Soccer Genomics, propose une analyse génétique pour déterminer le potentiel d'un joueur de soccer et pour concevoir un programme visant à libérer ce talent. Deadspin fait remarquer que ce n'est pas la seule compagnie à offrir un tel service, et ajoute que ceci est « absurde et effrayant ». Deadspin fait valoir que plutôt que de libérer le potentiel de soccer des enfants, cela pourrait tenir les enfants loin du sport une fois qu'ils apprendront que, comme la plupart des gens, ils sont des athlètes moyens. Deadspin ajoute qu'une déclaration parue en 2015 dans le British Journal of Sports Medicine affirmait que « dans l'état actuel des connaissances, aucun enfant ou jeune athlète ne devrait être exposé à des tests génétiques pour définir ou modifier leur entraînement ou pour identifier des talents visant à sélectionner des enfants ou des adolescents surdoués. » Ce test a d'ailleurs attiré l'attention de chercheurs en génomique et de spécialistes de l'éthique sur Twitter. Dans un tweet, Tim Caulfield de l'Université d'Alberta se demande si ce n'est pas le « pire des tests génétiques offerts. » (Réf : RSSPQ : http://deadspin.com/look-at-this-fucking-shit-1796745350 )

Par contre, les bienfaits de la recherche en génétiques sont autrement plus nombreux que ces quelques excentricités. On n'a qu'à penser aux cancers où les découvertes de gènes responsables permettent non seulement d'agir en prévention primaire (avant que le cancer ne survienne) mais aussi dans le choix des outils thérapeutiques existants. Ainsi il devient possible de s'intéresser non seulement de l'endroit où se situe le cancer (sein, ovaire, cerveau, etc.) mais plutôt d'identifier des biomarqueurs que l'on peut rejoindre, quel que soit l'organe sur lequel ils s'expriment. Un médicament récemment approuvé par la FDA permet ainsi d'utiliser le pembrolizumab (Keytruda) de la pharmaceutique Merk pour s'attaquer à des tumeurs dotées d'un ou deux biomarqueurs, quel que soit l'organe touché ou l'endroit du corps où se situe cet organe.

Déjà de nos jours, la génétique est partie prenante des diagnostics et des traitements d'un nombre de plus en plus grand de maladies.

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