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Il était une fois la maladie: Dieu est mort d'un AVC

12/09/2015 09:08 EDT | Actualisé 12/09/2016 05:12 EDT

À sa naissance le 15 décembre de l'an 130 de notre ère, Lucius Vérus était tout ce qu'il y a de plus humain. Militaire de grand talent et stratège émérite, il connut une carrière fulgurante, réussissant, entre autres, à pousser les limites de l'Empire romain au-delà de l'Euphrate. En 161, il est sacré empereur romain et dirige les destinées de Rome en compagnie de son frère Marc Aurèle. Reconnu pour son orgueil, sa luxure et ses débauches, il meurt prématurément en 169 après Jésus-Christ.

Eutrope, historien de l'époque, décrit ainsi don décès: «Ensuite, il revint à Rome où il partagea les honneurs du triomphe sur les Parthes, avec son frère, qui était aussi son beau-père. Enfin il mourut dans la Vénétie, en se rendant de la ville de la Concorde à Altinum; il était sur le même char que son frère, lorsque tout à coup il fut frappé d'un coup de sang, genre de maladie que les Grecs appellent apoplexie.»

D'autres historiens de l'époque avancent plutôt que Vérus aurait été empoisonné sur les ordres de son illustre frère, irrité de toutes ses frasques. Mais la thèse de la maladie prévalut. Lucius eu droit aux grands honneurs et fut divinisé, pouvant ainsi rejoindre post mortem la multitude des divinités romaines, devenant ainsi le premier dieu, à ma connaissance, décédé d'un AVC...

L'AVC selon Hippocrate

Dans Des maladies, livre deuxième. Argument., l'AVC est ainsi décrite par Hippocrate: «6. Autre maladie (Coup de sang ou apoplexie).: tout à coup, une douleur saisit la tête, et soudain le patient perd la parole et le mouvement. (Aph. VI, 51).

Les traitements de l'AVC dans l'Antiquité et... avant

Un crâne datant du néolithique (3 500 av. J.-C.) affiche des cicatrices d'une trépanation au silex à laquelle une jeune fille aurait survécu. Il s'agit de la plus ancienne chirurgie (réussie) jamais répertoriée. La trépanation était utilisée non seulement lors de coup de sang ou d'apoplexie, mais aussi lors de convulsions, d'épilepsie ou de divers troubles mentaux. Le but pour Hippocrate était, dans les cas d'apoplexie, de permettre l'évacuation de la bile noire. Il s'agissait fort probablement de sang coagulé, mais... les analyses biochimiques n'étaient pas encore disponibles pour nous le confirmer.

L'autre moyen souvent utilisé lors d'AVC alors était la saignée, qui provoquait une diminution de la pression sanguine et permettait dans le cas d'une hémorragie cérébrale une potentielle cicatrisation, ou, dans le cas d'une ischémie, un déplacement du caillot obturateur.

Dans un comme dans l'autre, les succès devaient être rares et les échecs... fréquents.

La neurologie comme science médicale voit son envol débuter au début du XVIème siècle. Quant aux AVC, on comprit finalement qu'ils étaient de deux types: les AVC ischémiques provoqués par le blocage d'un vaisseau sanguin par un caillot, et les AVC hémorragiques causée par la rupture d'un vaisseau sanguin provoquant une hémorragie cérébrale.

L'état de la situation

En 1914, Jay McLean, un étudiant peu fortuné, se voit confier le mandat d'isoler la céphaline, un facteur qui favoriserait la coagulation sanguine. Comme la Grande Guerre commençait, les recherches pour trouver des façons de faire coaguler le sang plus rapidement étaient à la mode. Cela pourrait éviter aux soldats blessés de se vider de leur sang sur les champs de bataille et de mourir.

À l'époque, on soupçonnait des extraits provenant du cerveau (céphaline), du cœur (cuorine) ou du foie (héparphosphatide) d'accélérer la coagulation, mais on n'arrivait pas à isoler la molécule responsable. C'est en travaillant sur l'un de ceux-ci, l'héparphosphatide, que McLean découvrit qu'une solution purifiée de l'extrait n'avait pas l'effet coagulant recherché, mais plutôt contenait un anticoagulant puissant.

Il présenta ses résultats au docteur Howell, son employeur, mais celui-ci ne le crut pas. McLean prit alors du sang de chat qu'il mélangea à sa solution, mit le tout dans un bécher qu'il laissa sur le bureau du docteur Howell en lui disant: «Lorsqu'il coagulera, appelez-moi!». Bien sûr, il ne reçut jamais d'appel. Et c'est ainsi qu'est né l'héparine.

Lors d'un AVC ischémique, il convient de dissoudre le caillot sanguin et d'empêcher de nouveaux caillots de se former. Les médicaments sont donc essentiels pour y arriver. Il existe d'ailleurs un médicament qui aide à dissoudre un caillot rapidement (un activateur du plasminogène tissulaire) et il doit être administré durant une période de moins de 4 heures du début de l'AVC ischémique. Plus tôt la circulation dans le cerveau reprend normalement, plus petits sont les risques d'atteintes cérébrales. Puis d'autres médicaments pourront aider à contrôler la coagulation sanguine, comme l'aspirine ou encore les AVK (antivitamine K, qui est la vitamine qui favorise la coagulation, par exemple: le coumadin).

Dans le cas des AVC hémorragiques, bien souvent la chirurgie s'avère la première solution. Puis des médicaments permettront de maintenir la pression artérielle à un niveau assez bas pour éviter une nouvelle rupture du vaisseau. Enfin, une dose de maintien permettra un contrôle à long terme de l'hypertension artérielle.

Les médicaments et la chirurgie ont donc apporté des solutions fort utiles pour diminuer grandement les complications reliées aux AVC, comme la paralysie ou encore les troubles cognitifs. Mais il reste que l'AVC demeure, encore aujourd'hui, un problème médical grave. Il est la première cause de handicap physique chez l'adulte, et la troisième cause de mortalité dans la plupart des pays occidentaux.

Dans le monde, cinq millions et demi de personnes meurent chaque année suite à un AVC, 75% des victimes ont plus de 65 ans, et les hommes sont plus exposés que les femmes. La recherche trouve donc ici une place essentielle puisque nous vivons plus longtemps et sommes donc plus exposés aux AVC.

Il faut aussi souligner le bien fondé des campagnes d'information menées par la Fondation des maladies du cœur et de l'AVC. L'AVC constitue en tous les cas une urgence médicale, et la rapidité d'intervention par une équipe médicale est essentielle pour assurer les meilleures conditions de guérison avec le moins de séquelles possibles.

La Fondation propose à la population ce sigle pour pouvoir déceler rapidement la survenue d'un AVC: VITE!

avc

Autre fait à noter: en corrigeant ses mauvaises habitudes de vie, comme le tabagisme, la sédentarité et une alimentation riche et grasse, et en suivant un traitement efficace des pathologies cardiovasculaires sous-jacentes, il est possible de réduire les risques de survenue des accidents vasculaires et de leurs complications.

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