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Que représente l'OIF pour le Québec et le Canada?

07/09/2014 11:29 EDT | Actualisé 07/11/2014 05:12 EST

Pour le Québec, l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) est une meilleure alliée, sur le plan international, pour les Québécois et les Franco-canadiens qui se battent chaque jour pour faire vivre leur langue, menacée même à l'intérieur du pays par certaines langues asiatiques, comme deuxième langue officielle, de travail et de communication au Canada.

En effet, le Québec qui s'est joint à l'OIF en 1971, une année après sa création, occupe un siège distinct de celui du Canada dans toutes les instances décisionnelles de cette organisation. Il s'agit, en fait, d'une des organisations gouvernementales multilatérales, sinon la seule, où le Québec siège en tant que membre à part entière, avec une voix délibérative qui lui permet d'affirmer sa personnalité internationale.

Au sein de l'OIF, le Québec est d'ailleurs considéré comme l'un des membres les plus actifs de l'organisation, notamment en ce qui concerne la promotion de la langue française et de la diversité culturelle. Au travers de cette organisation, le Québec a une bonne opportunité de nouer et entretenir des relations économiques, commerciales, culturelles, voire politiques et diplomatiques avec plus d'un tiers des États membres de l'Organisation des Nations Unies.

Pour le Canada, comme on peut bien lire sur le site Internet du ministère des Affaires étrangères, Commerce et Développement Canada :

Pour le Canada, appartenir à la Francophonie c'est faire partie de l'importante communauté des 77 États et gouvernements (57 membres et 20 observateurs) qui ont le français en commun. Un réseau qui s'étend de l'Europe au Moyen-Orient, d'Afrique jusqu'au Pacifique, en passant par l'océan Indien, les Antilles ainsi que les Amériques, regroupant une population de 900 millions d'habitants et de 220 millions de francophones [...] L'appartenance à la Francophonie donne aux Canadiens davantage de possibilités de rayonnement international dans les domaines de la langue et de la culture, de l'économie et des nouvelles technologies, ainsi que de la coopération internationale.

En définitive, l'OIF représente, non seulement un espace linguistique et culturelle, mais également un grand marché potentiel que chaque membre peut exploiter et tirer profit. Nous pouvons donc affirmer sans crainte d'être contredit que les deux paliers du gouvernement ont un intérêt et des attentes légitimes pour cette organisation multilatérale, autant que tous les autres membres effectifs ou observateurs, qu'ils soient du Sud ou du Nord.

Il serait très réducteur pour l'OIF de se cantonner seulement à la promotion de la langue et de la diversité culturelle, ou d'être vue comme tel. Si l'OIF ne cesse de s'agrandir - adhésion d'une vingtaine d'États - avec des membres qui n'ont aucun lien historique avec la langue de Molière, ce qu'il y a du potentiel qui attire.

Plus que la dimension linguistique et culturelle, l'OIF est appelée naturellement à s'ouvrir davantage à la mondialisation, à trouver des mécanismes appropriés pour développer l'économie et le commerce afin d'attirer les investissements et les capitaux étrangers créateurs de richesses et d'emplois. Ce qui va, en fin de compte, inciter le monde à s'intéresser davantage et apprendre la langue française. À mon avis, il s'agirait même d'inverser la stratégie de promotion de la langue et de la culture, par le développement de l'économie dans l'espace francophone, qui présente par ailleurs d'énormes potentialités.

Dans une allocution prononcée le 28 août dernier devant le corps diplomatique accrédité dans son pays, le président français François Hollande a rappelé la nécessité de développer la dimension économique de l'OIF : « Jacques Attali vient de me remettre un rapport qui souligne l'immense atout économique que la francophonie peut représenter. Je veux que la dimension économique de la francophonie soit présente, lors du prochain sommet de l'OIF à Dakar, au mois de novembre », disait-il.

En effet, le rapport « La Francophonie et la Francophilie, moteurs de croissance durable » dont faisait allusion François Hollande, a été rédigé par l'éminent économiste et bras droit de l'ancien président français François Mitterrand, Jacques Attali. Il parle de la dimension économique de la Francophonie et note que le potentiel économique de la Francophonie est insuffisamment exploité par la France.

Avant lui, un autre universitaire et diplomate français, le regretté Jacques Barrat, que nombreux Québécois connaissent bien puisqu'il était un ancien secrétaire général de l'Office franco-québécois pour la jeunesse et auteur de plusieurs publications, dont la «Géopolitique de la Francophonie : un nouveau souffle ?». Il avait dit la même chose que: « la Francophonie est un champ d'action culturelle et économique plus qu'appréciable, encore insuffisamment défriché, dont les Français ne sont pas encore suffisamment conscients.»

Les trois gouvernements (Canada, Québec et Nouveau-Brunswick) ont présenté officiellement une candidature à la tête de l'OIF, pour une élection qui aura lieu dans moins de trois mois. Une candidature qui présente une feuille de route impressionnante et qui a d'innombrables atouts par rapport à ses concurrents. Son projet, axé sur l'économie comme dénominateur commun de toute action de l'OIF, est un bon créneau pour l'avenir de cette organisation. Il répond parfaitement à la volonté exprimée par l'ensemble de chefs d'État et de gouvernement au dernier sommet à Kinshasa et anticipe également les résolutions qui sortiront du sommet de novembre prochain à Dakar.

Mais que fait-on pour promouvoir cette candidature?

Du moment que les trois gouvernements (Canada, Québec et Nouveau-Brunswick) ont accepté d'endosser une personne pour briguer un poste dans une organisation gouvernementale multilatérale, il va de soi que ce n'est plus l'affaire d'un individu, mais bien celle de tous les trois gouvernements concernés.

On a beau être confiants que les diplomates canadiens font un travail de Titan pour convaincre les États membres, mais il est vrai que la diplomatie a toujours besoin d'une action politique d'envergure, d'un coup de pousse des acteurs politiques de premier plan pour rassurer les interlocuteurs étrangers.

À moins de trois mois d'une élection décisive à l'OIF, la candidature du Canada est en ballottage favorable face à trois autres candidats à prendre au sérieux. Le jeu reste encore ouvert. Les États qui ont présenté des candidats bataillent fort et multiplient des actions de séduction auprès des États membres, de l'opinion publique francophone et dans les médias. Au Canada, on observe un silence circonspect. On n'a pas encore entendu une voix forte de l'un de trois chefs du gouvernement qui apporte un appui public.

Même s'il est vrai que le choix sera fait par les chefs d'État et de gouvernement, mais l'OIF en tant qu'une organisation qui fait la promotion de l'État de droit, de la démocratie et des droits de la personne, il est important d'informer également l'opinion publique nationale du bien-fondé de cette candidature.

Dans une course qui s'annonce serrée, les trois gouvernements devraient sérieusement prendre la mesure de leur engagement et d'y mettre un poids politique. On ne devrait pas tenir pour acquis les votes de la majorité des États membres, en particulier des Africains qui ont aligné plus de trois candidats et vont certainement diviser les voix.

Si par malheur on venait à perdre cette élection, ce que je ne souhaite pas du tout, ça ne serait pas un échec d'un individu, mais bien une humiliation pour tout un pays, au sein d'une organisation où le Canada est le deuxième plus important donateur.

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