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Pourquoi doit-on soutenir la candidature de Michaëlle Jean à la tête de la Francophonie?

26/01/2014 09:52 EST | Actualisé 28/03/2014 05:12 EDT

Dans 10 mois, soit plus précisément du 29 au 30 novembre de cette année, va s'ouvrir à Dakar le 15e sommet des chefs d'État et de gouvernements membres de la Francophonie. Ce sommet revêt une importance capitale, à plusieurs égards. Il marquera la fin de trois mandats successifs (12 ans) de l'actuel secrétaire général, Abdou Diouf et l'élection de son successeur.

Le thème choisi - «Femmes et jeunes en Francophonie: vecteurs de paix, acteurs de développement» - n'a peut-être pas la même compréhension dans une société comme le Québec et le Canada, où les femmes ont acquis suffisamment de droits, où les jeunes peuvent rêver d'un avenir meilleur lorsqu'ils se consacrent aux études et où les enfants sont des petits « rois et reines ». Mais dans certains pays francophones, notamment d'Afrique, les femmes et les jeunes ont certainement une autre compréhension et beaucoup d'attentes envers ce que vont décéder les chefs d'État et de gouvernements pour leur permettre d'être effectivement les vecteurs de paix et acteurs du développement de leur société.

La femme et l'égalité entre les sexes

Il y a un adage qui dit: «Éduquer une femme, c'est éduquer toute une nation». Cela veut dire qu'une société qui donne accès à l'éducation aux femmes est vouée au progrès et au développement, tandis que le contraire est également connu. Le degré d'émancipation de la femme est la mesure du degré d'émancipation de la société en générale et de son développement.

Il est inconcevable de parler de la paix et du développement lorsque la grande majorité de celles qui constituent plus de la moitié de la population francophone sont encore analphabètes et, par conséquent, marginalisées et exclues de la prise de décisions qui les concernent; lorsque leurs droits fondamentaux continuent d'être bafoués; lorsqu'elles doivent se battre au quotidien pour faire reconnaître leurs droits les plus élémentaires comme le droit à l'éducation et à la santé. Plus grave, dans les pays qui ont connu ou connaissent encore des conflits armés, la situation de la femme est encore pire. La femme est la première victime des violations graves des droits de la personne. Le viol est devenu une arme de guerre et on assiste à une banalisation éhontée du viol des femmes, parfois même en présence du mari et des enfants. C'est triste, mais il faut avoir le courage de le dire. C'est bien ça la réalité dans la plupart des États francophones, notamment en République démocratique du Congo.

Et pourtant, tous ces États ont ratifié différents instruments internationaux de protection des droits de la personne, notamment la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes. Et pourtant, on trouve encore, dans leurs législations nationales, des dispositions qui discriminent les femmes. Cette contradiction ouvre la porte à toutes sortes de violations des droits des femmes.

La promotion de l'égalité entre les sexes devrait être le leitmotiv de la Francophonie si l'on veut réellement impliquer les femmes dans le processus de paix et de développement de l'espace francophone.

Le choix du secrétaire général de la Francophonie

Dans les médias francophones d'ici et d'ailleurs, les noms pressentis pour prendre la direction de la Francophonie circulent déjà. On retrouve des candidats des quatre continents. C'est un signe que les tractations diplomatiques de coulisses ont déjà commencé.

L'Afrique, qui souhaite conserver le poste de secrétaire général, bien qu'elle l'ait occupé pendant 16 ans consécutifs, aligne une brochette de candidats que l'on peut trouver dans les médias d'Afrique francophone. En Asie, il se murmure que l'actuel président du Liban, Michel Sleiman, veut faire un saut à la Francophonie. En Europe, les médias prêtent des intentions à la Franco-algérienne, actuelle ministre française déléguée à la Francophonie, Yamina Benguigui, de vouloir prendre la direction de la Francophonie. En Amérique du Nord, l'ancienne gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean se dit très intéressée par ce poste. Elle pourrait certainement avoir un appui inconditionnel en Amérique centrale et dans les Caraïbes.

La Francophonie est composée des États et gouvernements membres, associés et observateurs issus de quatre continents, qui apportent chacun leur contribution, au prorata de la richesse nationale, pour assurer la bonne marche et la réalisation des objectifs communs confiés à cette organisation intergouvernementale. Il serait sage d'éviter de monopoliser la direction de cette organisation communautaire, mais de privilégier le consensus et la rotation pour ne pas froisser certains États membres à part entière.

L'exemple du Qatar, nouvellement admis comme membre associé de l'OIF, qui refuse de s'acquitter de ses contributions obligatoires (900 000 $ par an) au motif qu'on devrait revoir la méthode de calcul de contributions basées sur la richesse nationale, illustre bien d'autres situations qui peuvent provoquer des malaises à certains États qui contribuent énormément, mais qui ne peuvent accéder à la direction de celle-ci. L'écrivain et philosophe français, Albert Camus disait: «La démocratie, ce n'est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité».

Il serait également sage d'éviter que le poste de secrétaire général de la Francophonie soit l'apanage des anciens chefs d'État et de gouvernements à la recherche d'une retraite dorée ni comme un tremplin pour caser des opposants gênants. Il va falloir choisir un bon candidat qui porte à bras le corps des valeurs intrinsèques de la Francophonie, notamment le respect des droits de la personne, de la démocratie, de l'État de droit, de l'égalité de sexes, etc.

Qu'en est-il de la candidature de Michaëlle Jean?

Mme Jean est Québécoise et Canadienne. Elle a été Grande Témoin de la Francophonie aux Jeux olympiques et paralympiques de Londres en 2012. Donc, elle a une bonne compréhension des enjeux politiques, économiques et culturels de la Francophonie.

Son engagement pour les droits de la personne, notamment pour la cause des femmes victimes de violences conjugales, n'est plus à démontrer, aussi bien lorsqu'elle était gouverneure générale du Canada et même bien avant. Elle peut promouvoir avec conviction aussi bien les valeurs fondamentales de la Francophonie que les valeurs auxquelles les Québécois et les Canadiens portent beaucoup d'importance, notamment l'égalité des sexes, le respect des droits de la personne, de la démocratie et de l'État de droit.

Pour ceux qui pensent que le Québec ne devrait pas soutenir une ancienne représentante de la reine d'Angleterre, Elizabeth II, il serait important de rappeler que la Francophonie n'a pas pour vocation de se battre contre une quelconque langue dominante, mais elle se bat pour préserver la diversité culturelle et linguistique, pour maintenir le français à la fois comme langue de communication, des affaires, de la science, de véhicule de la culture francophone et surtout comme langue de travail, notamment au sein des instances internationales.

Au dernier sommet de la Francophonie à Kinshasa, le premier ministre Stephen Harper avait souhaité que les prochains rendez-vous de la Francophonie se tiennent uniquement dans des pays réellement démocratiques. Il serait logique que ce souhait s'applique également au choix de la direction de cette organisation.

Quant au soutien sur le plan international, le choix du prochain secrétaire général sera basé sur la convergence de plusieurs éléments pour trouver un bon candidat qui ferait consensus. Madame Jean porte en elle plusieurs identités que de nombreuses personnes devront reconnaître. Elle pourra certainement faire l'unanimité au sein de différents continents et bâtir des ponts durables entre les francophones du monde.

Les détracteurs de la Francophonie, qui ont toujours cru dur comme fer qu'elle était le prolongement de la colonisation française et que pour se prémunir elle devrait être dirigée par un ressortissant du Sud, seraient mal à l'aise de récuser la candidature de madame Jean et du Canada qui n'a pas un passé colonial.

Avec madame Jean à la direction, la Francophonie y gagnerait en visibilité, le Québec et le Canada également. Voilà pourquoi on devrait non seulement présenter, mais soutenir sa candidature et utiliser la machine politique et diplomatique québécoise et canadienne pour convaincre leurs homologues du bien-fondé de cette candidature, d'autant plus que ce XVe sommet est dédié à la femme.

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