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Michaëlle Jean confirme son avance dans la course à l'OIF

09/07/2014 04:43 EDT | Actualisé 07/09/2014 05:12 EDT

À quatre mois du sommet de la Francophonie à Dakar, les prétendants au poste de secrétaire général affûtent leurs arguments pour convaincre les chefs d'État et de gouvernements qu'ils seraient les bons candidats.

L'Afrique a aligné, à elle seule, trois candidats officiels pour la succession d'un autre Africain à l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Il y a probablement d'autres candidats encore qui sollicitent les appuis en coulisse et attendent le moment venu pour se lancer dans la course.

La 40e session de l'Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF) qui se déroule à Ottawa jusqu'au 8 juillet a été une occasion en or pour le Canada, et particulièrement pour Michaëlle Jean, candidate à l'OIF, de convaincre les différents présidents de parlements membres de la Francophonie qu'elle était le meilleur choix pour succéder à Abdou Diouf.

Trois candidats africains en lice

Mais bien que majoritaire à l'OIF, avec trois candidats en lice, il est fort probable que tous partent avec un grand handicap, celui de la division des voix.

Parmi les candidats déclarés, il y a celui de l'Ile Maurice, ex-ministre des affaires étrangères Jean-Claude de L'Estrac, qui était parmi les premiers à se porter candidat et dont son pays ne lésine pas sur les moyens pour le soutenir. Celui-ci part tout de même avec un handicap de taille.

En effet, nombreux diplomates disent que le secrétaire général sortant, Abdou Diouf, a tellement donné du lustre à l'OIF, qu'il serait mieux que son successeur soit une personnalité du même rang que lui, c'est-à-dire un ancien chef d'État ou de gouvernement. Mais l'intéressé ne l'entend pas de cette oreille, il est très actif dans les médias et fait des tractations diplomatiques de coulisses pour obtenir plus d'appuis.

En mai dernier, il était à New-York avec les ambassadeurs des pays membres de l'OIF. En juin on l'a vu également à Malabo en Guinée Équatoriale lors du 23e sommet de l'Union africaine (UA). À Paris, il a rencontré le secrétaire général sortant, Abdou Diouf et la secrétaire d'État français au développement et à la Francophonie, Annick Girardin.

Il se prépare à rencontrer également le président français, François Hollande, à Moroni au Comores en juillet prochain lors du sommet des chefs d'État de la Commission de l'océan Indien qu'il préside, par ailleurs. Il est même venu au Canada pour promouvoir sa candidature. Il prétend avoir obtenu le soutien de l'océan Indien et d'une dizaine de pays d'Afrique francophone et du Rwanda.

Le candidat du Congo, ambassadeur Henri Lopes, qui est un intellectuel réfléchi, a certainement compris que ses chances étaient minces pour succéder à Abdou Diouf. Raison pour laquelle, depuis l'annonce de cette candidature, il n'est pas très actif et n'a fait aucune déclaration publique dans ce sens.

Le candidat du Burundi, ex-président Pierre Buyoya, dont nombreux disent qu'il serait probablement celui qui pourrait obtenir l'appui de beaucoup de chefs d'État africain, part également avec un grand handicap pour présider une organisation qui se veut le chantre de la démocratie, de l'État de droit et du respect des droits de la personne.

Les deux fois qu'il était devenu président du Burundi de 1987 à 1993 puis de 1996 à 2003, il y est arrivé par les coups d'État militaires. Son choix porterait certainement un coup dur autant sur le plan financier que sur le plan diplomatique pour l'OIF.

Sur le plan financier, on se souviendra qu'en avril 2014, le Canada avait suspendu sa contribution volontaire de 20 millions de dollars au Commonwealth, le pendant de la Francophonie, tant et aussi longtemps que le secrétariat général de cette organisation sera assuré par le Sri Lanka, en protestation contre les violations des droits de la personne dans ce pays. Le premier ministre, Stephen Harper, avait même boycotté le sommet du Commonwealth à Colombo en novembre 2013.

Sans vouloir être les donneurs de leçons, les Canadiens sont très attachés aux valeurs communes - la primauté du droit, le respect de principes démocratiques, des droits de la personne et de l'égalité des sexes -, qu'ils partagent avec les peuples de partout au monde et notamment les francophones qui composent cette organisation [OIF], indépendamment des différences culturelles, politiques, sociales ou économiques. Rien n'est moins sûr que le Canada n'applique le même traitement à la Francophonie.

Sur le plan diplomatique, Buyoya est interdit de fouler ses pieds au Canada et en Suisse qui, comme nous le savons tous, sont parmi les grands bailleurs de fonds de l'OIF. Il serait très délicat et même frustrant pour un secrétaire général de collaborer franchement avec les États membres qui ne peuvent l'accueillir sur leur territoire.

Sans vouloir remuer le couteau dans la plaie, on se rappellera tout de même de la vague de critiques qui avaient surgi avant et pendant le 14e sommet de la Francophonie à Kinshasa, pour protester contre les violations massives des droits de la personne, le non-respect de principes démocratiques et les cafouillages qui avaient émaillé les élections présidentielle et législations de novembre 2011 dans ce pays hôte.

En effet, la démocratie, en tant que valeur commune partagée par tous les États membres de l'OIF, est fondée sur la primauté du droit.

Cette primauté du droit garantit que les processus d'accession au pouvoir, d'exercice et d'alternance du pouvoir permettent une libre concurrence politique et émanent de la participation libre et transparente de la population dans le choix de ses dirigeants. Et ce, dans le respect de la règle de droit, tant dans son esprit que dans sa lettre.

Et si le candidat unique de l'Afrique s'appelait Michaëlle Jean?

Dans son édition du 04 juillet, Jeune Afrique mentionnait qu'un candidat lui aurait confié qu'une réunion devait avoir lieu, entre les chefs d'État d'Afrique francophone, en marge du 23e sommet de l'UA à Malabo en juin dernier, afin de désigner un candidat unique de l'Afrique à l'OIF pour l'élection de novembre prochain à Dakar.

Mais selon toutes les coupures de médias que nous avons lues, cette réunion n'a pas eu lieu. Jeune Afrique qui a interrogé un diplomate africain pour savoir «pourquoi les chefs d'État d'Afrique francophone n'avaient pas profité du sommet de l'UA pour se mettre d'accord pour un candidat face à la Canadienne Michaëlle Jean».

La réponse de celui-ci était : «C'est trop tôt. On verra à l'Assemblée générale de Nations Unies, en septembre prochain, à New York.»

En fait, ce n'est pas trop tôt, mais c'est trop tard. Car, comme nous l'avions déjà écrit, il ne sera pas possible que les pays d'Afrique se mettent d'accord pour un candidat. Bon nombre d'entre eux ont déjà fait leur choix ou pris des engagements auxquels ils ne pourront plus renoncer.

Jusqu'à présent la candidature de Mme Jean est très bien accueillie aussi bien par les pays développés que par les pays en développement et en particulier par les pays africains. Elle est la seule qui comprend le mieux les préoccupations des gens du Sud et du Nord.

Depuis la fin de son mandat comme gouverneure générale du Canada, elle a été nommée envoyée spéciale de l'UNESCO en Haïti. Elle s'est investie corps et âme pour plaider la cause d'Haïti sur toutes les tribunes. Cela prouve qu'elle peut encore faire plus pour l'Afrique également.

Lors de son périple euro-africain de fin juin dernier pour promouvoir sa candidature, Mme Jean a écrit sur son compte Twitter : «Je me sens au Bénin, pays frère d'Haïti, comme chez moi.» En fait, les Africains la reconnaissent comme une native d'Haïti, première république noire indépendante.

Bien que situé, comme nous le savons tous, dans le continent d'Amérique, ce pays a toujours témoigné de son attachement au continent d'origine. Les pays d'Afrique également se sont beaucoup inspirés de son histoire dans leur combat pour l'accession aux indépendances.

Haïti a été admis comme pays observateur de l'Union africaine en 2012, puis il est devenu un membre associé. Lors du 22e sommet de l'UA à Addis-Abeba en février 2014, le premier ministre haïtien, Laurent Salvador Lamothe, a exprimé le désir de son pays à devenir un membre de plein droit dans cette organisation panafricaine. Donc la candidature de Mme Jean n'est pas seulement canadienne, mais elle est aussi africaine.

Le Canada a profité de la présence de différents présidents de parlements des États et gouvernements membres de l'OIF qui se trouvent actuellement à Ottawa dans une session de l'APF, pour faire valoir le bien-fondé de la candidature de Mme Jean à l'OIF.

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