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Le Canada suspend sa contribution au Commonwealth : Quel message pour la Francophonie?

21/04/2014 08:25 EDT | Actualisé 21/06/2014 05:12 EDT

Par voie de communiqué daté du 14 avril 2014, le ministre des Affaires étrangères John Baird a annoncé que le Canada suspendrait sa contribution volontaire annuelle de 10 millions de dollars au Commonwealth tant et aussi longtemps que le secrétariat de cette organisation sera assuré par le Sri Lanka.

En effet, le Canada proteste contre les violations des droits de la personne dans ce pays. Et le ministre Baird a indiqué clairement que : « Nous ne pouvons plus justifier le versement de fonds supplémentaires à une organisation qui ferme les yeux sur les violations des droits de la personne, les comportements antidémocratiques et l'intolérance religieuse chez ses États membres ».

Cette cagnotte de 20 millions de dollars pour les deux années à venir, sera orientée vers d'autres programmes de la société civile qui font la promotion des valeurs prônées par le Commonwealth, à savoir la lutte contre les mariages juvéniles et forcés, les progrès dans le domaine des droits de la personne, de la démocratie et de l'État de droit.

Pour rappel, le Canada est membre fondateur du Commonwealth. Cette dernière est composée de 53 États membres qui sont tous, à l'exception du Mozambique et du Rwanda, des anciennes colonies ou protectorats de l'Empire britannique.

Bien que le premier ministre du Canada, Stephen Harper, ait boycotté le sommet de chefs d'État et de gouvernement du Commonwealth qui a eu lieu en 2013 à Colombo, le Canada est très inquiet de l'absence d'imputabilité des autorités sri lankaises par rapport aux présumées violations graves des droits de la personne et du droit international humanitaire. Les autorités canadiennes notent par ailleurs, qu'en tant que pays hôte du sommet et président en exercice du Commonwealth, le Sri Lanka n'a fait aucun progrès dans le domaine des droits de la personne, de la réconciliation politique et de la reddition de comptes.

Les autorités canadiennes tiennent au respect des valeurs qui constituent le fondement même de l'existence du Commonwealth, à savoir la liberté, la démocratie et le respect de la dignité humaine. Ces valeurs, qui sont chères aux Canadiens, sont également celles qui sont prônées par la Francophonie. Toutes choses étant égales par ailleurs, les reproches qui sont adressés aux États membres du Commonwealth devraient s'appliquer mutatis mutandis aux États membres de la Francophonie.

La Francophonie doit bien savoir à quoi s'en tenir.

Comme pour le Commonwealth, le Canada est également membre fondateur de la Francophonie. D'ailleurs, la gestion de la contribution financière du Canada à ces deux organisations internationales est assurée par une même direction au ministère des Affaires étrangères, du commerce et du développement.

Le 20 mars dernier, à l'occasion de la Journée internationale de la Francophonie, le premier ministre Harper a rappelé que : « Notre gouvernement est également fier de poursuivre ses efforts, au sein de la Francophonie, afin de mettre en valeur notre dualité linguistique et notre attachement à des valeurs communes que sont la démocratie, les droits de la personne, la bonne gouvernance, le développement durable, la solidarité, ainsi que la croissance économique. »

Le message des autorités canadiennes est clair et sans ambiguïté à qui veut l'entendre. Le respect des valeurs fondamentales communes à ces deux organisations internationales, dont le Canada est membre fondateur et l'un des principaux bailleurs de fonds, notamment les droits de la personne, la démocratie et l'État de droit sont non négociables.

Déjà en 2012 à Kinshasa en République démocratique du Congo, lors du 14e sommet de la Francophonie, le premier ministre Harper avait exprimé ses inquiétudes à cause du déficit démocratique dans le pays hôte du sommet. « J'espère qu'à l'avenir la Francophonie et les autres grandes organisations décideront de ne tenir leurs sommets que dans des pays démocratiques », avait-il déclaré.

Il y a un proverbe de chez nous qui dit : « Ba bela muana wa muntu wa mufue wa teleja bieba » (traduction : quand un parent conseille son fils, toi un orphelin, écoute aussi). Espérons que les dirigeants francophones vont bien décoder ce message envoyé au Commonwealth et de bien se tenir si l'on ne veut pas s'en passer de la contribution volontaire du Canada.

À la veille d'une élection cruciale du nouveau secrétaire général en novembre prochain, il serait nécessaire de faire un choix judicieux pour s'assurer du financement de tous les principaux bailleurs de fonds de cette organisation.

Tout compte fait, le décor est déjà bien planté pour la Francophonie, surtout en cette période de conjoncture économique morose où les États cherchent par tous les moyens comment réduire les dépenses pour équilibrer leurs budgets.

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