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Quand un chien battu reçoit plus de sympathie que les femmes et les enfants violentés

22/06/2014 09:09 EDT | Actualisé 22/08/2014 05:12 EDT

Ce texte est cosigné par Isabelle Côté, candidate au doctorat en service social de l'Université de Montréal, et Simon Lapierre, professeur à l'École de service social de l'Université d'Ottawa.

Un jeune homme d'Ottawa, Stephen Helfer, vient de recevoir une sentence de deux ans de prison pour avoir commis, en octobre dernier, une attaque brutale sur un chien. Dans les médias, ses actions ont été qualifiées de « déplorables, barbaresques et cruelles » (CBC News) et les gens interrogés ont affirmé que cette violence est inacceptable, certains soutenant même qu'une peine de prison plus longue aurait été nécessaire dans les circonstances.

Si la violence est toujours inadmissible et que les actions de Stephen Helfer sont injustifiables, une réflexion s'impose quant à la divergence de discours lorsqu'il est question d'un « batteur de chien » ou d'un « batteur de femmes ». Dans ce cas-ci, personne ne s'interroge sur les comportements du chien, qui pourrait avoir « provoqué » son maître, ne met l'accent sur la détresse que pourrait vivre cet homme ou sur l'absence de services pour expliquer ou justifier ses actions. Or, ce sont des propos que l'on entend fréquemment lorsque l'on réfère à des situations où des femmes sont victimes de violence conjugale.

En effet, trop de femmes victimes de violence conjugale sont vues comme ayant provoqué ou mérité la violence. De plus, un discours ambiant tend également à mettre l'accent sur la détresse et la souffrance des hommes, comme ce fut le cas, entre autres, pour Thierry Patenaude, qui a tué son fils il y a de cela quelques semaines à Saint-Liboire. Malgré le fait que sa conjointe s'est plainte de menaces et de violence conjugale, cet homme a bénéficié de la sympathie de certains individus et groupes qui ont, entre autres, mis l'accent sur le manque de ressources disponibles pour les hommes « en détresse », ce qui pourrait expliquer pourquoi il en est venu à tuer son fils.

Cette réflexion vaut aussi pour notre système judiciaire dans les situations de violence à l'endroit des femmes et des enfants. Par exemple, le mois dernier, un père de Longueuil, Moussa Sidimé, a reçu une peine de 60 jours pour avoir tué sa fille - « au grand soulagement de sa famille » (TVA Nouvelles). La sympathie qu'il a reçue, à la fois de la part de sa famille et du système judiciaire, est difficilement saisissable dans les circonstances où sa sentence pour le meurtre de sa fille est l'équivalent du 1/12 de celle imposée à Stephen Helfer.

Mais pourquoi est-ce que la violence envers un chien, même si nous réitérons qu'elle est inacceptable, provoque plus de sympathie envers la victime (le chien) que la violence envers les femmes et les enfants, qui provoque encore trop souvent de la sympathie envers l'agresseur (« il souffrait », « il était en détresse », « il ne supportait pas la séparation », etc.)? Si toute violence doit être prise au sérieux, celle envers les femmes et les enfants doit l'être davantage, dans le contexte où ils sont encore fréquemment victimes d'actes violents graves, incluant l'homicide.

En somme, si le chien battu par Stephen Helfer a survécu à ses blessures, ce n'est pas toujours le cas des femmes et des enfants victimes. Et surtout, si, comme société, nous considérons que la violence envers un chien est inacceptable, mais que celle envers les femmes et les enfants est parfois justifiée - surtout si l'agresseur souffrait ou était en détresse - de sérieuses remises en question s'imposent.

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