LES BLOGUES

Les graves conséquences de l'intimidation

Au primaire ainsi qu’au secondaire, j’ai été victime d’intimidation. Je n’ai pas honte de le dire.

16/11/2017 09:00 EST | Actualisé 16/11/2017 10:20 EST
CherriesJD via Getty Images
Il n’y a pas une seule semaine de ma vie d’adulte où je ne repense pas à la tristesse qu’engendraient les insultes répétées par les garçons de deux de mes écoles.

D'entrée de jeu, je vous confie qu'au primaire ainsi qu'au secondaire, j'ai été victime d'intimidation. Je n'ai pas honte de le dire. Comme c'est un sujet qui est toujours d'actualité, j'ai décidé d'en parler. Pour moi, c'est important de partager mon expérience pour sensibiliser les personnes concernées par l'intimidation ainsi que les jeunes et moins jeunes qui n'ont jamais souffert de ce fléau.

Premièrement, il n'y a aucune justification pour intimider un enfant ou un adolescent. Plusieurs se font intimider, car ils sont différents; pauvres, homosexuels, obèses, roux, surdoués, souffrant d'acné sévère ou même enfants vedettes suscitant de la jalousie. Pour ma part, je ne faisais partie d'aucune de ces catégories. J'étais une enfant et adolescente faisant partie de la classe moyenne, hétérosexuelle, ayant un poids santé, aux cheveux bruns, d'une intelligence moyenne, dotée d'une peau en santé et je n'ai jamais «passé» à la télé. Avec le recul, et étant à l'affut des moindres témoignages ou informations sur le sujet, je trouve d'autant plus absurde d'avoir été intimidée. Je vous dirais que j'étais une enfant et adolescente s'efforçant d'être sympathique. J'étais très créative, je ne jugeais pas les autres et je spécifierais même que j'étais ouverte d'esprit; je haïssais le racisme, la violence et toutes les injustices de ce bas-monde. Mais voilà: j'étais timide et je ne savais pas me défendre devant ces insultes gratuites et immondes. J'étais donc la victime idéale pour qu'on me traite comme une moins que rien et qu'on me rejette. J'ai donc subi les affres de l'intimidation pendant une bonne partie de mon primaire et les trois premières années du secondaire. Il se trouve que mon père a décidé de me changer d'école, car mes notes baissaient; il ne voulait plus assumer les frais d'une école privée. Tiens donc, mes notes baissaient! Allez savoir si j'aurais mieux performé dans mes études si je n'avais pas été intimidée! La même adolescente que j'étais n'a pas été intimidée à mon école secondaire publique. Mes nombreux camarades de classe de ma nouvelle école ne voyaient pas de raison de me rejeter, eux.

Chaque fois que je croise un enfant ou un adolescent de sexe masculin, je me souviens des insultes qu'on me lançait impunément.

Ceci étant dit, laissez-moi vous dire à quel point l'intimidation laisse des cicatrices difficiles à disparaître. Je suis d'avis qu'il est important d'avoir une forte estime de soi pour s'épanouir, être heureux et foncer dans la vie. Je suis convaincue que mon estime de soi est largement inférieure à ce qu'elle aurait pu être si on m'avait témoigné du respect et de l'affection à l'école. Imaginez-vous possible une femme de 44 ans qui craint de se faire insulter lorsqu'elle croise un garçon de 10 ans ou de 16 ans dans la rue? Eh bien, c'est mon cas! Chaque fois que je croise un enfant ou un adolescent de sexe masculin, je me souviens des insultes qu'on me lançait impunément. Il n'y a pas une seule semaine de ma vie d'adulte où je ne repense pas à la tristesse qu'engendraient les insultes répétées par les garçons de deux de mes écoles. Je spécifie que dans mon cas, c'était uniquement les garçons qui m'intimidaient, mais que je sais très bien que les filles aussi peuvent avoir ces comportements déplorables. Les filles ne m'insultaient pas, mais n'auraient jamais osé me défendre ou même me choisir parmi les premières en tant que chef d'équipe en éducation physique. Vous ne pouvez pas savoir à quel point c'est blessant de toujours être choisie la dernière! On se sent comme une personne indésirable, sans talent et indigne d'être aimée.

Parlons justement de ceux qui regardent et laissent faire. Je crois fermement que ces personnes sont des complices silencieux de l'intimidateur. Eh! Toi, le jeune! Il est important de dénoncer ces ignorantes personnes à un enseignant ou à la direction de ton école! Tu ne passeras pas pour un ou une «stool»; tu passeras pour un cool justicier sans peur et sans reproche! Tu seras un superhéros très «chill» qui défend les plus faibles! Tu seras un Superman ou une Catwoman s'opposant à des comportements horribles qui peuvent mener les victimes à la dépression et au suicide! Tu contribueras à améliorer la santé mentale d'un camarade et lui sauveras peut-être même la vie! Qui n'a pas déjà rêvé de sauver la vie de quelqu'un? Tu ne recevras pas de médaille pour ta dénonciation, mais tu feras preuve d'une des plus belles qualités humaines: le respect. Qui sait, peut-être que la victime deviendra l'ami le plus loyal et gentil que tu n'auras jamais plus dans ta vie? Je le répète, personne ne m'a défendue devant ces intimidateurs qui me faisaient sentir comme si je méritais d'être un rejet. Si tu m'avais défendue et dénoncé mes intimidateurs à la direction de mon école à l'époque, je me souviendrais de ton nom 30 ans plus tard. Qu'attends-tu pour témoigner de la compassion à une victime?

Les conséquences découlant des vils comportements de mes pairs me permettent d'être une personne qui désire ardemment aider les autres qui souffrent.

En conclusion, je vous dirais que fort heureusement, je trouve que je m'en sors tout de même grandie. Bien que cette épreuve soit parmi les trois épreuves les plus souffrantes de ma vie, je suis une personne fonceuse qui n'a pas peur de dénoncer les injustices que j'ai vécues et celles des autres. Les conséquences découlant des vils comportements de mes pairs me permettent d'être une personne qui désire ardemment aider les autres qui souffrent. J'ai su pardonner à mes intimidateurs dans mon cœur. Simplement, car grâce (ou plutôt à cause d'eux), je suis maintenant la personne qui se portera toujours à la défense des plus faibles.

Vous avez envie de raconter votre histoire? Un événement de votre vie vous a fait voir les choses différemment? Vous voulez briser un tabou? Vous pouvez envoyer votre témoignage à nouvelles@huffpost.com

Êtes-vous dans une situation de crise? Besoin d'aide? Si vous êtes au Canada, trouvez des références web et des lignes téléphoniques ouvertes 24h par jour dans votre province en cliquant sur ce lien.

Les billets de blogue les plus lus sur le HuffPost