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La tragique solitude des étudiants vénézuéliens

22/03/2014 09:12 EDT | Actualisé 22/05/2014 05:12 EDT

Le Venezuela traverse une crise qui est difficile d'expliquer à partir des présupposés de la rationalité politico-économique. Un pays pétrolier qui a vécu un boom des revenus depuis douze ans (on estime autour de 900 milliards de dollars US), aujourd'hui vie une pénurie de produits de base (il manque de tout, de la farine, d'huile végétale, des médicaments, du papier toilette, et la liste continue). Les compagnies aériennes réclament une dette de 3 milliards de dollars US (Air Canada a décidé de suspendre les vols au Venezuela et DHL a annoncé qui n'offre plus le service courrier dans ce pays), et l'industrie locale se paralyse à cause du manque de matière première. Cette crise économique se combine avec une crise sociale marquée par la violence criminelle débordée (24 milles personnes assassinées en 2013), et une malaise qui se répand partout au pays à cause d'un gouvernement corrompu et maladroit.

Les étudiants des universités sont devenus l'avant-garde d'un mouvement de contestation nationale. Les plus jeunes dénoncent le régime autoritaire de Nicolas Maduro, héritier d'Hugo Chávez, qui a décidé de mater le mouvement de protestation avec la répression des forces militaires et des milices paramilitaires. Depuis le 12 février on compte déjà une trentaine des morts, entre jeunes, membres de la milice, et deux militaires. Les forces de l'ordre ont arrêté plus de 1600 personnes, et autour de 50 personnes restent en prison. On compte aussi au moins 59 cas de tortures. Les pouvoirs publics, chargés théoriquement de protéger les droits des citoyens, agissent comme bras juridique de l'exécutif, en allant à l'encontre de tout principe constitutionnel et des conventions de droits de la personne souscrites par le Venezuela.

La gouvernement Maduro insiste qu'il fait face à un « coup d'État » continu, mais mise à part les accusations sans fondement, le régime n'a pas encore montré les preuves d'un tel complot. Cependant, Maduro et ses acolytes se servent d'un appareil de propagande contrôlé par l'État pour répéter ad nauseam des mensonges. Le régime exerce aussi une censure directe et indirecte contre les médias privées. Certains d'entre eux sont devenus ouvertement pro-gouvernement, car ils sont au services des « boliburgueses », du nom des nouveaux oligarques qui ont fait fortune dans la révolution chaviste.

La façade démocratique du régime de Nicolas Maduro, qui a gagné une élection contestée en avril 2013 (selon les chiffres officielles, le chavisme l'aurait emporté par un faible marge de 1.5%), a souffert des fissures importantes ces dernières semaines. On voit maintenant le visage d'un régime militariste qui se sert de la force pour réprimer les citoyens qui protestent. À cela s'ajoute l'utilisation des milices paramilitaires (on les appelle « collectivos »), financées et armées par le régime, qui agissent avec totale impunité contre les citoyens.

Malgré toutes les évidences, les photos, les vidéos et les témoignages sur les meurtres, répression et tortures qui circulent dans les réseaux sociaux, les organismes hémisphériques et régionaux tardent à condamner le régime de Nicolas Maduro. Les intérêts économiques (le Venezuela achète les votes dans ces forums grâce à l'argent du pétrole), certains calculs géopolitiques (le penchant hégémonique du Brésil), et la faiblesse des États-Unis dans le scénario hémisphérique (Obama devant gérer la crise en Crimée et la résurgence de la Guerre Froide), contribuent à la paralysie du système interaméricain qui devrait prendre des mesures contre les chefs civils et militaires impliqués dans des crimes contre les droits de la personne.

Nicolas Maduro a essayé, au moins depuis une posture rhétorique, de bâtir des ponts pour un « dialogue » avec le gouvernement de Barack Obama (le Venezuela a décidé de rappeler son ambassadeur à Washington en 2010). Il a nommé Diosdado Cabello, président de l'Assemblée nationale et deuxième au commandement de la « révolution » comme chef négociateur. Derrière cette décision, on soupçonne la pression des hautes gradés de l'armée qui possèdent des comptes dans les banques aux États-Unis. Le Sénat américain a déjà soulevé la possibilité de saisir ces comptes. La tragédie vénézuélienne reste secondaire dans le contexte mondial actuel. Les forces démocratiques luttent dans leur solitude contre un monstre dictatorial sans scrupule.

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