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Le début de la fin: changement d'époque au Venezuela

12/04/2013 07:25 EDT | Actualisé 12/06/2013 05:12 EDT
AP
Venezuela's acting President Nicolas Maduro speaks during an event at the Casa Nacional de las Letras Andres Bello, where independence hero Simon Bolivar started his studies, in Caracas, Venezuela, Monday, April 1, 2013. Both Nicolas Maduro, Chavez's chosen successor, and opposition Gov. Henrique Capriles face the challenge of spelling out a vision for a future without Chavez, who dominated this 28 million-person country like few other leaders have during his 14 years in power. Venezuela will hold a presidential election on April 14. (AP Photo/Ariana Cubillos)

Dimanche prochain, le 14 avril, les Vénézuéliens éliront un nouveau président. Pour la première fois en 14 ans, Hugo Chavez ne sera pas sur le bulletin de vote. À sa place, il y aura son ancien vice-président, Nicolas Maduro, dauphin nommé par Chavez comme son successeur. L'opposition se présente avec le même candidat que le 7 d'octobre dernier, Henrique Capriles. La situation peut avoir certaines ressemblances avec les processus électoraux antérieurs (la confrontation entre deux blocs, celui de ladite «révolution bolivarienne» et celui de dite l'Unité démocratique), mais elle signale un changement d'époque au Venezuela dont les conséquences restent incertaines.

D'abord, il faut noter que Maduro n'est pas Chavez, et cela n'est pas un détail mineur. Le contraste entre les deux hommes est significatif. Maduro est un cadre du parti sans charisme, sans passé héroïque (pas de tentative putschiste dans son histoire comme son mentor), et peu d'influence sur certains secteurs clés de la révolution, surtout les militaires. Toutefois cela n'empêche pas qu'il détienne le contrôle d'un gouvernement autoritaire, centralisé par un exécutif qui dirige toutes les institutions de l'État, y compris le Tribunal suprême de Justice et le Conseil national électoral. Ces institutions doivent garantir théoriquement l'équité entre les candidats pendant la campagne électorale, mais cet équilibre n'existe pas. Le candidat Maduro, président par intérim selon une décision arbitraire du Tribunal suprême, a accès à toutes les ressources de l'État (argent compris), et se sert sans limites d'un système médiatique de propagande.

Malgré tous ces obstacles, l'opposition s'est lancée dans une campagne en mode accéléré (quatre semaines) pour motiver sa base (45% de votes lors de la dernière élection) ainsi que convaincre les chavistas light que le moment d'un changement est arrivé. La victoire pour l'opposition reste improbable. Toutefois certains analystes croient que le vote pour Capriles ne peut qu'augmenter, tandis que Maduro aura le défi de faire sortir le vote des partisans de Chavez sans la présence du leader. La campagne du régime se sert de l'image et des dires du défunt président afin de motiver ces électeurs d'une façon ouvertement religieuse. Par contre, il n'est pas clair que la participation atteindra le même niveau que dans d'autres élections (80%), et cela affaiblit les chances du président par intérim.

Il est cependant probable que Maduro l'emporte par une petite marge. Un mélange de sympathie pour le caudillo décédé, une machine électorale bien huilée par l'argent du pétrole, et un discours d'intimidation («C'est nous ou le chaos», répète Maduro) pourraient faire la différence. Or, la victoire de Maduro ne signifiera pas la consolidation de l'hégémonie politique initiée par Chavez. Sa légitimation comme président élu pourrait changer la dynamique politique au pays. En premier lieu, Maduro deviendra le responsable de sa gestion, et surtout responsable de la crise économique qui hante le Venezuela. Le pays vit un paradoxe difficile à expliquer. Le gouvernement a enregistré des revenus faramineux grâce à l'augmentation du prix du pétrole (on estime 900 milliards de dollars), mais le régime a dévalué deux fois le bolivar en deux mois, la production nationale est en chute libre, et le manque de devises pour importer les produits de base (surtout des aliments et des médicaments, entre autres) se reflète dans les rayons vides des commerces.

Maduro devra donc gérer la crise sans le charisme de Chavez. Il aura devant lui deux voies à prendre: celle de la réconciliation ou celle de la confrontation. La première impliquerait entamer un dialogue avec l'autre moitié du pays qui a systématiquement rejeté le projet populiste de Chavez. L'autre implique plus de répression, mais cette fois pas seulement contre l'opposition, car il devra faire face au mécontentement grandissant dans des secteurs proches du chavismo. On voit mal comment Maduro pourra stabiliser la situation socio-économique sans un consensus avec toutes les forces politiques. Toutefois, la folie «révolutionnaire» pourrait le pousser à prendre le chemin de la radicalisation, c'est-à-dire fuir vers l'avant.

L'échiquier géopolitique

L'évolution de la dynamique politique au Venezuela aura des effets dans l'hémisphère et ailleurs dans le monde. Cuba est le premier pays intéressé dans une consolidation du gouvernement Maduro. La raison n'est pas purement idéologique, mais surtout économique. Le Venezuela envoie à Cuba autour de 100 000 barils de pétrole par jour et lui transfère l'équivalent de cinq milliards de dollars par année. L'autre pays affecté par la situation vénézuélienne sera la Colombie. Partenaire commercial du Venezuela, le gouvernement du président Juan Manuel Santos compte avec Maduro dans les négociations avec les guérillas des FARC et l'ELN. La paix en Colombie dépend aussi de la paix au Venezuela.

Les autres régimes populistes d'Amérique latine suivront de près la l'évolution du nouveau gouvernement. La Bolivie, le Nicaragua, l'Équateur pourraient perdre un allié politique important. D'autres gouvernements, plus au moins à gauche, comme l'Argentine, l'Uruguay et même le Brésil, pourraient perdre un partenaire plutôt commercial (le Venezuela est un importateur net de produits de ces pays).

Par ailleurs, l'instabilité au Venezuela aura un impact sur le prix du pétrole. Le pays compte avec les réserves de pétrole lourd les plus importantes au monde, et fournit autour d'un million de barrels par jour aux États-Unis. Même si PDVSA, la société pétrolière d'État, a perdu des positions dans le marché mondial (baisse de la production et problèmes dans le raffinage), le pays joue encore un rôle important dans la géopolitique énergétique mondiale.

S'il est élu, Maduro aura la dure tache de maintenir la stabilité interne sans perdre l'influence relative que le Venezuela a eue dans la région sous la présidence de Chavez. Son problème principal ne sera pourtant la politique extérieure. Maduro devra jongler avec l'héritage socio-économique de Chavez, une économie affaiblie, des dépenses publiques difficiles à maintenir, la criminalité hors contrôle, et une haine entre Vénézuéliens promue depuis le gouvernement. Son défi sera de survivre politiquement sans que la crise ne le dévore pas.

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