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Il faut investir dans la réduction des inégalités

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Cette lettre ouverte est un texte collectif à l'initiative de l'Institut du Nouveau Monde, signé par 25 économistes dont la liste se trouve en bas de page.

Dans nos sociétés modernes, un minimum d'inégalités économiques est inévitable et l'égalité absolue des salaires n'est pas souhaitable. Certains économistes considèrent que des écarts de revenus peuvent inciter les individus à investir dans leur capital humain, puisque les emplois mieux payés nécessitent généralement un niveau d'éducation et de formation plus élevé.

Toutefois, d'importants écarts de revenus ont un coût élevé pour l'ensemble de l'économie et le bien-être des individus. Malheureusement, ils sont de plus en plus prononcés au sein des pays développés. Statistique Canada, le Conference Board et l'OCDE confirment que les inégalités de revenus ont augmenté de manière substantielle au Canada au cours des 30 dernières années et ce, malgré la croissance du taux d'emploi.

Les sources de ce phénomène sont bien documentées : la mondialisation, les innovations technologiques, les changements démographiques et les transformations des politiques publiques sont à pointer du doigt. À ce titre, notons comme facteurs politiques la perte de progressivité de notre système fiscal, les changements dans la régulation du marché du travail, ainsi que la réduction de l'accessibilité et de la générosité des services publics et programmes sociaux.

Les inégalités au Québec sont les moins élevées en Amérique du Nord. Nous avons fait beaucoup d'efforts pour les réduire: impôts plus élevés et plus progressifs, services publics plus nombreux et plus accessibles, transferts plus généreux, marché du travail mieux équilibré. L'accès à l'éducation, les garderies subventionnées, les congés parentaux, le système de santé, les nombreux crédits d'impôts n'en sont que quelques exemples. Toutefois, en dépit de tous ces efforts, le Québec n'a pu freiner la hausse des inégalités ayant touché les pays développés. Le revenu réel médian des ménages est plus faible qu'il ne l'était il y a 30 ans et la classe moyenne a rétréci (la proportion des ménages qui gagne entre 70% et 150% du revenu médian). Pour la même période, le 1 % le plus riche a connu une croissance importante de ses revenus (sans compter les actifs générant des revenus dans des paradis fiscaux).

Des inégalités élevées sont synonymes de problèmes économiques et sociaux; il est maintenant reconnu qu'elles sont nuisibles à la santé de notre démocratie et de la société dans son ensemble. Les niveaux actuels d'inégalités au sein des pays développés rendent malade et réduisent l'espérance de vie, ils augmentent les taux de criminalité, sans compter qu'ils handicapent les indicateurs de bien-être des enfants et des adultes. De récentes études soutiennent qu'une hausse des inégalités mène au surendettement, encouragée simplement pour maintenir son statut social. Mais surtout, ces écarts de ressources minent l'égalité des chances et la mobilité sociale. En freinant le plein épanouissement des individus et le développement de leur potentiel, des inégalités prononcées sont sources de gaspillage de ressources humaines et de talent. À l'heure du redressement de l'économie et de nos finances publiques, c'est un luxe que nous ne pouvons nous permettre.

Leur réduction est un enjeu qui peut transcender les lignes partisanes et les idéologies. Tout en rééquilibrant nos finances publiques, le Québec gagnerait à s'y attaquer. Rien n'empêche de faire les deux. Dans les années 1990, la lutte pour le déficit zéro n'avait pas été un obstacle à l'implantation de réformes sociales importantes comme les Centres de la petite enfance, l'assurance-médicaments et le Chantier de l'économie sociale. Les moyens efficaces pour réduire les inégalités sont connus : accès à l'éducation et à la formation, impôts progressifs et transferts, accès universel à des services publics de qualité, salaire minimum relativement élevé, réglementation du marché du travail, meilleure intégration des immigrants. Ces mesures s'inscrivent dans le cadre d'une politique qui sait allier croissance économique durable et réduction des inégalités. Il est temps d'investir dans la réduction des inégalités. Le bien-être de la population et la santé de l'économie en dépendent.

Signataires : Gamal Atallah (Université d'Ottawa), Karine Blondin, Dorothée Boccanfuso (Université de Sherbrooke), Gilles Bourque (Institut de recherche en économie contemporaine), Charles A. Carrier (Université Laval), Anyck Dauphin (Université du Québec en Outaouais), Christian Deblock (Université du Québec à Montréal), Guillaume Dupuy (Cégep Montmorency), Diane-Gabrielle Tremblay (Téluq-Université du Québec), Alexis Gagné (Fondation Lucie et André Chagnon), Jean-Denis Garon (Université du Québec à Montréal), Frédéric Hanin (Université Laval), Robert Laplante (Institut de recherche en économie contemporaine), Guy Latreille (économiste indépendant), Marc Lavoie (Université d'Ottawa), Justin Leroux (HEC Montréal), Paul Makdissi (Université d'Ottawa), Ianik Marcil (économiste indépendant), Stéphane Mussard (Université Montpellier I), Laura O'Laughlin (Groupe d'Analyse), Pierre-Paul Proulx (Université de Montréal), Jean-Philippe Rochon (Université laurentienne), Jean-François Rouillard (Université de Sherbrooke), Mario Seccareccia (Université d'Ottawa), Gabriel Ste-Marie (Cégep de Joliette).

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