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Deux raisons pour lesquelles j'en ai assez des leçons de morale de certaines personnes véganes

J’aime beaucoup mes comparses véganes mais certains me courent quand même sur le haricot.. Ceux qui utilisent la cupabilisation comme «façon» de propager le véganisme.

03/08/2017 09:00 EDT | Actualisé 03/08/2017 09:00 EDT
yulkapopkova via Getty Images
Je reviens donc aujourd'hui pour vous parler de ces véganes qui utilisent la culpabilisation comme «façon» de propager le véganisme.

J'aime beaucoup mes comparses véganes, mais certains me courent quand même sur le haricot. Je vous ai déjà parlé dans un premier article, des véganes racistes, sexistes, grossophobes, je vous invite donc à aller le lire si ce n'est pas déjà fait!

Je reviens donc aujourd'hui pour vous parler de ces véganes qui utilisent la culpabilisation comme «façon» de propager le véganisme. Hop hop hop, petit carniste qui passe par là, cet article n'est pas pour soulager ta conscience et dire que «vraiment les véganes, ces extrémistes, ils n'ont pas à nous culpabiliser, on met ce qu'on veut dans notre assiette»! Ne te vexe pas non plus, promis je ne vais pas t'accabler et tu vas peut-être même être d'accord avec moi, qui sais? En effet, je voudrais parler plus particulièrement de la culpabilisation à l'encontre des personnes qui ne peuvent pas devenir véganes, ou alors difficilement. Oui, le choix d'un mode de vie végane n'est pas accessible à tous, et ceux qui disent le contraire en essayant de faire culpabiliser les personnes qui veulent, mais ne peuvent pas devenir véganes non seulement n'aident pas la cause végane et surtout oppriment d'autres personnes.

De qui parle exactement?

Au sein des personnes non-véganes/végéta*iennes, je distingue environ 4 catégories:

  • Celles et ceux que j'appellerai les «carnistes», soit les personnes qui savent pertinemment quelles sont les conditions d'élevages, et l'impact de la consommation de viande et POA (produit d'origine animale) sur la planète et ses habitants, mais qui choisissent consciemment de continuer à en manger, par «goût», sans se remettre aucunement en question. En général, ces personnes vont aussi être assez agressives envers les végétariens/véganes et considérer que notre simple existence est une forme de culpabilisation.
  • Celles et ceux que nous appellerons «les omnivores éclairés»: ces personnes sont conscientes de l'impact de la consommation de viande/POA et qui, même si elles continuent d'en manger, sont ouvertes au dialogue et remettent leur mode de vie en question.
  • «les omnivores ignorants»: Comme son nom l'indique, l'omnivore ignorant n'a jamais vraiment été en contact avec de véganes ou végéta*ien.nes, il ne connaît pas les enjeux de la consommation de POA et ne remet pas en question son mode de vie par ignorance.
  • Enfin restent les personnes qui pour une raison X ou Y, souhaitent devenir véganes, mais ne réussissent pas (quoique...). J'entends par là les personnes très précaires, qui n'ont pas le temps de cuisiner, les personnes avec des TCA (anorexie, boulimie, hyperphagie, etc.), personnes à qui le régime végane donne des problèmes digestifs, personnes avec un handicap physique, etc.

Pour moi, certaines personnes de cette dernière catégorie sont des véganes malgré leur consommation de POA. Je m'explique: il n'existe pas de végane parfait, même si nous faisons de notre mieux avons un impact négatif sur les animaux du fait de la société où l'on vit. Être végane/végétarien.ne signifie réduire cet impact au maximum selon ses capacités en mangeant le moins de POA possibles. Je considère donc que certaines de ces personnes qui ne consomment quasiment plus de produits animaux sauf lors de rares occasions (crise d'hyperphagie par exemple) sont véganes. Les culpabiliser sur leur consommation de POA est pour moi un non-sens.

Pourquoi la culpabilisation envers les carnistes, est-elle contre-productive?

D'abord, aller voir un carniste et lui dire en face que c'est un gros con qui ne comprend rien à la vie et que l'on est éminemment supérieur à lui parce que nous ne consommons pas de POA ne me semble pas la meilleure approche. Cela ne fera que renforcer son hostilité et le faire rester sur ses positions. Le dialogue bienveillant semble pour moi un moyen bien plus facile de faire entendre (à défaut de le faire assimiler) ses convictions.

Ce sont en effet bien les images d'abattoirs et les revendications véganes un peu violentes qui m'ont fait me remettre en question...

Parfois, cependant, le mur que l'on peut trouver lorsque l'on essaye de faire comprendre notre engagement à une autre personne, a fortiori une personne proche, peut être près frustrant et blessant. À ce moment-là, je considère que la colère peut-être légitime, d'autant plus si la personne en face est agressive. Mettre l'autre face à ses contradictions (comme dire aimer les animaux, mais manger du boeuf), et ce de manière un peu violente peut aussi être cathartique et secouer son auditoire. Je ne bannis alors pas totalement le fait de placer son interlocuteur carniste face à la réalité crue. Ce sont en effet bien les images d'abattoirs et les revendications véganes un peu violentes qui m'ont fait me remettre en question...

Pourquoi la culpabilisation envers les personnes de la 4e catégorie, c'est grave

Passons à la culpabilisation que certains véganes imposent à des personnes qui veulent devenir véganes, mais rencontrent des difficultés. Ces véganes-là vont nier ces difficultés et affirmer qu'être végane est facile et que toute difficulté présentée n'est qu'une excuse pour ne pas devenir végane. Ce sont en général les mêmes qui vont s'en prendre aux végétariens, car pas assez parfaits, ne transitionant pas assez vite vers le véganisme, etc.

Certes, une fois l'habitude prise, l'argent et le temps suffisants, un régime végane est facile à suivre. Mais si certaines personnes ont pu du jour au lendemain devenir véganes, d'autres (comme moi) ont accompli cet objectif à travers plusieurs étapes et une transition progressive. En effet, dans notre monde occidental, passer d'un régime omnivore à un régime végane nécessite de chambouler son mode de vie et de le repenser. Pour cela, il faut du temps et des connaissances. Du temps pour cuisiner (car la cuisine végane est plus chronophage), du temps pour s'informer, du temps pour réessayer des recettes, etc. Il faut aussi des connaissances pour ne pas avoir de carences, pour apprendre de nouvelles recettes, pour apprendre à substituer lait et oeufs dans les recettes... Ce temps et la capacité d'accès aux connaissances, tous ne l'ont pas. En effet, un travailleur précaire, qui rentre tard le soir et doit gérer toutes les tâches ménagères, dont le repas, va préférer mettre un plat surgelé au microonde plutôt que prendre le temps de faire cuire des lentilles et des légumes. Et l'argument «faire des pâtes ça ne prend pas longtemps» ne vaut rien, car une alimentation végane ne consiste pas qu'à enlever la viande et les POA, mais signifie rééquilibrer son alimentation avec des légumineuses, des oléagineux (chers) et des légumes. De plus, les substituts véganes coûtent cher et pas forcément très intéressants au point de vue nutritif, et si l'on ne mange pas de substituts alors il faut prendre le temps de cuisiner. Ainsi, ces contraintes empêchent nombre de personnes de devenir véganes.

Attention, je ne dis pas que les exceptions n'existent pas et que toute personne précaire et d'une basse classe socioculturelle ne peut pas devenir végane!

De plus, se renseigner sur la nutrition et la cause animale se fait principalement par internet aujourd'hui. Il faut donc disposer d'un accès à internet et savoir s'en servir pour accéder à ses infos. De plus, un certain niveau d'études est nécessaire pour comprendre et assimiler ces informations. Une fois de plus, les classes socioculturelles défavorisées sont les moins à même d'avoir accès à ces infos et donc de penser à devenir véganes. Attention, je ne dis pas que les exceptions n'existent pas et que toute personne précaire et d'une basse classe socioculturelle ne peut pas devenir végane! Mais il faut être conscient.es de ces obstacles.

Enfin, les obstacles encore plus grands à surmonter sont ceux qui sont causés par des maladies mentales ou physiques. Avant de devenir végane, et lorsque je déprimais un peu, je ne pouvais m'empêcher (ou difficilement) d'aller manger un bout de fromage pour me réconforter. Cela a été pendant longtemps un sujet de culpabilité pour moi, alors que j'essayais de devenir végane. Cela est encore plus dur pour les personnes atteintes de TCA dont notamment l'anorexie, la boulimie ou l'hyperphagie, qui se réfugient parfois dans ce qu'on appelle de la "comfort food" qui peut être non-végane (de même que des personnes en dépression, bipolaires, etc.). Va-t-on reprocher à une anorexique de manger un peu de viande ou de fromage si c'est la seule chose qu'elle peut avaler? Va-t-on dire à une personne en crise de boulimie qu'elle ne devrait quand même pas manger ce plat de lasagne parce qu'il y a de la viande alors qu'elle ne peut se contrôler et est en train de se faire du mal? Certaines personnes véganes culpabilisent en effet ces personnes en disant que leurs TCA ne seraient qu'une excuse pour ne pas devenir végane. Je trouve ces accusations intolérables, car elles nient les maladies mentales des personnes, en les enfonçant encore plus.

De plus, pour les personnes atteintes de maladies qui limitent leurs capacités physiques, ce n'est pas toujours possible de couper des légumes ou de passer beaucoup de temps en cuisine, soit parce que cela est trop fatigant ou parce qu'elles sont en incapacité motrice de le faire. Devenir végane peut être difficile pour ces personnes étant donné que la cuisine végane nécessite de plus cuisiner qu'un mode d'alimentation omnivore, du moins au début pour découvrir de nouvelles recettes.

En quoi ces comportements sont-ils classistes et capacitistes/validistes?

Ce que je dénonce ici c'est en fait le validisme/capacitisme et le classisme de ces véganes. Je pense que quelques définitions s'imposent!

  • Le classisme c'est une discrimination systémique (du système) qui se base sur la classe sociale/classe économique d'une personne. Ici, c'est donc nier que la classe sociale/la classe économique influe dans la capacité ou non à devenir végane d'une personne. C'est penser qu'il est aussi simple de devenir végane pour une personne précaire, d'une basse classe culturelle, sociale,économique...Etc que pour une personne aisée et d'une classe sociale haute.
  • Le validisme/capacitisme est une discrimination systémique basée sur le handicap/la maladie. Ici, c'est considérer qu'une personne malade mentale ou physique est tout aussi capable de cuisiner qu'une personne valide et nier que ces personnes rencontrent des obstacles.

Ainsi, le comportement de ces véganes, qui pointent du doigt les personnes précaires et handicapées, en les accusant de se servir de leur classe sociale/handicap comme une excuse pour ne pas devenir véganes, sont classistes et validistes.

La morale de l'histoire!

Il faut bien se rendre compte que devenir végane est un choix et qu'il ne peut être imposé. Que des obstacles se dressent pour de nombreuses personnes devant l'accès au véganisme. Nier la réalité des obstacles que sont les facteurs socio-économico-culturels et les handicaps en considérant le véganisme comme un simple choix individuel résultant simplement d'une bonne ou une mauvaise volonté est beaucoup trop simpliste.

Véganes, soyons indulgents et pédagogues envers tous, selon leurs difficultés. N'hésitons pas à secouer quelques carnistes insupportables pour passer notre frustration et notre colère, mais surtout restons ouverts au dialogue avec les autres, car c'est ainsi que le monde deviendra meilleur pour tous les animaux et pour la planète.

Dites-moi dans les commentaires si vous avez déjà eu à faire à ce genre de véganes et si vous aussi vous rencontrez/avez rencontré des difficultés à devenir végétarien.ne/végane!

Ce billet est également publié sur le blog Fragments d'Hylfee.

Hylfee A.

(le nom d'utilisateur de l'auteur a été modifié)

Ce billet de blogue a d'abord été publié sur le HuffPost France.

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