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Le Québec ne pèse pas lourd dans le nouveau gouvernement Harper

19/07/2013 12:05 EDT | Actualisé 17/09/2013 05:12 EDT

Si Harper voulait redorer le blason de son parti au Québec, il s'y est mal pris.

En effet, le remaniement de lundi a peut-être injecté une dose de sang neuf dans les banquettes ministérielles mais le Québec y perd au change. Les grands portefeuilles à vocation économique restent en grande partie entre les mains de l'Ontario. Le Québec a été amputé de deux gros portefeuilles, soit le ministère des Transports et le ministère de l'Industrie. En revanche, le député de Bellechasse et ex-ministre des Anciens combattants, Steven Blaney, fidèle soldat qui mémorise ses lignes de communication, se voit confier le poste de Vic Toews à la Sécurité nationale.

Mais il faut y voir cependant une volonté de corriger le tir au Québec où les conservateurs ont du mal à passer la rampe. Le premier ministre Stephen Harper a nommé Denis Lebel au poste de lieutenant politique au Québec, poste arraché à Christian Paradis.

M. Lebel, l'ex-maire de Roberval, a reconnu dans une entrevue du Courrier du Saguenay que le travail qui l'attendait était «énorme » et qu'il avait toute la «latitude» pour se concentrer sur les dossiers des municipalités.

Surchargé de travail, Denis Lebel conserve le ministère des Infrastructures et des Collectivités mais a perdu le ministère des Transport. Il reste aussi ministre des Affaires intergouvernementales et le grand responsable de l'Agence de développement économique du Canada pour les régions du Québec. Il restera apparemment maître du dossier du Pont-Champlain.

Au Québec, les organisateurs conservateurs en ont ras-le-bol de l'attitude «control freak» des cadres du parti et du bureau du premier ministre Stephen Harper. Dans la circonscription de Joliette, sept administrateurs sur neuf ont démissionné au courant du printemps, frustrés du peu d'attention que Christian Paradis portait aux enjeux des circonscriptions, expliquait en mai Georgette St-Onge, la présidente démissionnaire du comté de Joliette. Et l'hémorragie n'est pas finie, a-t-elle répété cette semaine. Elle reprochait à Christian Paradis de passer en coup de vent, de ne pas s'arrêter pour parler aux gens et prendre le pouls des comtés. Chez les députés conservateurs, on avait fait valoir qu'il n'y avait que 24 heures dans une journée.

Christian Paradis dont la circonscription de Mégantic-L'Érable est ébranlée par la tragédie du déraillement à Lac-Mégantic, a perdu gros. Son ministère de l'Industrie est passé au ministre James Moore de la Colombie-Britannique, l'ex-ministre du Patrimoine. M. Paradis hérite du portefeuille du Développement international et de la Francophonie.

Moins rigide et certainement moins idéologique que Vic Toews, M. «Loi et l'Ordre», Steven Blaney a pris du galon. Il sera mieux placé pourra nuancer les positions gouvernementales quant aux questions de terrorisme, de sécurité nationale et de loi et d'ordre. Maxime Bernier reste en place à la Petite entreprise et au Tourisme et gagne le portefeuille de ministre d'État à l'Agriculture.

Le monde des affaires s'est dit déçu de la perte des ministères de l'Industrie et des Transports. Cela dit, on reconnaît que le premier ministre Harper «n'a pas beaucoup de jeu de manœuvre», étant donné que le Québec ne compte que cinq députés conservateurs, a souligné M. Alain Kirouac, pdg de la Chambre de commerce de Québec.

«Je pense que c'est mathématique, malheureusement», a-t-il indiqué mercredi. Or, il se réjouit du fait que M. Lebel restera responsable des grands dossiers pressants de renouvellement des infrastructures.

À la Fédération des chambres de commerce du Québec, on estime que «sur papier», le Québec pourrait avoir moins d'influence autour de la table du conseil des ministres mais on préfère donner la chance au coureur. Il a d'ailleurs fait remarquer que Lisa Raitt, la nouvelle ministre des Transports, accompagnait Denis Lebel mercredi à Lac Mégantic. Et on veut s'assurer que ce dernier «ait en tête les priorités du Québec», fait remarquer un cadre de la fédération, François-William Simard, dont la réfection des infrastructures vieillissantes et la concrétisation des projets de pipelines.

M. Harper a placé ses pions là où il croit que ce sera plus payant sur le plan électoral. Quinze des 30 nouveaux sièges en prévision des élections de 2015 iront en Ontario et six en Colombie-Britannique alors que le Québec n'en aura que trois de plus. Le Québec ne pèse pas lourd dans la balance. Et rien n'indique qu'il sera possible de freiner la descente aux enfers des conservateurs dans cette province. Mais en allégeant la tâche de deux ministres québécois, il espère au moins sauver les meubles.

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