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Les maux de tête continuent pour Stephen Harper

25/10/2013 12:33 EDT | Actualisé 24/12/2013 05:12 EST

Si Stephen Harper pensait éblouir les Canadiens le jour de la rentrée parlementaire le 16 octobre, nouveau discours du Trône à l'appui, il a raté son coup. Sitôt le discours du Trône déposé, sitôt oublié. Cette rentrée que le premier ministre préparait depuis longtemps a tourné au vinaigre, éclipsée par le scandale autour des dépenses excessives de certains sénateurs.

Dès la première période des questions aux Communes où le premier ministre brillait par son absence, en transition vers Bruxelles où il allait signer une entente de principe Canada-Union européenne sur le libre-échange, le chef de l'Opposition, Thomas Mulcair, a sorti ses griffes.

Il a tapé sur le même clou qu'il tape dessus depuis des mois, bombardant le premier ministre de questions sur ce qu'il savait au sujet de l'affaire Wright-Duffy. Pour sa part, le chef libéral Justin Trudeau a exigé que le premier ministre témoigne «sous serment» pour tirer l'affaire au clair.

Puis les affirmations de l'avocat du sénateur Mike Duffy et la déclaration-choc de ce dernier au Sénat, mardi, ont fait boule de neige. La tempête médiatique qui a suivi, a enterré les mesures du discours du Trône et même l'entente de libre-échange Canada-Union européenne, saluée par le gouvernement de Pauline Marois.

Que savait le premier ministre? Selon Mike Duffy qui s'est fait un plaisir de donner sa version non édulcorée des choses mardi, Stephen Harper était au courant des tractations menant au remboursement de ses dépenses de résidence dès le début. C'est le premier ministre en personne qui aurait, sous menace de l'expulser du Sénat, ordonné au sénateur de rembourser 90 000$ au Sénat lors d'une réunion à trois comprenant l'ex-chef de cabinet du premier ministre, Nigel Wright et MM. Harper et Duffy.

«Ne t'inquiète pas, aurait dit Nigel Wright lorsque le sénateur Duffy avoua qu'il n'avait pas cet argent, j'écrirai le chèque.»

Mike Duffy, qui tente de contrer une motion conservatrice visant son expulsion du Sénat, a expliqué qu'il n'avait jamais enfreint les règles, mais que la vérité n'intéressait pas M. Harper, seulement la perception des choses.

Stephen Harper aurait que «les règles sont inexplicables à notre base électorale», maintient le sénateur Duffy. Il dit avoir subi de l'intimidation pour rembourser cette somme, ce qui à son avis, était un aveu de culpabilité.

Passant à l'attaque, Stephen Harper a nié cette version des choses mercredi aux Communes. Il a indiqué qu'il avait dit à M. Duffy et à tout le caucus « qu'on ne peut pas être remboursé pour une dépense qu'on n'a pas faite. »

«On ne peut pas continuer comme membre conservateur avec un tel comportement.»

Qui croire? Les choses ont pris un tel tournant que la crédibilité de l'un et de l'autre est mise à rude épreuve. Le réseau anglais de Radio-Canada lançait même le débat, invitant les téléspectateurs à répondre à la question : qui croyez-vous, M. Duffy ou le premier ministre Harper?

Chose certaine, les conservateurs auront beaucoup de difficulté à remonter la pente à la suite de ce fiasco. L'image de Stephen Harper était la meilleure carte de visite des conservateurs, relate le sondeur Nik Nanos de la maison de sondage Nanos Research. Elle s'améliorait de semaine en semaine tandis que les appuis au parti conservateur ne bougeaient pas.

Tout cela a changé. On est terrain inconnu, dit-il, car jusqu'ici, c'est le premier ministre qui portait le parti bâti autour de l'image du chef conservateur.

«Avant le débat était centré autour de Mike Duffy et de Nigel Wright et M. Harper n'était qu'un acteur secondaire», avance M. Nanos en entrevue.

Maintenant, la crédibilité même du premier ministre est en jeu. Et ce sera difficile, voire impossible de se sortir de ce pétrin, croit-il, à moins que les partis d'opposition commettent une gaffe encore « plus spectaculaire » que celle commise par les conservateurs.

Les conservateurs ont donc intérêt à mettre toute cette affaire au rancart en proposant des règles claires pour régir les dépenses au Sénat, sinon leur message aura de la difficulté à passer, souligne M. Nanos.

Mais c'est loin d'être fini. Les récents aveux et dénonciations des sénateurs conservateurs ont montré que le style de gestion de M. Harper, qui aime tout contrôler, a moins de poigne. Cette fois, les notes discordantes viennent du Sénat où le gouvernement conservateur a une majorité absolue.

Le sénateur conservateur Hugh Segal a appuyé une motion libérale invitant le Sénat a rejeté une motion ordonnant l'expulsion des sénateurs Mike Duffy, Pamela Wallin et Patrick Brazeau. Ces trois sénateurs se sont ligués contre leur ancien patron, Stephen Harper. Selon M. Segal, l'expulsion de ces sénateurs sans salaire pendant une période prolongée est une sentence qui n'est pas proportionnelle à la gravité du crime. Ces sénateurs ont droit à un processus d'examen juste et équitable, a-t-il lancé, ému, lors d'un discours devant la Chambre rouge.

Pour sa part, le sénateur Brazeau a terminé son plaidoyer contre son expulsion de la Chambre haute en disant que M. Harper n'avait « plus son vote. »

«Ce sont les conservateurs qui attaquent, pas le rat pack du temps des libéraux, constate M. Nanos, en faisant allusion à la bande des quatre députés qui lançaient des attaques coordonnées contre les conservateurs de Brian Mulroney aux Communes.

Ces déchirements sur la place publique pourraient avoir des conséquences à long terme pour les conservateurs. Plusieurs sénateurs, dont Mike Duffy et Pamela Wallin, étaient très efficaces au niveau des activités de financement du parti. Le parti ne pourra plus compter sur eux.

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