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Les chauffeurs sont le «talon d'Achille» d'Uber

19/10/2016 10:28 EDT | Actualisé 20/10/2016 09:15 EDT

Je vis au Québec qui est une société de droit. Lorsque j'ai assisté à l'arrivée d'Uber au Québec qui, comme partout ailleurs dans le monde, s'implante en défiant et enfreignant les lois, j'ai cru que notre gouvernement agirait comme un gouvernement doit agir dans une société de droit.

Or, notre gouvernement, qui ne pouvait ignorer l'action illégale d'Uber, a décidé de conclure un contrat avec cette multinationale délinquante sans exiger d'elle qu'elle cesse d'enfreindre nos lois.

Une négociation avec Uber aurait été acceptable si le gouvernement avait exigé de cette multinationale, avant de commencer toute discussion pour la négociation d'un contrat, qu'elle cesse ses activités illégales au Québec. Je crois qu'il y aurait également eu lieu que le gouvernement demande à Uber, avant que les négociations puissent commencer, de s'engager à verser un montant pour les sommes d'argent qu'elle avait obtenues illégalement. Par ailleurs, devant le comportement connu d'Uber partout dans le monde, comportement qui a été le même au Québec, il était important que le gouvernement exige que le contrat contienne une clause prévoyant que toute activité illégale d'Uber mettrait fin au dit contrat.

Or, le gouvernement n'a rien exigé de tel d'Uber qui continue allègrement ses activités illégales au Québec, activités devant lesquelles le gouvernement ne prend pas action. Alors qu'il ne peut que se rendre compte qu'il a signé un contrat «mal foutu», le gouvernement a le devoir d'agir dans le contexte de la situation actuelle. Tout au moins, il doit embaucher du personnel supplémentaire pour faire appliquer la loi, notamment pour saisir les véhicules des chauffeurs d'Uber, etc. Devant les milliers d'infractions d'Uber, qui n'a toujours pas obtenu de permis d'intermédiaire de taxi, le personnel actuellement en place n'est pas suffisant pour arriver à faire respecter la loi.

Je crois qu'il n'y a personne qui peut dire, sans s'étouffer de rire, que les activités d'Uber sont de l'économie de partage.

Nous avons la chance de savoir comment Uber s'est comporté ailleurs dans le monde. Je crois qu'il n'y a personne qui peut dire, sans s'étouffer de rire, que les activités d'Uber sont de l'économie de partage. Effectivement, cette multinationale esquive les critiques en disant qu'elle veut redonner le pouvoir aux individus. Il faut être d'une grande naïveté pour croire cela. Uber est une entreprise capitaliste qui a trouvé un moyen de faire du profit. Ne vous y trompez pas: Uber ne se préoccupe pas d'accorder à ses chauffeurs des conditions de travail décentes. En Hongrie, d'où elle a été expulsée après 1 an et demi d'activités, Uber «prenait» 20% des courses des chauffeurs.

Je vous conseille de lire un récent article qui fait état d'une étude sur Uber qui est comme un virus qui se propage dans l'organisme d'une ville et qui réussit à en prendre le contrôle. Dans cet article, il est indiqué que «le talon d'Achille d'Uber, ce sont les chauffeurs. Il a oublié qu'il travaille avec des réseaux de chauffeurs, pas de véhicules!»

Dans un autre article concernant une décision de la Commission de travail de San Francisco reconnaissant le statut d'employée à une conductrice d'Uber, Olivier Ertzscheid, enseignant-chercheur en sciences de l'information et de la communication, dit: «nous voilà revenus au temps des journaliers, ces travailleurs pauvres qui faisaient la queue le matin pour avoir un travail pour la journée. Sauf que là, ils feront la queue derrière les notifications de leur smartphone.»

Ici au Québec, dans un reportage de Radio-Canada, un chauffeur d'Uber a dit qu'il ne savait pas qu'il travaillait dans l'illégalité. Ce chauffeur pensait qu'avec la signature du contrat avec le gouvernement, l'activité d'Uber était légale. Ce chauffeur a ajouté qu'il ne travaillerait plus pour Uber si son activité était illégale. Oui, les chauffeurs sont le «talon d'Achille» d'Uber.

Je crois que les chauffeurs d'Uber, à qui la multinationale n'offre pas de conditions de travail décentes, se réveilleront un jour et il en sera alors fini d'Uber.

Ailleurs dans le monde, lorsque les gouvernements, de pays ou de villes, n'ont pas courbé l'échine, Uber n'a pas réussi à s'implanter ou a dû déguerpir après des années d'activités. À titre d'exemple, la ville d'Austin au Texas, le Japon (s'il n'y a pas eu de changement depuis juillet 2015), la Hongrie, la Corée du Sud (le PDG d'Uber a été inculpé pour exercice illégal de la profession de taxi); la Belgique (un tribunal a décidé qu'Uber était comme un service de taxi et qu'elle ne pouvait faire un tel service en Belgique parce qu'elle entrait en conflit avec la loi). Il y a beaucoup d'autres exemples qu'il serait trop long d'énumérer ici.

En conclusion, je sais qu'une partie de la population ne voit que son intérêt égoïste, sans se rendre compte de ce qu'est le «phénomène» Uber et sans considérer la situation de nos chauffeurs de taxi «traditionnels» qui subissent une concurrence déloyale. Ces travailleurs, qui ont des familles à nourrir et qui ont payé très cher leur permis de taxi, perdent des revenus en raison des activités d'une multinationale qui agit illégalement. Quant à moi, comme je vis dans une société de droit, je tiens à ce que la loi soit respectée. Reprenant les mots de Olivier Ertzscheid, je ne veux surtout pas que notre société revienne au «temps des journaliers, ces travailleurs pauvres qui faisaient la queue le matin pour avoir un travail pour la journée».

Je crois que les chauffeurs d'Uber, à qui la multinationale n'offre pas de conditions de travail décentes, se réveilleront un jour et il en sera alors fini d'Uber.

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