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Centrafrique: une crise humanitaire et ses retombées sur la sécurité

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La crise en République centrafricaine entre maintenant dans sa troisième année. En dépit du déploiement de nouvelles forces de maintien de la paix des Nations Unies en 2014, la violence persiste. Au cours des dernières semaines, des groupes armés s'en sont pris à des travailleurs humanitaires et d'après les acteurs de la société civile, la menace d'un génocide plane en raison de la résurgence de la violence sectaire.

Dans cet environnement délétère, la situation humanitaire continue de se détériorer rapidement. Plus de 2,7 millions de civils ont besoin d'aide et près d'un million de personnes ont été déplacées par les combats à l'intérieur ou à l'extérieur du pays. Les Nations Unies évaluent la crise en République centrafricaine à un niveau 3, tout comme en Syrie, au Soudan du Sud et en Irak.

Les enfants sont les plus touchés par la crise alors que le taux de mortalité infantile dans ce pays compte déjà parmi les plus élevés au monde. Les infrastructures endommagées et l'interruption des services gouvernementaux ont eu des conséquences dévastatrices sur la santé et l'éducation des jeunes. Le recul de la vaccination contribue à la réapparition de la poliomyélite et de la rougeole, et le manque criant d'accès à l'eau potable et à des services d'assainissement convenables a accru le risque de choléra et d'autres maladies d'origine hydrique. Qui sait quels seront les effets à long terme sur la jeune génération de Centrafricains.

À la Chambre des communes, j'ai soulevé la question du financement de l'aide humanitaire à ce pays d'Afrique en crise. Mais un autre problème se pose : celui des implications régionales et sécuritaires du conflit, puisqu'il déborde hors des frontières de la République centrafricaine. Le pays est entouré du Cameroun, de la République du Congo, de la République démocratique du Congo, du Tchad et du Soudan du Sud, ces trois derniers étant régulièrement classés parmi les dix premiers États en déroute dans le monde. Les difficultés politiques, sociales et sécuritaires auxquelles se heurtent ces pays sont exacerbées par les vagues fluctuantes de réfugiés fuyant la République centrafricaine : en 2014, ces pays ont accueilli sur leur sol plus de 425 000 réfugiés centrafricains.

La menace d'une radicalisation religieuse des personnes déplacées et privées de leurs biens à cause du conflit constitue un problème central dans ce contexte où divers facteurs sont interreliés. Alors que le Tchad et le Cameroun font face aux incursions armées de Boko Haram, les camps de réfugiés bondés abritant plus d'un quart de millions de Centrafricains (dont plus de 90 % sont musulmans) représentent une source de préoccupations croissantes. Lors de rencontres avec des travailleurs sur le terrain, j'ai eu la confirmation que des groupes terroristes commencent à recruter activement dans ces camps. Les jeunes hommes qui s'y trouvent, incapables de dénicher du travail et dans l'impossibilité de rentrer chez eux, sont des cibles faciles pour la radicalisation et le recrutement par des groupes djihadistes ou autres groupes extrémistes.

À cette menace s'ajoute la peur de voir des groupes radicalisés prendre de l'expansion en République centrafricaine. Ces groupes prospèrent dans des zones qui échappent au contrôle du gouvernement central, comme en Somalie, dans le nord du Nigéria et en Libye. C'est manifestement ce que l'on observe en République centrafricaine puisque son président peine à maintenir l'ordre dans la capitale, alors imaginez dans le reste du pays. Si des mesures ne sont pas prises pour améliorer la sécurité dans le pays, des groupes radicaux vont finir par le considérer comme l'endroit idéal pour installer leur base opérationnelle ou pour trouver des candidats à des activités terroristes ailleurs. Le Canada devrait travailler activement à adoucir les conditions de vie atroces dans ces camps et à atténuer la frustration et le désespoir des gens qui y vivent.

En plus de fournir une aide humanitaire d'urgence, nous devons aussi faire en sorte d'augmenter les fonds destinés à l'éducation formelle et informelle pour combattre efficacement la menace que représente la radicalisation. Nous pouvons également jouer un rôle déterminant par notre soutien politique aux initiatives de paix. Les pourparlers précédents se sont enlisés en juillet dernier, en raison des pressions exercées pour qu'ils aient lieu en République centrafricaine et non plus en République du Congo. Le Canada pourrait offrir son aide financière et politique pour que les chefs rebelles et du gouvernement puissent avoir des échanges constructifs en toute sécurité en territoire centrafricain. Au niveau local, des figures emblématiques des communautés orthodoxe, musulmane et catholique ont entamé la discussion sur la manière de mettre un terme à la violence sectaire en République centrafricaine. Le Canada devrait exploiter les ressources du Bureau de la liberté de religion du ministère des Affaires étrangères, du Commerce et du Développement pour appuyer ces initiatives de consolidation de la paix.

Nous devons retrouver notre place de défenseur avéré des droits humains et de la paix. Pour ce faire, il ne suffit pas d'accroître notre aide financière à la République centrafricaine. Nous devons condamner les actes de violence odieux perpétrés contre les femmes et les enfants. Nous devons préconiser la tolérance religieuse et la réconciliation. Et nous devons dénoncer l'apathie internationale qui a contribué à ce que cette crise traîne en longueur.

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