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Reconstruction de Gaza: pour un partenariat entre le Canada et des ONG canadiennes

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Réfléchissez un peu à ce que ce serait de vivre avec des coupures de courant quotidiennes, qui durent des heures, le non-paiement de votre salaire, des restrictions à la circulation, un accès limité à l'eau potable, des écoles surpeuplées et un chômage galopant. Ajoutons à cela la destruction de nombreuses maisons et la pénurie de matériaux de construction pour en reconstruire, et nous avons une idée de la vie à Gaza.

Six mois après le cessez-le-feu, la lutte pour la reconstruction ne fait que commencer. Il y a quelques semaines, 30 organismes d'aide ont décrié, dans une déclaration commune, le peu de progrès dans la minuscule enclave côtière. Les 1,8 million de personnes déplacées l'été dernier, dont 100 000 Palestiniens, vivent dans des conditions misérables. Oxfam a affirmé dernièrement qu'à ce rythme-là, la reconstruction prendra plus d'une centaine d'années.

Ce sont les enfants qui souffrent le plus. D'après le rapport des 30 organismes d'aide, près d'un million d'enfants sont traumatisés et 400 000 d'entre eux ont besoin d'un soutien psychosocial immédiat. Des organismes comme l'UNICEF tentent de leur offrir du counseling, mais les fonds sont limités. Toujours selon eux, les adolescents sont susceptibles de prendre des décisions dangereuses vu leur sentiment de désespoir, de perte et d'impuissance. Sans choix ni véritables possibilités, ils forment une génération sacrifiée.

La situation déjà déplorable s'aggrave à cause de l'inaction de la communauté internationale, y compris du Canada. Lors de la conférence des donateurs tenue en octobre dernier, la communauté internationale a promis 5,4 milliards de dollars, mais seule une infime fraction de cette somme est parvenue à Gaza. Même si la Cisjordanie et la bande de Gaza font partie des «pays ciblés », notre aide au développement - limitée - a surtout été injectée dans le système judiciaire de la Cisjordanie. Pire encore, notre programme de développement à long terme à Gaza est pratiquement inexistant.

Il est grand temps que le Canada s'attèle au redressement, à la réhabilitation et à la reconstruction de la région. Nous pouvons aider dans bien des domaines : logement, soins de santé, réseaux d'aqueducs et d'égouts, services sociaux, éducation et soutien psychosocial. Le Canada doit s'engager à assurer un programme de développement à long terme dans la région - une enquête sommaire auprès d'ONG canadiennes a fait ressortir de nombreuses options de partenariat constructives et efficaces. Nous connaissons déjà l'excellent travail accompli par d'importantes organisations humanitaires du Canada dans la région, notamment Aide à l'enfance, CARE et Oxfam. Le Canada devrait se mettre à considérer des idées de programmes novateurs d'une brochette de petites ONG, qui entretiennent de solides liens avec des partenaires sur le terrain en Israël et dans les territoires occupés et qui sont bien placées pour fournir une aide efficace, innovatrice et durable. Ces ONG cultivent une tradition de consolidation de la paix et de justice sociale. Certaines représentent divers groupes religieux au Canada et c'est sur leur rôle que je vais me pencher ici.

Prenons, par exemple, l'Organisation de secours luthérienne mondiale canadienne (CLWR), organisme spécialisé de la communauté luthérienne du Canada. Les habitants de Gaza manquent cruellement de soins de santé. Or le CLWR a un partenariat de longue date avec l'Hôpital August Victoria à Jérusalem. D'après le site Web du CLWR, l'hôpital offre des services médicaux aux personnes de Jérusalem Est, de Cisjordanie et de la bande de Gaza. Il dessert surtout la population palestinienne, mais soigne tout le monde, sans considération pour la religion, la nationalité, le sexe ou la capacité de payer d'une personne.

De même, le Fonds du Primat pour le secours et le développement mondial, organisme anglican du Canada, soutient depuis 1990 l'hôpital arabe Al Ahli de Gaza, qui relève d'un diocèse anglican. Le CLWR et le Fonds du Primat sont des exemples des groupes canadiens qui contribuent à améliorer la santé à Gaza. Voilà le genre de travail que le gouvernement du Canada se doit d'appuyer.

Prenons un autre exemple : le Comité central mennonite. Il s'agit d'un organisme anabaptiste pacifique voué à combler les besoins en logement à Gaza avec son partenaire, le Al-Najd Development Forum, organisation fondée par des femmes. Selon le site web du Comité, le Forum et le Comité ont terminé dernièrement de réparer les domiciles de 20 familles, lesquels avaient été lourdement endommagés durant le conflit. Ils s'engagent à faire de même pour 50 autres familles. Encore là, ce travail important dans le logement mérite que nous l'appuyions davantage.

Parlons aussi du travail des Initiatives canadiennes œcuméniques pour la justice, ou KAIROS. Il s'agit d'une coalition de 12 Églises canadiennes qui œuvrent à la paix et à la justice. KAIROS travaille depuis longtemps au Moyen-Orient avec des partenaires établis, dont le Centre des femmes de Jérusalem, la Coalition des femmes pour la paix et le Centre palestinien de résolution de conflits Wi'am.

Notons, parmi les fidèles et importants partenaires de KAIROS, le Service aux réfugiés palestiniens, une filière du Conseil des Églises du Moyen-Orient. À Gaza, le Service assure une formation professionnelle surtout aux mères et à leurs nourrissons, des soins de santé ainsi que des services sociaux et psychologiques à une population de plus en plus traumatisée. Lors de l'opération « Plomb durci » de 2009, une clinique du Service, dont la construction avait été partiellement financée par l'ACDI, a été détruite par les bombardements et demeure à l'état de ruines à cause du blocus.

Les organisations mentionnées ne sont qu'une goutte d'eau dans l'océan des groupes canadiens voués à la consolidation de la paix, à la justice sociale et au développement. Il existe de nombreuses autres qui apportent une excellente aide humanitaire au Moyen-Orient, souvent avec très peu de moyens. Vu la situation désastreuse dans la bande de Gaza, il est temps que le gouvernement canadien examine ce que ces ONG canadiennes offrent.

Les néo-démocrates expriment une position claire sur le conflit israélo-palestinien. Comme je l'ai déjà dit, le Canada doit contribuer au financement de l'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine. Enfin, le Canada doit faire pression pour mettre fin au blocus, cause directe de la pauvreté dans cette région.

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