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Pourquoi le Canada n'en fait-il pas plus pour aider le Liban avec ses réfugiés syriens?

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Le conflit syrien vient de franchir deux jalons affligeants : la guerre civile - maintenant dans sa quatrième année - a tué plus de 200 000 personnes et en a contraint plus de trois millions à fuir le pays. De toutes ces personnes qui veulent échapper à la violence, plus d'un million et demi se sont réfugiées au Liban voisin.

C'est peu dire que le Liban a beaucoup de difficultés à affronter la situation. Ce petit État méditerranéen a déjà sur son terrain plus de 450 000 réfugiés palestiniens. S'ajoutent les quelque 50 000 autres civils libanais, réfugiés en Syrie pendant le conflit de 2006, qui sont, depuis, rentrés chez eux et les réfugiés syriens, qui comptent maintenant pour 26% de la population totale du Liban.

La situation ne va pas s'améliorer de sitôt. La canadienne Ninette Kelley, chef du bureau de l'UNHCR au Liban, en a décrit récemment la gravité en ces mots : «Actuellement, les gens ne font que lutter pour leur survie. Il est impossible de décrire l'état d'affliction qu'on peut constater tous les jours.»

Le gouvernement canadien peut et devrait intervenir de manière plus active dans la crise des réfugiés au Liban en augmentant dès maintenant son aide humanitaire.

La communauté internationale a mis au point un plan régional d'action pour aider les réfugiés, mais l'insuffisance de financement le met en péril. En 2014, les Nations Unies et leurs partenaires n'ont reçu à peu près que la moitié des fonds nécessaires pour couvrir les besoins des réfugiés dans la région. Le Programme alimentaire mondial a annoncé en décembre 2014 qu'il ne pourrait plus fournir une aide humanitaire essentielle, en raison du manque de financement. L'approvisionnement en nourriture et en eau des personnes déplacées n'a pu se poursuivre que grâce à un don de dernière minute de 104 millions de dollars de l'Arabie saoudite.

Dans une étude récente, Oxfam évalue les contributions des plus grands pays de l'OCDE selon leur « juste part » du financement nécessaire : des alliés comme le Danemark et le Royaume-Uni contribuent bien plus que leur poids économique, à hauteur de 230% et de 154% de leur quote-part respectivement. Actuellement, le Canada est à la traîne et ne fournit que 64% de sa part. Ce déficit dans l'aide canadienne contribue directement au manque de ressources qu'éprouvent les Nations Unies.

En fait, de graves questions se posent quant à l'affectation des fonds réellement accordés par le gouvernement canadien. Depuis 2012, plus de 69 millions de dollars ont servi à appuyer des « initiatives de sécurité et de stabilité ». De ce montant, 48,26 millions ont été octroyés au seul gouvernement jordanien. Le Liban, quant à lui, est grandement négligé et on ne peut que se demander pourquoi le Canada n'en fait pas plus pour aider le million et quelques de réfugiés syriens au Liban.

Ce déséquilibre est particulièrement préoccupant étant donné que l'économie et le marché du travail au Liban ont été très déstabilisés par l'arrivée massive de réfugiés syriens. Le pays s'est d'abord montré accueillant, mais les tensions s'accentuent maintenant entre les communautés locales et les réfugiés syriens en raison d'une concurrence accrue sur le marché de l'emploi et du coût exorbitant du logement et des biens de première nécessité. Le besoin d'argent se fait cruellement sentir : on en a besoin non seulement pour surmonter ces difficultés, mais aussi pour lutter contre le surpeuplement et donner une bouffée d'oxygène aux services éducatifs et de santé fortement mis à contribution au Liban. C'est un secteur dans lequel le Canada doit faire plus.

Au-delà de l'aide humanitaire, le Canada doit faire davantage pour réinstaller les réfugiés syriens au pays. Les néo-démocrates ont maintes fois demandé au Canada d'accroître son aide aux réfugiés syriens et d'en accueillir un plus grand nombre. Les Syriens composent le plus important groupe de réfugiés qui reçoivent de l'aide du Haut Commissariat des Nations Unies (UNHCR). En effet, ils représentent 23% des réfugiés soutenus par le UNHCR. En l'absence de quelque solution politique que ce soit, ce chiffre ne peut que continuer à augmenter. En décembre 2014, les Nations Unies ont demandé aux gouvernements du monde entier de contribuer à atténuer la crise des réfugiés syriens en autorisant l'immigration et l'installation de 100 000 personnes déplacées. Le gouvernement canadien a alors annoncé qu'il accueillerait 10 000 réfugiés au cours des trois prochaines années. Mais on se pose de graves questions vu le piètre bilan des conservateurs à date en matière d'accueil de réfugiés syriens.

Le Canada peut et doit faire davantage. L'Allemagne et la Suède ont reçu 96 500 demandes d'asile de la part de Syriens au cours des trois dernières années et l'Allemagne à elle seule s'est engagée à accorder 30 000 places à des réfugiés syriens. Le Canada devrait leur emboîter le pas, lui qui a, de tout temps, ouvert ses portes aux personnes dans le besoin, pendant les périodes de conflit et de catastrophe.

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