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Le développement international cet automne au Canada

08/10/2013 12:53 EDT | Actualisé 07/12/2013 05:12 EST

Lorsque le Parlement reprendra ses travaux le 16 octobre, tous les yeux seront tournés vers le nouveau « programme » de Stephen Harper, tel que présenté dans le discours du Trône. Quel rôle le développement international jouera-t-il dans ce discours et quelle différence cela fera-t-il? Je crains fort que les décisions les plus importantes en matière de développement international ne continuent à être prises en catimini, derrière des portes closes, et sans examen public.

Le gouvernement Harper n'a toujours pas fait le point sur la fusion de l'ancienne Agence canadienne de développement international (ACDI) et du ministère des Affaires étrangères. Lorsque la Chambre reprendra ses travaux à la mi-octobre, j'ai l'intention de présenter une motion au Comité permanent des affaires étrangères et du développement international pour demander au gouvernement de faire rapport sur le processus de fusion.

Entre temps, nos craintes se confirment à l'effet que l'approche du Canada en matière de développement international s'éloigne de nos obligations, telles que prévues par la loi, c'est-à-dire de nous concentrer sur la réduction de la pauvreté, de tenir compte du point de vue des plus démunis et de respecter les normes internationales en matière de droits de la personne.

On sait que le gouvernement souhaite maintenant mettre l'accent sur les partenariats avec le secteur privé, particulièrement ceux avec le secteur canadien de l'extraction. Le secteur privé est en mesure de contribuer au développement international; par contre, nous sommes très préoccupés par l'approche prise pas le gouvernement conservateur. Le nouveau ministre du Développement international, Christian Paradis, a récemment tenu avec fanfare des consultations sur le secteur de l'extraction à Montréal, mais ne semble pas prêt à faire la même chose avec d'autres partenaires importants. La démarche du ministre auprès des entreprises extractives aurait été plus appropriée pour le ministre du Commerce international, qui, contrairement au ministre Paradis, a le mandat de promouvoir l'accès aux marchés étrangers. À de nombreuses reprises, le gouvernement a annoncé en grande pompe qu'il allait dorénavant se concentrer sur le secteur privé, mais on ne sait pas exactement comment cette approche respecte la Loi sur la responsabilité en matière d'aide au développement.

Ce que nous savons cependant c'est que pendant que le gouvernement Harper se félicite de mettre l'accent sur le secteur privé, des programmes canadiens de développement qui ont déjà connu du succès en subissent les contrecoups.

Le gouvernement Harper éliminera probablement le Programme de stages internationaux pour les jeunes, de même que l'Initiative des Stages internationaux pour les jeunes Autochtones. Il est scandaleux qu'un gouvernement qui prétend être axé sur les enfants et les jeunes élimine ses programmes les plus efficaces pour permettre aux jeunes Canadiens d'acquérir des compétences et de l'expérience en matière de développement international.

Il n'y a toujours eu aucun appel de propositions pour le Programme de coopération volontaire, qui suit des cycles quinquennaux et dont le plus récent cycle prend fin en mars 2014. Cette situation a poussé Oxfam à fermer trois bureaux et d'autres organismes bénévoles rapatrient leurs bénévoles en raison de l'absence de nouveau financement.

Dans le même ordre d'idées, le programme de Fonds d'engagement du public de l'ACDI n'a pas offert de nouveau financement depuis 2012. Cette situation a amené plusieurs ONG à me faire part de leurs préoccupations quant au fait que leur capacité de communiquer avec la population canadienne s'en trouve sérieusement limitée. Les Canadiens devraient avoir la chance d'en apprendre davantage sur la valeur du développement international et sur ce que leurs contributions permettent d'accomplir à l'étranger.

Notons par ailleurs que le Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme a demandé des contributions de 15 milliards de dollars cette année, ce qui lui permettrait d'atteindre une couverture de 80 % dans les pays cibles et d'enfin freiner la propagation de ces maladies. Nous sommes à un point tournant et, en réponse à cet appel, bon nombre de nos alliés, notamment les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Australie et plusieurs pays nordiques, ont annoncé des augmentations significatives des contributions qu'ils feront lors de la conférence des donateurs qui se tiendra en décembre. Le gouvernement canadien, lui, n'a toujours pas annoncé qu'il s'engageait à verser de l'argent au Fonds mondial. En juillet, j'ai demandé au gouvernement Harper de verser sa juste part, c'est-à-dire 5 % du total, mais je n'ai toujours pas reçu de réponse.

Pendant ce temps, les Canadiens ne savent toujours pas quelle part du budget de l'ACDI est restée inutilisée en 2012-2013. Nous savons que cette somme pourrait dépasser les 300 millions de dollars, ce qui semble être une tactique des conservateurs pour sabrer dans le financement du développement international par des moyens détournés. Nous pourrons découvrir à quel point la situation est grave à la fin octobre, lors du dépôt des Comptes publics.

Bon nombre de citoyens ne savent rien des changements qui s'opèrent dans l'ombre, sans annonce, au niveau de la coopération, incluant l'abolition ou le gel financier de plusieurs programmes importants. Ce manque de transparence donne l'impression que les décisions sont prises de manière arbitraire, idéologique et partisane.

Cet automne, lorsque nous verrons ce que le gouvernement conservateur célèbre publiquement, il vaudra la peine de se demander ce qu'il fait en catimini pour s'éloigner des priorités traditionnelles du Canada en matière de développement international.

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