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La délicieuse malice des choses défendues de Cali

Depuis mon coup de coeur pour Cali en 2003, j’ai toujours eu l’impression qu’il s’accrochait à l'amour comme à une fougueuse force, prête à bondir sur soi au coin d’une rue.

09/11/2017 07:01 EST | Actualisé 10/11/2017 14:50 EST
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Peu d'artistes se désignent par quatre lettres. Quand on s'appelle CALI alias Bruno Caliciuri, fier Perpignanais, rocker dans l'âme, la griffe du mordant et de l'intensité n'a point besoin d'épithète supplémentaire.

Son septième album, Les choses défendues (Sony Music), maintenant disponible au Québec, nous invite à oser regarder derrière soi, un moment, dans le rétroviseur de l'adolescence, cet espace de tous les possibles à portée de rêve. En concert le vendredi 3 novembre dernier au GESÙ dans le cadre du festival Coup de coeur francophone, l'intrépide artiste, seul au micro, a tendu la main à son public, comme à une bande de potes, dans le microcosme de sa chambre juvénile, ce lieu intime que l'on n'hésitait pas à couvrir d'affiches bigarrées de nos idoles. Nos premiers maîtres à penser, ceux qui pour Cali, répondent au nom des Clash, Simple Minds, Leonard Cohen et U2.

Je le suivrai jusqu'au bout, dans le cortège des êtres clairvoyants composé de femmes et d'hommes de tous les âges à qui il intime de décider par eux-mêmes de leur destinée.

Pour l'éternel rebelle Cali, qui a ouvert les yeux sur la société en 1968, année mythique en Hexagone de l'éclatement des mentalités au grand jour de la liberté, en réaction à l'obscurantisme de guerres insensées, la quête des idéaux s'est toujours imbriquée à sa philosophie artistique. J'admire sa prise de position pour les pères, à qui l'on retire trop systématiquement la garde des enfants. Et son soutien aux réfugiés qu'il exprime avec mordant et tendresse, par le souvenir de ses grands-parents ayant échappé aux impitoyables griffes du franquisme. Il l'a toujours clamé, haut et fort : la rage est le moteur de sa vie ! Je m'abreuve à son engagement lucide, son sens de l'humanité court-circuitant nos vies éteintes lorsqu'il crie C'est quand le bonheur ?, le tube l'ayant starisé en 2003. Sans adhérer à aucun mouvement politique, il se tient loin des journalistes servant la cause de mécréants et nous met en garde de cet écueil. Je le suivrai jusqu'au bout, dans le cortège des êtres clairvoyants composé de femmes et d'hommes de tous les âges à qui il intime de décider par eux-mêmes de leur destinée. De refuser le laisser-faire ambiant dévastant nos rêves de jeunesse de plus en plus en Occident. J'adhère à son parti des 1000 Coeurs debout qu'il a entonné vendredi dernier, guitare acoustique à la poitrine, et aspire ce spasme en mon âme, à l'écoute de ses paroles dignes du plus mémorable hymne à la nation :

Notre force est sublime

Elle emportera tout

Et s'ils essaient encore

Ils se frotteront

À 1000 Coeurs debout

Sur Les choses défendues, Cali remue à nouveau notre coeur, comme une bulle vitrée de neige, pour que l'on n'oublie jamais l'apport de la transgression. Cette pulsion sous laquelle j'aime flancher pour découvrir le délicieux interdit. À la suite de Cali qui fugua à 16 ans, à la folle rencontre d'une jeune fille jusqu'en Angleterre et en Irlande, je me régale d'être de la bande des filous. Ne pas craindre, même à 40 ans passés, de dormir à la belle étoile, au gré du vent, de croquer le monde et l'amour, à droite, à gauche. Et montrer sans gêne cette avenue aux petits d'aujourd'hui, accrochés à leur téléphone intelligent comme à une bombonne d'oxygène. Cali l'invoque sur la douce chanson Seuls les enfants savent aimer : soyons les premiers à geler de plaisir sous la première neige. Avec Cali, j'ai trouvé un complice du voyage sur la mappemonde empreinte de poésie. Cette sensation unique de l'ailleurs qui peut même aller jusqu'à la détermination d'une nouvelle appartenance à un peuple, à une patrie. Jusqu'à vouloir y trépasser, comme Cali sur sa terre lyrique d'Irlande qui, depuis sa fugue de jeunesse, n'a de cesse d'incarner son repère.

Depuis mon coup de coeur pour Cali en 2003, j'ai toujours eu l'impression qu'il s'accrochait à l'amour comme à une fougueuse force, prête à bondir sur soi au coin d'une rue.

Puis au-delà de ces malicieux affrontements à belles dents domine l'Amour. Depuis mon coup de coeur pour Cali en 2003, j'ai toujours eu l'impression qu'il s'y accrochait comme à une fougueuse force, prête à bondir sur soi au coin d'une rue. L'homme la définit même de terroriste, puisqu'elle a le pouvoir de changer la trajectoire de notre destin par la seule révélation de cette âme soeur que l'on n'attendait pas, ou plus, dont la force soulève, même au fond du trou, du plus noir désespoir. L'artiste le réitère 14 ans plus tard : il balance tout pour l'Amour ! Et nous exhorte d'en faire de même. Sur la pimpante pop de I want you, il ressuscite le sentiment amoureux, aux côtés d'une femme à la robe bien trop courte et bien trop serrée, jusqu'au petit jour...

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