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Le ski et les changements climatiques

02/12/2015 06:46 EST | Actualisé 02/12/2016 05:12 EST

Le sujet des changements climatiques est plus que jamais à l'ordre du jour ces temps-ci avec la COP21 à Paris où les dirigeants de la planète se sont donné rendez-vous pour tenter d'éviter, à moyen et à long terme, la catastrophe. Mais qu'en est-il dans ce contexte d'une industrie qui carbure à la froideur, le ski?

À première vue il est facile de s'imaginer que tout ce qui baigne dans le froid et la neige sera affecté plus ou moins rapidement. D'ailleurs plusieurs stations européennes commencent déjà à en subir les effets notamment une diminution de neige à plus basse altitude.

Déjà en 2004 une étude internationale portant sur 15 pays de l'UE en plus de la Suisse et de la Norvège indiquait que «dans les prochaines décennies, il neigera en hiver le plus souvent entre 1 500 et 1 700 m contre 1 300 m aujourd'hui». Une autre étude, suisse celle-ci, conclut que «d'ici 2080 si la température continue d'augmenter il ne neigerait alors suffisamment pour skier qu'à partir de 1 800 mètres!» Selon eux, seules les régions et stations dotées de remontées mécaniques permettant l'accès à plus de 2 000 m ont de bonnes perspectives d'avenir.

Le Québec alpin moins touché

Au Québec par contre les perspectives d'avenir seraient moins inquiétantes. Certes des défis particuliers s'annoncent pour l'industrie du ski alpin mais la technologie est déjà en place pour contrer les effets négatifs d'un certain réchauffement climatique.

Disons d'entrée de jeu aussi qu'il est difficile de convaincre les Québécois que le climat se réchauffe vraiment ici, particulièrement en hiver. Nous avons d'ailleurs connu récemment deux hivers parmi les plus froids de l'histoire sans compter février 2015 qui fut le plus froid depuis 1900.

C'est exactement ce froid qui domine le Québec durant la saison blanche qui donne au Québec un avantage important pour le ski sur les autres régions du globe. Selon Environnement Canada le réchauffement climatique au Québec signifiera des hivers moins stables, plus en dents de scie avec des périodes de froid intense ainsi que des pointes bien au dessus de zéro. Conclusion, nous ne sommes pas prêts de manquer de froid en hiver pour un bon bout de temps.

L'enneigement artificiel de plus en plus important

C'est aussi l'enneigement artificiel qui sauvera l'industrie du ski au cours de prochaines décennies. C'est d'ailleurs, il ne faut pas se le cacher, ce même ensemencement artificiel qui supporte l'industrie depuis belle lurette. Il y a 50 ans une station de ski fonctionnait entre 14 et 20 heures/semaine, surtout les week-ends. Avec l'industrialisation de l'activité au fil des ans, plusieurs stations offrent maintenant du ski 14 heures/jour, un volume beaucoup trop important pour que la neige naturelle suffise. Les stations québécoises (et d'ailleurs dans l'Est du continent) ont donc investi des sommes énormes pour y ajouter en enneigement artificiel. Cette fabrication artificielle de neige est d'ailleurs devenue plus importante que la neige qui tombe du ciel. C'est ce qui permet par exemple au Mont St-Sauveur dans les Laurentides d'offrir du ski d'octobre (parfois) jusqu'à mai régulièrement quoiqu'il en soit.

neige artificielle

Des équipements plus performants

Même s'il y a réchauffement du climat les stations parviennent toujours à fabriquer la neige nécessaire pour offrir une saison normale. «Avec un équipement de fabrication toujours plus performant, nous réussissons chaque année à produire la même quantité de neige qu'il nous faut», nous expliquait Charles Désourdy, président de ski Bromont. Preuve certaine, cette station estrienne, une des moins avantagée pour ce qui est de l'altitude et des précipitations neigeuses, est devenue au cours des 10 dernières années une des plus fréquentées au Québec.

L'enneigement naturel pas nécessairement en baisse

Au Mont Sutton, station plus dépendante de l'enneigement naturel, le directeur général Jean-Michel Ryan nous indique que «la moyenne des jours d'opération des 10 dernières années est de 129,9 jours et que l'an passé (saison 2014/15) elle fut de 130 jours».

«De plus la moyenne de précipitations reçues de 1995 à 2005 fut de 422,5 cm comparée à celle de 2005 à 2015, de 449 cm. On constate donc une augmentation de 26,5 cm quand on compare les deux dernières décennies. Et l'hiver 2011 au Mont Sutton fait partie des sept années les plus enneigées depuis 1960 avec plus de 600 cm de neige», ajoute-t-il.

Au Mont Sainte-Anne près de Québec, région moins assujettie à un réchauffement climatique nocif pour les sports d'hiver, la moyenne des dix dernières années selon la relationniste Lisa-Marie Lacasse a été de 145 jours d'opération par hiver. Or l'an passé fut pile dans la moyenne; 145 jours.

Le ski de fond plus à risque

Si la situation pour le ski alpin au Québec est moins inquiétante à moyen terme, c'est toute autre chose pour le ski de fond qui doit compter (pour le moment du moins) sur l'enneigement naturel. Ici, pas de neige, pas de ski!

Les drapeaux rouges flottent déjà sur cette industrie qui se cherche elle aussi des solutions. Pour le moment les centres au Nord du Saint-Laurent sont moins exposés que ceux de l'Estrie et de la Nouvelle Angleterre, plus au Sud.

ski

Solutions envisagées

Parmi les solutions, l'enneigement artificiel ici aussi. Il aiderait à garantir du ski en début de saison, surtout pour la période des Fêtes, période critique pour une modeste rentabilité. Avec ces coûts additionnels importants, l'accès aux sentiers risquerait par contre de passer de 10$-12$/jour maintenant à 20$ ou plus.

Solution moins couteuse, l'amélioration des fonds de sentiers pour qu'on puisse les ouvrir avec moins de neige. Aussi, l'ouverture des sentiers à la marche nordique hivernale ainsi qu'aux fat bikes, ces nouveaux vélos de montagne aux roues surdimensionnées qui ont fait leur apparition dans les centres nordiques au cours des deux dernières années, présentent aux gestionnaires l'occasion de développer de nouvelles clientèles.

Croyez-vous que vos sports d'hiver sont menacés par les changements climatiques?

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