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21 idées pour le 21e siècle: exporter l'eau douce sous l'égide d'une société d'État

19/02/2016 12:47 EST | Actualisé 19/02/2017 05:12 EST

Les SOE (state-owned entreprises) gouvernent le monde. Six des plus grands producteurs de pétrole sur 10 sont des sociétés d'État. Parmi les cinq plus grandes compagnies au monde, en termes de revenus, seule Walmart est une société privée. Chez nous, la Caisse de dépôt et placement du Québec et Hydro-Québec sont devenues de classe mondiale dans leur domaine grâce à la vision de leurs initiateurs libéraux, Jean Lesage et... René Lévesque.

À condition d'avoir une marge de manœuvre et l'appui du gouvernement, les sociétés d'État peuvent générer des bénéfices immenses, ensuite réinvestis dans des services publics comme l'éducation ou la santé.

La société d'État Petro-Canada a été, à l'époque, une idée géniale de Pierre Elliott Trudeau, mais la rentabilité des sables bitumineux n'était pas encore au rendez-vous. L'appui du gouvernement a cessé lorsqu'on a découvert que le hall d'attente de la compagnie déficitaire avait des fauteuils en peau d'éléphant de 20 000 $. Si les sables bitumineux de l'Athabasca, plus riches en hydrocarbures que les champs pétrolifères de l'Arabie saoudite, étaient toujours sous l'égide d'une société d'État, nous en aurions tous retiré des bénéfices beaucoup plus considérables que ce que le Heritage Fund en a tiré. Hélas, Petro-Canada, a été «vendu» au plus offrant sur l'autel de la libre entreprise par les conservateurs dans les années 1990.

La marge de manœuvre est également nécessaire à une société d'État, surtout si celle-ci est dotée de gestionnaires compétents. Elle a le droit, voire le devoir, de rechercher les occasions de croissance. Pourquoi Hydro-Québec, par exemple, devrait-elle se confiner au territoire québécois ? Pourquoi ne développerait-on pas des centrales hydro-électriques en Ontario, au Nouveau-Brunswick, dans le Maine... ou même en Afrique ? Les actifs hydro-électriques d'Hydro One (autrefois appelé Ontario Hydro) sont à vendre. C'est une occasion en or pour le castor de sortir de sa digue ! La Société des alcools du Québec (SAQ) est l'un des plus grands importateurs de vins au monde. Pourquoi se limiter au territoire québécois? À quand des comptoirs SAQ à New York et à Beijing ?

L'État investisseur

Même si on déteste les monopoles et les fonctionnaires, il n'y a que l'État qui ait les moyens de miser sur les chevaux gagnants qui fortifient son économie. Les gouvernements français, allemand et espagnol possèdent 25 % d'Airbus. Pourquoi la Caisse de dépôt et placement du Québec limite-t-elle ses parts à environ 2 % de Bombardier Aéronautique ?

Les conservateurs (encore eux) ont tué en 1959 le fleuron de l'inventivité canadienne, l'avion Avro Arrow. Le gouvernement fédéral libéral l'imitera-t-il en n'investissant pas dans la Série C de Bombardier, qui fournira au monde des avions plus silencieux et plus performants ? Bombardier a vivement besoin d'air, ses employés ont besoin de leurs emplois, et le Canada a besoin de leurs impôts.

Une société d'État pour exporter l'eau potable

Environ deux milliards d'hommes dépendent des eaux souterraines tirées de nappes phréatiques qui s'épuisent, notamment dans l'ouest des États-Unis.

Selon différents scénarios, de deux à cinq milliards de personnes pourraient ne pas avoir d'accès à l'eau potable dans le monde en 2025 si rien n'est fait.

L'eau, c'est l'or transparent de la seconde moitié de ce siècle.

Comme fiduciaire de la troisième plus importante réserve d'eau douce dans le monde, le Canada aurait avantage à exploiter certains bassins importants, par exemple la Baie James ou les Grands Lacs, à des fins d'exportation massive vers certains États américains qui en auront vivement besoin comme la Californie, le Nevada, le Texas, etc. Notons que l'ingénieur terre-neuvien Thomas Kierans a été en 1959 un visionnaire avec son projet de Great Recycling and Northern Development (GRAND) Canal of North America.

Rappelons ici que l'eau douce va ultimement se jeter dans l'océan et qu'elle n'est alors plus «rentable», puisqu'elle devient salée. Toute attitude protectionniste quant à l'eau douce non utilisée à des fins alimentaires, agricoles ou récréatives et, ultimement, évacuée dans l'océan est injustifiable, sinon carrément ridicule. Encore ici, la rectitude politique et l'ignorance bornée resteront des obstacles mentaux à surmonter.

La Société nationale de valorisation de l'eau douce pourrait devenir pour les Canadiens ce que Petro-Canada n'est pas devenue, faute d'appui politique : une vache à lait pour les prochaines générations de Canadiens. Cette nouvelle société exploiterait de façon rationnelle et profitable une ressource renouvelable d'importance capitale.

L'éditorialiste du Globe and Mail, Peter Lougheed, écrivait il y a quelques années que les États-Unis vont bientôt exiger d'accéder à nos réserves d'eau douce.

Il nous faut probablement proposer notre eau douce aux Américains et en tirer des profits avant qu'ils ne décident tout simplement de s'en emparer. Une société privée qui prendrait cette initiative à des fins de profit serait vite blâmée de toutes parts. Seule une société d'État aurait la légitimité voulue pour vendre l'eau des Canadiens, avec leur confiance.

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