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Juste des bonnes nouvelles #5 : Au pays des hommes intègres

Je vous écris de l'autre bout de la planète, en Asie, où je me remets de mes récentes aventures en sol africain au Burkina Faso.

26/07/2017 09:00 EDT | Actualisé 26/07/2017 09:59 EDT
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Je n'en reviens toujours pas, à quel point il y a des humains formidables sur la planète et à quel point le monde est riche de gentillesse et de générosité.

Bonjour chers amis du Québec! Je vous écris de l'autre bout de la planète, en Asie, où je me remets de mes récentes aventures en sol africain au Burkina Faso. Bien que je n'y suis resté qu'un mois, l'intensité du voyage et le choc culturel (et digestif!) m'auront affecté plus qu'à l'habitude. N'empêche, j'en reviens, comme toujours, avec un tas de bonnes nouvelles et de rencontres mémorables... laissez-moi vous raconter ça!

Tout a commencé au printemps 2016, alors que je m'impliquais dans les camps de réfugiés en Grèce. J'y ai fait la rencontre d'un étrange clown rose d'Espagne, nommé Pablito. Ce gars vivait carrément dans les camps, avec les réfugiés, il devenait l'un des leurs, partageait leur quotidien et créait des liens indescriptibles avec eux. À lui seul, il débarquait dans les endroits les plus intenses et réussissait à avoir autant de résultats qu'une troupe de clowns au complet. J'étais vraiment impressionné par son travail, je sentais que j'avais beaucoup à apprendre de lui, alors je l'ai suivi et je l'ai aidé du mieux que je pouvais, pendant les deux semaines qui lui restaient en Grèce. Nous sommes devenus de bons amis et une équipe efficace, tellement qu'il m'invita à rejoindre son organisme Contaminando Sunrisas (Pollution de Sourires) pour une tournée au Burkina Faso, ce que j'acceptai sans aucune hésitation.

Frédérique Séguin (Shoot to Help)

PHOTO : Pablito, dans un camp de réfugiés au nord de la Grèce

Quelques mois plus tard, nous y étions, à répandre un maximum de sourires et à offrir des spectacles un peu partout : dans des coins reculés, des orphelinats, des écoles, dans les quartiers les plus défavorisés et au beau milieu de la rue. Bien souvent, c'était la première fois que le public voyait du cirque de toute leur vie et c'était pour nous un véritable privilège. Les mouvements les plus simples de jonglerie provoquaient des «WOWWW!» plein d'émerveillement et les gags de clown les plus simples faisaient apparaitre des sourires gigantesques et exploser de rire même les adultes.

Nous étions une petite équipe de 3 personnes; moi, Pablito et Julietta, une femme au grand courage et à l'histoire particulièrement touchante. Pendant un voyage en Afrique, un an plus tôt, elle avait décidé qu'elle deviendrait clown humanitaire! Mais sa détermination fut rapidement mise à l'épreuve. Quelques jours plus tard, son frère, la personne la plus importante à ses yeux, est décédé au cours d'un voyage. Non seulement cette terrible nouvelle l'affecta énormément, mais ça remettait en question ses choix et ses rêves de voyages humanitaires. Malgré tout, elle était au Burkina, à nos côtés. Elle était là, à exploser de joie sur scène et à se donner à 100% pour les enfants tous les jours, et ce, malgré le fait qu'elle était toujours en deuil et qu'elle vivait de nombreuses épreuves dans sa vie.

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PHOTO : Guillaume et Julietta, avant un spectacle au Burkina Faso

C'est donc aux côtés de ces deux humains hors du commun que j'ai eu la chance de découvrir le Burkina Faso. Dès les premières minutes de l'aventure, je fus complètement déstabilisé par la gentillesse des gens, qui surpassait tout ce que j'avais rencontré auparavant dans mes voyages. Là bas, tout le monde se salue dans la rue : les amis, la famille, les inconnus, les jeunes, les vieux, les noirs et les blancs! Tout le monde se bombarde de «Bonjour!» et de «Bonsoir!» beaucoup trop enthousiastes. Tout le monde s'informe : «Comment ça va chez vous? Comment va la famille? La santé? La tante? Le chien? Le chat?» Si quelqu'un mange, il te dira systématiquement : «Vous êtes invités!» Même les plus pauvres sont toujours prêts à partager leur repas avec vous. Ce n'est pas pour rien qu'on appelle le Burkina « Le pays des hommes intègres ». Les gens y sont incroyablement gentils, généreux et souriants. Tandis que chez nous, les gens peuvent se sentir seuls même lorsqu'ils sont entourés de gens... là-bas, la solitude n'existe pas. Il suffit de tendre la main pour se faire des nouveaux amis.

Chaque fois qu'elle parle, c'est pour dire un proverbe plein de sagesse africaine, généralement au sujet de l'amitié, du partage ou du genre de: «Mange bien aujourd'hui, parce que demain tu ne sais pas qui va te manger!».

Mais de toutes les personnes que j'y ai rencontrées, la plus gentille est définitivement Madame Fiou. Il s'agit d'une magnifique maman africaine, à Ouagadougou, qui accueille 20 enfants de la rue chez elle tous les jours. Ce projet était le rêve de son père qui est mort jeune, avant d'avoir la chance de le réaliser. Alors Fiou a repris le flambeau en son honneur. Elle nourrit ces enfants, en prend soin et leur apprend la vie. Chaque fois qu'elle parle, c'est pour dire un proverbe plein de sagesse africaine, généralement au sujet de l'amitié, du partage ou du genre de: «Mange bien aujourd'hui, parce que demain tu ne sais pas qui va te manger!». Elle réussit à financer son projet, sa maison et la nourriture pour les enfants, grâce à l'argent que sa sœur lui envoie, qui enseigne la danse africaine en France. Parce qu'un petit pourcentage du salaire d'un professeur de danse en Europe... permet de sauver 20 vies là-bas!

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PHOTO : Madame Fiou qui prépare la nourriture pour les enfants

Fiou n'est pas la seule personne que j'ai croisé qui sauve des vies. J'en ai même vu qui le faisaient grâce à une méthode peu commune : le rire! Il s'agit de Davo et Lucie, deux clowns d'Espagne qui habitent Bobo Dioulasso... à l'année! Vous connaissez le dicton : «Le rire est la meilleure des médecines»? Davo et Lucie en font une réalité, avec des preuves concrètes. Ils ont développé un programme extraordinaire à l'hôpital du coin, pour les enfants qui ont un problème de malnutrition. Ils font rire ces enfants, ils sensibilisent leurs parents à diverses réalités importantes et surtout... ils apprennent aux parents comment jouer avec eux! Une étude a été faite sur leur projet et les résultats sont spectaculaires! Il y a 35% moins de morts et un gain de poids 184% plus élevé, chez les enfants qui ont participé au programme de Davo et Lucie.

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PHOTO : Davo et Lucie

Des gens comme Davo, Lucie, Fiou, Julietta et Pablito... j'en ai rencontré des dizaines là-bas, en seulement quelques semaines. Mais la rencontre la plus inattendue fut au beau milieu de la savane. Là où je ne voyais jamais d'homme blanc, j'ai fait le saut pas à peu près quand j'en ai vu un qui portait un t-shirt «CEGEP de Jonquière»! J'ai donc eu la chance de jaser avec Étienne, un ex-professeur de géographie et un gars hors du commun. À l'époque, il accompagnait des groupes d'étudiants lors de stages humanitaires, dont une fois au Burkina Faso en 1999. Cette expérience incroyable à côtoyer toute la gentillesse, l'entraide et la solidarité des Burkinabés changea carrément sa vie. Ça fait qu'il s'est promis qu'à la retraite, il viendrait redonner à l'Afrique un peu de la lumière qu'elle lui a donné. Il habite là depuis maintenant 5 ans, à travailler bénévolement comme professeur dans les écoles. Il m'a dit que certains de ses proches ne comprennent pas pourquoi il a déménagé dans un pays aussi pauvre. Ici, ils n'ont pas le choix de vivre dans ces conditions. Étienne, lui, a choisi la simplicité volontaire : «Je possédais plein de choses... mais en fin de compte, ça sert à quoi? Alors j'ai tout donné à différents organismes. C'est ce que j'aime de l'Afrique : Être, plutôt qu'Avoir. »

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PHOTO : Étienne, l'incroyable Québécois rencontré au milieu de la savane africaine

Je n'en reviens toujours pas, à quel point il y a des humains formidables sur la planète et à quel point le monde est riche de gentillesse et de générosité. J'espère que ça vous fait sourire au moins un p'tit peu, de découvrir quelques-unes de ces personnes avec moi. Demain, je commence une nouvelle aventure, avec les réfugiés Birmans, à la frontière de la Thaïlande. Je suis convaincu que j'y dénicherai tout plein de nouvelles bonnes nouvelles... à vous partager dans ma prochaine chronique! Ciao les amis!

Ce texte a également été publié dans le Journal La Galère (Vol.15 #1)

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