Guillaume Déziel

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L'aberration du droit d'auteur

Publication: 10/02/2012 10:00

En 2009, j'ai assisté à une projection de l'excellent documentaire Le monde selon Monsanto, suivi d'une conférence de son auteure Marie-Monique Robin. Non seulement ce documentaire a changé ma perception sur l'agriculture, les OGM et la bouffe transgénique, elle a surtout changé ma perception sur le droit d'auteur...

Grâce à ce documentaire, j'ai découvert que Monsanto a entre autres pris le vrai «blé naturel», lui a quelque peu modifié son ADN avant de le mettre sous brevet pour officialiser son nouveau chef-d'œuvre... le «blé version 2.0». Bref, Monsanto a remixé le blé et s'est autoproclamé l'inventeur du blé qui, par des stratégies politico-douteuses, se retrouve inévitablement dans nos assiettes, trois fois par jour. Si Dieu a créé le blé, il a certainement dû se retourner dans sa tombe.

Dans la même année, un ami m'a recommandé un autre excellent documentaire: RIP: A Remix Manifesto (accessible gratuitement à tous sur le Web). J'ai dès lors appris que Walt Disney avait pris des histoires existantes pour les bonifier et les raconter à sa manière. Après s'être inspiré de plusieurs contes comme Cendrillon, Alice au pays des merveilles, Blanche Neige et Pinocchio, Walt Disney a pris ces œuvres appartenant à tous (œuvres du domaine public) pour en faire exclusivement les siennes, désormais protégées par le Copyright. En modifiant le bien commun pour s'en rendre exclusivement propriétaire, Disney est devenu un «Robin des bois inversé»; il prenait des œuvres existantes pour en faire de nouvelles, en les mettant sous le Copyright. Il a donc transformé, voire condamné, des œuvres libres d'utilisation (pour tous) en œuvres qui lui étaient désormais exclusives.

Pour en revenir à cette projection du film Le monde selon Monsanto, au terme du film et de la conférence de son auteure, j'en ai profité pour poser à Marie-Monique Robin une seule (et longue) question que voici : «Vous avez dénoncé l'attitude immonde de Monsanto dans votre film. Vraisemblablement, ce qui permet à Monsanto d'agir ainsi, c'est le brevet sur lequel s'érige tout son monopole d'action, son exclusivité à contrôler les semences du monde entier et, par conséquent, les marchés de l'agriculture et de l'alimentation planétaire qui en dépendent. En revanche, vous avez fait un film merveilleux dénonçant cette situation. À mon humble avis, ce film doit être vu et entendu par chaque être humain de la planète, pour les conscientiser, afin que les choses changent réellement. Seriez-vous prête, Mme Robin, à abandonner le «brevet» que vous détenez sur votre film, afin d'en assurer un rayonnement garanti par la force de la copie, du partage, de la citation, du remix, du piratage, permettant ainsi à tous d'avoir accès à votre œuvre?»

Inutile de vous dire à quel point Marie-Monique Robin m'a précisé qu'elle tenait à son droit d'auteur, ce genre de brevet qui lui confère l'exclusivité d'exploiter son propre film, à l'instar de Monsanto jouissant d'un brevet lui octroyant un monopole sur les semences de la planète et la nourriture que nous mangeons trois fois par jour. Plus ça change, plus c'est pareil...

Walt Disney s'est inspiré de ses prédécesseurs pour créer son univers; Monsanto s'est approprié l'œuvre de la Nature pour en faire la sienne, condamnant les humains à être dépendants de cette corporation multinationale, sans foi ni loi, cotée en bourse. Aujourd'hui j'écris un article où je reprends des idées de Lawrence Lessig, le père du Creative Commons et l'auteur du livre Culture Libre. Bref, il semble normal de se fonder sur l'œuvre d'autrui pour construire les siennes. C'est ce qu'on appelle l'«inspiration». Et j'ose espérer que mon œuvre sera reprise, remixée, partagée, copiée, d'une manière ou d'une autre, pour que mes idées rayonnent.

En ces débuts de 2012, le gouvernement états-unien tente maintenant de faire passer la SOPA (Stop Online Piracy Act) et le PIPA (Protect IP Act) pour s'offrir ainsi le pouvoir de couper les revenus ou le trafic Web vers des sites comme Youtube ou Wikipedia, advenant qu'ils permettent la violation du droit d'auteur d'œuvres protégées... Or, on se servirait du droit d'auteur d'une minorité pour justifier la censure, la compétition déloyale des gros joueurs Web envers les plus petits ou même le déclin de la liberté d'expression d'une majorité menaçante envers une classe politique minoritaire. La Chine quoi! Regardez cette petite vidéo qui explique tout.

Tout ça se déroule à l'heure où des Arabes se créent une liberté d'expression virtuelle sur les réseaux sociaux, afin d'organiser la chute de leurs vieux dictateurs; au moment où 99% de la planète revendique plus d'équité et de partage de la richesse détenue par 1% de la population; où de plus en plus de créateurs préfèrent voir leurs œuvres être sous licences Creative Commons afin de mieux consentir à leur partage, leur remix, leur copie, plutôt que de les embarrer dans un Copyright restrictif. Plus récemment, en France, la SACEM a adopté les œuvres Creative Commons... tandis que les États-Unis s'entêtent à vouloir tout contrôler sur le Web.

Culture, agriculture, droit d'auteur, brevet : même combat. Ce n'est pas ce qu'on invente qui a de la valeur; c'est ce qu'on en fait !

Pour éviter qu'un Web parallèle ne voie le jour, le droit d'auteur sous sa forme actuelle devra nécessairement muter afin de mettre à l'avant-plan le partage des idées, de la connaissance, de la libre expression et de la culture en général. Des modèles économiques viables s'en suivront, assurément.

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Cet article L'Aberration du droit d'auteur, par Guillaume Déziel est mis à disposition de la collectivité selon les termes de la licence Creative Commons BY-NC-SA (Paternité - Pas d'utilisation commerciale - Partage des conditions initiales à l'identique 3.0 Unported). Toute autorisation au-delà du champ de cette licence peut être obtenue au www.guillaumedeziel.com/contact/.

 

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SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
musael
Ad majorem consciencia
23:39 sur 12/02/2012
Je suis musicien et je suis bien d'accord pour distribuer ma musique gratuitement à qui la voudra. Je ne pose qu'une seule condition : que mon logement soit gratuit; que mon épicerie soit gratuite; que mon électricité, mon habillement et mes autres besoins soient gratuits. Vous avez compris le topo.

Bien franchement, mettre les artistes indépendants sur le même pied que Monsanto et Walt Disney c'est avoir une vision bien étriquée.
10:22 sur 13/02/2012
@ musael Pourtant, c'est la même «propriété intellectuelle», le même principe qui est derrière Monsanto, Disney et... vous, musicien indépendant.

De plus, je vous invite à lire cette article qui explique la différence entre le bien rival et le bien non-rival : http://guillaumedeziel.com/complements/le-bien-rival-versus-le-bien-non-rival/

Votre musique, une fois enregistrée et numérisée, devient un bien «non-rival». Votre spectacle vivant (live) ne l'est cependant pas. L'électricité, vos vêtements et votre logement sont de l'ordre des bien rivaux.

J'ai mis beaucoup de temps à piger la différence entre ces 2 types de biens. Depuis, j'en viens à la conclusion claire qu'il vaut mieux se servir de ce qu'on ne contrôle plus pour mieux vendre ce que l'on contrôle à 100%; il vaut mieux se servir de la musique dématérialisée, omniprésente, omni-accessible, comme un produit d'appel pour stimuler une demande pour des biens et services sur lesquels on a encore un plein contrôle de l'offre.

Bonne lecture!
Guillaume Déziel
SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
musael
Ad majorem consciencia
11:36 sur 13/02/2012
Vous vivez dans un monde abstrait: il n'y aucune commune mesure entre Walt Disney et un artiste indépendant, artisan par définition. De toute manière, si l'on considère qu'un artiste est un travailleur, (un bon musicien met autant de temps que médecin à se former), il a droit à une juste rétribution pour ses efforts. Déjà 90% des musiciens ne parviennent pas à vivre de leur art et vous voulez leur enlever le peu qu'ils ont. J'aimerais comprendre votre raisonnement et le principe qui vous autorise à voler le fruit de mon labeur.
16:30 sur 11/02/2012
Tout d'abord, je tiens à préciser quelques détail éronné de ce billet, tout d'abord, aucun blé commercial OGM n'est vendu ni par Monsanto ni par quelconques entreprises. Le blé vendu actuellement par les filliales de Monsanto, est protégé par le Certificat d'obtention végétale, cette protection de brevette pas la génétique de la plante mais bien le nom ainsi que la variété développée. Une variété agricole prend aisément une dizaine d'année à développer, il s'agit d'investissement important. Avec le retrait de l'état de la recherche agricole, les semenciers ont pris la relèves dans le développement de semences, il est tout à fait normal que ceux-ci reçoivent de l'argent pour leurs produits. Dans le monde de la musique, la distribution gratuite peut être applicable puisque les artistes peuvent avoir d'autres source de financement (concerts, articles promotionnels) ce n'est pas le cas pour les semenciers, s'ils ne vendent plus leurs semences, ils ne couvriront pas les frais de développements. Plusieurs variétés de semences libre de droit existe, les producteurs peuvent les utilisés et les réutiliser comme bon leur semble, or, ces semence ne sont généralement pas aussi productive et ne présente pas certains caractères agronomiques intéressants donc la majorité des producteurs juge préférable de payer davantage pour acheter des produits de qualités. Je suis un utilisateurs de produits libre de droit, toutefois je reconnais que dans certain cas ce n'est pas applicable, des produits nécessitant de la recherche sur une dizaine d'année ne peuvent être libre de droit.
13:39 sur 12/02/2012
@Bouf Je comprends votre logique. Mais je la dénonce. Je vous invite à voir le documentaire de Marie-Monique Robin. Il vous en manque vraiment des bouts. Je ne recommencerai pas l'argumentaire de Robin ici; elle l'a déjà fait avec brio. On s'en reparlera après...

Entre-temps, vous connaissez ma position : Il devrait être formellement INTERDIT d'assujettir l'agriculture à la propriété intellectuelle... La propriété intellectuelle est la genèse sur laquelle s'appuie l'agissement de Monsanto qui, disons-le franchement, tient maintenant la plupart des agriculteurs de la planète par les couilles, les menant même vers le suicide pour certain...

Une telle logique chez vous, celle de justifier le «cadenas du Copyright» sur une semence par la recherche et développement dont elle a bénéficié, ne peut que laisser libre passage à un monstre semencier (ou monstrueux semencier) comme Monsanto, à contrôler toutes les semences de la planète...

Et ni vous, ni moi ne souhaitons cela, je présume. Puisqu'il s'agit, en bout de piste, de ce que nous mangeons 3 fois par jours.

Bonne écoute du documentaire!
Guillaume Déziel
21:54 sur 10/02/2012
Il fut un temps ils brûlaient des livres... Maintenant ils ferment des site web...

Ironiquement, après l’ère de la communication on s'enligne vers un monde ou l'information va être contrôler par une minorité... sous prétexte de la protection des gens... et les plus débrouillards vont s'organiser en petit réseau clandestins...

Plus ça change plus c'est pareil! :)
14:41 sur 10/02/2012
Je comprends la logique de tout ça mais dans le cas de Walt Disney et de Monsanto, on prend quelque chose qui existe (dans le cas de Monsanto c'est pire parce que c'est carrément la nature) et on se l'approprie en utilisant le droit d'auteur par contre la majeure partie des individus qui profitent du droit d'auteur sont les créateurs eux-mêmes. Est-ce que tu penses que le droit d'auteur de celui qui a créé l'oeuvre en question devrait être révisé? Et si oui comment cela peut-il être fait dans les respect des créateurs?
01:09 sur 14/02/2012
D'autre part, je crois que la durée du droit d'auteur est vachement trop longue. Le Statut d'Anne en 1710 (i.e.: le droit d'auteur dans sa première version) conférait une protection au créateur d'une oeuvre pour 14 ans, renouvelable une fois (si l'auteur était encore vivant). Donc une durée de 28 ans, dans le meilleur des cas. Depuis, les avocats trippotent cette loi (et ses dérivés de loi). Ils la rallongent sans cesse. Résultat : une oeuvre est «embarrée» dans le droit d'auteur jusqu'à 70 ans après la mort de son créateur (50 ans au Canada). Jusqu’à 95 ans lorsque le titulaire du droit d’auteur est une corporation. En repoussant constamment le moment où les œuvres tombent dans le «Domaine public», les créateurs en sont privé ; ils peuvent s’en inspirer, mais illégalement... Cela empêche les créateurs de s'exprimer en se fondant sur leurs inspirations, en y rendant gloire. Cela empêche de faire des collages, des bricolages, etc...

À mon humble avis, si un artiste est trop «vedge» pour ne rien faire avec son oeuvre en 14 ans, il devrait «faire autre chose» ou «laisser faire les autres faire quelque chose» avec son oeuvre. Ce n'est pas ce que l'on crée qui est important dans une économie; c'est ce qu'on en fait!
01:09 sur 14/02/2012
Enfin, je crois que le droit d'auteur devrait être malléable. Entre le «Tous droits réservés» et le «Je m’en fou totalement de mon œuvre», il y a une série de combinaisons possible. Présentement, tous les droits reviennent par défaut au créateur. Il peut en disposer comme bon lui semble. Il est donc possible pour un créateur de choisir les paramètres de disposition de son oeuvre. À cet effet, le Creative Commons est un outil formidable pour permettre à un artiste de choisir simplement ce qu'un autre créateur peut faire (ou ne pas faire) avec son oeuvre. J'en parle ici : http://guillaumedeziel.com/2011/01/14/creative-commons-101/

Dans un univers où les créateurs choisissent consciemment le type de licence qu'il souhaite privilégier pour leur oeuvre, il serait important que les Société de gestion de droit (comme la SOCAN ou la SODRAC) intègrent le Creative Commons à leur activités. Pour le bien des créateurs dit «originaux». Pour le bien des créateurs d'«oeuvres dérivées».

J’espère avoir répondu à tes questions.
Au plaisir d’interagir avec toi à nouveau.

Guillaume Déziel
12:31 sur 10/02/2012
Ce documentaire est cousu de fil blanc. Il associer Dow et Monsanto en raison de filiations financières anchroniques, dans le but de mêler l'agent orange aux OGM. Tout y passe.