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La mort de Charest

02/08/2012 11:52 EDT | Actualisé 02/10/2012 05:12 EDT
CP

Le 16 août 2011, Jean Charest était présumé mort d'après un texte publié sur le site internet du Devoir. Il aurait succombé à une crise cardiaque pendant la nuit. Il s'agissait bien sûr de l'œuvre canularesque de pirates informatiques.

Plus récemment, un pastiche d'une toile de Delacroix où on le voit raidi sur le dos a fait la manchette et a scandalisé ses ministres et lui-même après avoir été remarqué et photographié par la police à la résidence des Khadir.

L'ironie est que le PLQ a renchéri ensuite avec une pub funèbre qui s'ignore dans laquelle le premier ministre, l'air embaumé, nous dit des choses plates à mourir comme s'il s'était levé de son cercueil pour nous parler.

Cette pub a heureusement donné lieu à nombres de parodies, dont l'une où John James Charest est joué par Darth Vader, le seigneur noir de Star Wars. D'ailleurs Stephen Harper, le massacreur en chef du Canada, diabolisé mille fois à travers mèmes et autres bricolages internet, aurait très bien pu incarner son homologue québécois dans une autre version parodique de l'annonce.

La politicaillerie crapuleuse est une «compétence» que Québec partage avec Ottawa par les temps qui courent.

Aux élections fédérales de 2011, les Québécois ont voté en bloc pour le Nouveau Parti démocratique (NPD). Son chef d'alors, Jack Layton, s'est battu pour la vie. Jean Charest, lui, semble vouloir se battre pour la mort. La mort de la pensée, de la parole, de l'honnêteté, de l'intégrité, de la démocratie, de la liberté, de la nature et même des individus.

En octroyant un prêt de 58 millions $ à la société Balcrop (dirigée par Baljit Chadha, un proche du premier ministre) pour l'aider à relancer la Mine Jeffrey à Asbestos, le gouvernement se trouve en quelque sorte à financer le cancer causé par l'amiante chrysotile, dont l'industrie moribonde est condamnée par à peu près tout ce qui bouge en santé publique et interdite dans plus de 50 pays.

Mais c'est ce même gouvernement qui s'en va intenter une poursuite de 60 milliards de dollars contre les compagnies de tabac pour les coûts en soins de santé que le tabagisme engendre. D'un côté il favorise financièrement le cancer du poumon, et de l'autre il essaie d'en tirer profit devant les tribunaux.

À la lueur de ce paradoxe apparaît son opportunisme, qu'il n'avouera jamais, évidemment. Ce serait bien trop beau.

Il nous servira plutôt son ronron habituel, ses raisons raisonnables, sa rhétorique de crustacé livide. Il usera pour une énième fois de l'évitement verbal fourré à l'électoralisme et au besoin obstiné de sauver la face. On dirait que son blabla l'endort lui-même. Une sorte d'autohypnose. En répétant inlassablement des termes comme «baisser les impôts» ou «économie», notre premiermononcle sortant du Québec s'attend à faire croire à sa réussite là où il échoue. Et il échoue beaucoup. Son approche propagandiste doublée de son népotisme en fait un zombie néolibéral de plus capable de nous entraîner dans les pièges gros comme le bras de la cupidité et de l'autodestruction mondiale. C'est un cliché politique ambulant. Il a tout pour qu'on ne soit pas fier de lui.

Et pourtant, on ne sait par quel miracle, des citoyens le choisiront aux prochaines élections malgré tout son mépris de l'autre. Ils feraient peut-être mieux d'opter pour son clone de cire, dont ils pourront apprécier tout le kitch à compter de mai 2013 à la succursale montréalaise que le musée Grévin ouvrira au Centre Eaton, rue Sainte-Catherine.

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