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Ce que j'ai retenu du 1er débat des candidats à la mairie de Montréal

23/08/2013 12:17 EDT | Actualisé 22/10/2013 05:12 EDT

«Pragmatique d'expérience», «réfléchi», «intègre» et «changement» sont les mots qu'ont respectivement choisis Denis Coderre, Marcel Côté, Richard Bergeron et Mélanie Joly pour décrire leurs candidatures lors du premier débat de la course à la mairie de Montréal. Celui-ci a permis à ces quatre candidats de briser la glace et de présenter les grandes lignes de leurs programmes devant un auditoire plein à craquer. Plusieurs médias ont qualifié ce débat de «pétillant», tout en prenant le soin de souligner qu'aucun des quatre n'est sorti vainqueur de ce premier échange. Pour ma part, j'aimerais ici attirer votre attention sur plusieurs «gags» du débat, soit des interventions assez douteuses de certains candidats qui laissent à désirer.

Richard Bergeron: une partisannerie arrogante

Des quatre candidats ayant participé au débat, Richard Bergeron était le seul représentant d'un parti politique municipal (Projet Montréal), les trois autres représentant soit une coalition (Marcel Côté), une équipe se présentant sous une bannière (Denis Coderre) et des indépendants (Mélanie Joly). Dès les premières minutes du débat, Richard Bergeron s'est démarqué de ses adversaires par son arrogance et son obsession de Projet Montréal. En effet, il a soutenu que le renouveau de Montréal commence avec Projet Montréal, le «seul parti qui garantit un minimum de cohérence et une intégrité absolue. La preuve: il n'y a pas un seul élu d'Union Montréal chez Projet Montréal». Comme si un seul parti politique pouvait se porter garant de cohérence et d'intégrité... Faut-il rappeler que M. Bergeron a déjà essayé de recruter des anciens d'Union Montréal (Alan DeSousa) dans son équipe?

Pour montrer qu'il réserve un bel avenir aux jeunes de Montréal, M. Bergeron a une fois de plus vanté son propre parti politique, affirmant que sur les 65 candidats de Projet Montréal investis, 19 ont 35 ans ou moins. Il a par ailleurs pris l'engagement de nommer, s'il est élu, un jeune sur toutes les sociétés paramunicipales. M. Bergeron: votre parti politique ne détient pas le monopole du cœur des jeunes de Montréal, et le fait que vous soyez prêt à nommer un jeune sur chaque société paramunicipale ne me convainc aucunement que vous avez des vraies idées pour la jeunesse de Montréal.

Le candidat de Projet Montréal ne s'est pas attaqué aux vrais problèmes et aux enjeux déterminants pour Montréal dans les années à venir. Il s'est plutôt contenté de promouvoir plusieurs idées coûteuses de son programme, telles que recouvrir l'autoroute Ville-Marie avec des immeubles, éliminer les stationnements sur terrain vague au centre-ville, et prolonger le métro. Lorsque Mélanie Joly l'a attaqué sur la crédibilité de ses propositions, M. Bergeron s'est enlisé dans une démagogie pétaradante en soulignant que si Mme Joly trouve ces projets trop dispendieux, elle se serait probablement opposée au métro de Montréal il y a 40 ans. Années 1960-1970 et 2013: pas tout à fait la même chose côté budget et démographie.

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Qui se présente? Qui ne se présente pas?


Mélanie Joly: la candidate qui lit ses notes et ne répond pas toujours aux questions

À 34 ans, Mélanie Joly est la plus jeune candidate à prendre part à la course à la mairie de Montréal. Son manque d'expérience politique est ressorti à plusieurs reprises sous la forme d'étourderies classiques. En introduction comme en conclusion du débat, Mme Joly a lu son texte préparé à l'avance. Interrogée sur le rôle que devrait jouer l'administration municipale dans l'accueil des nouveaux arrivants, elle a détourné la question vers un enjeu de mobilité urbaine, en insistant sur sa volonté de mettre en place un service rapide par bus (SRB). Ce SRB a figuré dans plusieurs réponses hors sujet de la jeune candidate.

Mme Joly s'est distinguée de ses adversaires par sa solution assez spéciale pour venir en aide aux itinérants. Elle propose d'accorder une amnistie aux entreprises ayant volé les Montréalais, et de leur confisquer l'argent volé pour le donner aux pauvres. Des fois, il peut s'avérer utile de se renseigner sur les pouvoirs qu'un maire a à sa disposition... Enfin, Mme Joly propose également d'installer un YouTube format géant sur le silo numéro 5 dans le but de stimuler la participation citoyenne.

Denis Coderre: le candidat de la «ville intelligente»

Pour Denis Coderre, l'enjeu le plus important pour les années à venir se résume dans le concept de «ville intelligente». Le monde se définit par des villes, et 91% des jeunes utilisent les médias sociaux. Le candidat propose donc de «démocratiser la ville en utilisant les technologies d'information et de communication». Son exemple le plus comique est son idée de créer une «application nid-de-poule», justifiée par le besoin d'établir un «lien de cause à effet» entre les citoyens et les élus. Ainsi, grâce à cette fameuse application, tout citoyen sera en mesure de prendre une photo d'un nid-de-poule et de la transmettre aux autorités concernées qui répareront le nid-de-poule en question dans les 24 heures suivantes. Et ce, au nom de la «responsabilisation de l'effort collectif». L'ancien député libéral de Bourassa a également insisté sur la nécessité de lutter contre l'itinérance. Coderre a répété bien connaître les itinérants, allant jusqu'à dire avoir «couché avec eux».

Marcel Côté: un candidat posé et réfléchi

Des quatre candidats, Marcel Côté est selon moi le moins démagogique, le plus réfléchi et le plus posé. Il est le seul à avoir proposé clairement de revoir les manières de faire à la ville de Montréal, plaidant pour davantage de décentralisation administrative, en soulignant l'obligation de «choisir avec discernement nos investissements» étant donné la «situation financière très serrée à Montréal».

Sur le plan de la lutte à l'itinérance, M. Côté est le seul à avoir mis en valeur le travail des acteurs principaux dans ce domaine: les organisations communautaires et le pouvoir du bénévolat. Enfin, pour ce qui est de l'avenir des jeunes à Montréal, Marcel Côté propose avant tout de «revenir à la base» et d'améliorer la gestion de la ville afin de dégager des surplus à investir. Pour ma part, je pense que le mot «réfléchi» qu'a choisi M. Côté pour se décrire lui correspond très bien.

À la lecture de ce texte, je pense que vous avez compris que mon choix est fait pour l'élection du 3 novembre. Et vous?

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